TOME IV
« diverses notes confidentielles qui m'avaient été « demandées sur le général Moreau, et que pour « le déconsidérer ici , M. de Puisaye en ait donné «c une impression défavorable? Mais, j'en suis sûr, « Votre Majesté n'a pas un meilleur auxiliaire que ce Moreau et son parti ; je suis convaincu que « Moreau sera rappelé un jour, et qu'on regrette tera de ne l'avoir pas réclamé dans sa disgrâce. « Il est malheureux que. la lettre que Votre Ma- « jesté avait trouvé convenable d'adresser à ce gé- «t nérat, à l'époque de sa proscription , ne lui soit « pas parvenue et qu'elle ait été retenue ici ; elle « l'aurait flatté et lui aurait prouvé qu'on ne Ta-
« bandonnait pas dans son malheur. Aujourd'hui, « Sire , si Votre Majesté prenait en considération « l'avantage qu'elle trouverait encore de s'atta- « cher ce général qui, bien sûrement, a un parti « en France, que n'aura jamais M. de Puisaye, je « m'offrirais bien volontiers d'aller le joindre en « Amérique , en prenant pour cela toutes les préa cautions que la prudence exigerait. Il faudrait « que je fusse porteur de la copie de la lettre que « Votre Majesté lui écrivait alors qu'il était dans « le malheur ; cette copie , si l'original ne se re- « trouvait pas, serait accompagnée d'une lettre de « Votre Majesté relative aux circonstances pré- « sentes ; et si elle demandait au ministère le se-
« cret de cette démarche , je pense qu'il y adhérent rait , et qu'il faciliterait les moyens de s'attacher « ce général, auquel il faudrait donner des sûretés, « et mettre à sa disposition une frégate qui pût « le transporter en Angleterre au moment où il « croirait utile de venir joindre Votre Majesté... « Telles sont les considérations que j'ose pré* « sënter à Votre Majesté, en la suppliant de croire « que la persécution que j'éprouve , loin d'abattre « mon courage, ne fait que me donner une nou- « velle énergie et un redoublement de zèle. L'in- <( térêt que Votre Majesté a daigné me témoigner « dans une circonstance aussi difficile pour moi <( qu'elle devait être inattendue, est profondément « gravé dans mon cœur, et je m'estimerais heu- « reux si je pouvais verser la dernière goutte de « mon sang pour le service d'un souverain qui « n'abandonnera pas ses vrais serviteurs lorsqu'ils « seront persécutés. »
Je ne doutais nullement de la bienveillance paternelle du Roi ; mais, dans la position fâcheuse où j'étais, je devais surtout m'attachera me ménager appui et secours parmi les plus hauts personnages de l'Angleterre. Lord Moïra m'ayant témoigné Un intérêt particulier, je lui écrivis la lettre suivante :
Bath>a8 avril i8o8v « Milord ,
« La persécution que j'éprouve est si peu mé- « ritée , qu'il ne serait peut-être pas sans intérêt « pour te gouvernement d'en approfondir les « motifs : on y découvrirait, je n'en doute pas, « une intrigue dirigée par des hommes qui sont «évidemment les ennemis de ce pays, et qui, «c sous l'apparence de dire et d'écrire beaucoup « de mal de Buonaparte , n'en sont pas moins les « agens secrets de la faction qui le dirige. Si je « pouvais être coupable, et que je ne pusse pas « victorieusement me justifier de toutes espèces « dé calomnies qui pourraient être mises à ma « charge ., je mériterais plus que tout autre une « punition exemplaire, et ma tête devrait tomber. « Mais j'ose solliciter des ministres de Sa Majesté « Britannique l'examen le plus scrupuleux de ma « conduite, et je demanderais de la mettre en op- « position avec celle de mes persécuteurs, qui, « par leurs talens et leurs intrigues, n'en sont « que plus dangereux pour ce pays.
« J'ai, depuis quinze ans, sans être Français, « sacrifié mes plus chères affections à la cause « légitime du souverain de la France ; j'ai perdu « des parens qui ont été assassinés , d'autres fu-
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« siliés; par suite de mes principes toute ma face .mille est proscrite de la France révolutionnaire; « j'ai souffert personnellement tout ce qu'il est « possible de souffrir de la part des gouvernans « français, et aujourd'hui, pour prix de mes sacri- « fices , je suis persécuté dans le pays qui me doit * asile et protection , et je le suis par des hommes « qui , je n'en doute pas , ne peuvent être que les ce agetis secrets de ce même gouvernement. L'un ce dit qu'il est Russe , qu'il vivra et mourra Russe , « et qu'il sera le sujet fidèle de S. M. l'empereur « de Russie , tant et aussi long-temps qu'il voudra a le regarder comme son sujet : et la Russie fiait « aujourd'hui une guerre d'extermination à ce ce pays; l'autre a apostasie son légitime souverain , « et il écrit des horreurs sur les princes de cette « maison : peut-il mieux servir le tyran de FEu- « rope?
«Voici un mois que je suis dans mon exil, qui « triple mes dépenses, ayant une maison à Londres « qui est à ma charge : j'ai des affaires importantes pour ma -famille à soigner, et qui deman- « deraient ma présence à Londres. Si mon exil dece vâit êtreprolongé,jcsolliciterais Une autorisation ce de quinze jours pour me rendre à Londres. J'ose « supplier votre seigneurie de me diriger dans ce cette affaire, et d'accorder à un frère persécuté
ce, par d'inirigans profanes, sa haute pra*ec- «• tion/.
, « Sa Majesté le roi de France a daigné me réa clamer dans cette circonstance : elle connaît et
* sait apprécier les service* que j'ai rendu* à sa
* cau$e , et S. A. M6*, le prince de Gondé pourrait « encore être consulté sur les dangers que je n'ai
* pas craint de graver toutes les fois qu'il s'est « agi de m'exposer pour le service d'une cause « qi*e défend avec tant de persévérance et de « générosité le gouvernement britannique.
;*< D^ig^ez , Milord » m'excuser si j'ose rappeler « à votre seigneurie les paroles pleines de bonté « dont elle a frien voulu m'bonorer en me pro-
« mettant sa protection et son appui , etc »
Cette protection ne fut pas stérile: après six semaines de séjour à Bath, je demandai et j'obtins la permission de venir passer dix jours à Londres ; j'en profitai pour ^Uer rendre mes hommages et mon respect à Sa Majesté , à Wansted , chez le prince de Condé, où se trouvait alqrs le Ijtoi. Je lui fus présenté de nouveau par le prince. Sa Majesté , en daignant m'accueillir comme un zélé serviteur, me dit : « Je vous tiens bien bon « compte , mon cher Fauche , de ce que , dans les « circonstances où je me trouve , vous ayez mis ' « autant de discrétion que vous en ave* apporté
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« poar me voit*. Personne n'avait plus de droit que « vous à le demander. Mais nos affaires comtnen- « cent à s'arranger; les vôtres s'arrangeront aussi. « Qu'est-ce que vous croyez que je puisse faire « pour vous ? »
Après avoit remis au Roi le travail dont j'avais été chargé , je répondis à Sa Majesté que si elle daignait -écrire directement un mot en ma faveur à lord Hawkesbury, je ne doutais nullement qu'il ne fît cesser ma persécution , qui n'était provoquée que par le comte d'Àntraigufes et le comte de Puisaye. Le Roi , daignant écrire une lettre de sa main à ce ministre , lui parla de moi en termes extrêmement flatteurs , me réclamant comme un serviteur dont le dévoument et le zèle avaient souvent été éprouvés, tant pour ses intérêts que pour ceux du gouvernement britannique, intérêts qu'on ne devait plus séparer; ajoutant que j'étais la victime d'une intrigue , et que si j'avais pu faillir, ou que , par excès de zèle , peut-être , j'eusse encouru la défaveur des ministres, Sa Majesté priait qu'on mît en considération mes services passés; que u'ayant rien demandé jusqu'à présent aux ministres de Sa Majesté Britannique , elle espérait qu'on ne refuserait pas à sa demande la pleine liberté d'un homme qui lui avait rendu d'important et périlleux services.
M. le comte d'Âvaray m' ayant fait appeler le lendemain chez M. le comte de La Châtre , ministre du Roi , me fit l'honneur de me lire la lettre de Sa Majesté , en me complimentant sur tout ce qu'elle avait de flatteur et de bien mérité pour moi; mais il me fit observer en même temps que, d'après son opinion et celle de M. le comte de La Châtre , il conviendrait de ne pas faire, remettre cette lettre au ministre , afin de ne pas user le crédit du Roi ; d'autant plus que , venant d'obtenir les dix jours de séjour à Londres que j'avais sollicités , il n'y avait pas de doute qu'on ne finît par m'y laisser , et que la persécution ne tombât d'elle-même. ,
J'étais si satisfait d'avoir entendu la lecture de la lettre du Roi 9 que je répondis sans hésiter que je serais très fâché d'user le crédit de Sa Majesté pour une affaire qui m'était purement personnelle : il en résulta que la lettre royale resta dans Je portefeuille de M. le comte d'Avaray. Mais au bout de dix jours les intrigues se renouvelèrent; je n'avais pas été faire de visite à M. d'Ântraigues, ne pouvant guère nie soumettre à aucune soumission de ce genre :. aussi n'y eut-il pas moyen de faire révoquer mon ordre d'exil; mais j'obtins cependant que mon séjour , au lieu de rester fixé à cent milles de Londres, en serait rapproché.
Je choisis en conséquence la ville d'Oxford , qui n'en est qu'à seize lieues , ville remarquable par son Université, l'une des plus célèbres qu'il y ait au monde, et qui a été fondée par Alfredle-Grand.
Je n'étais pas encore parti de Londres quand je reçus de Perlet une lettre, sous la date du 12 mai 1808, où il m'annonçait qu'il allait arriver de Paris par la Hollande. Certes, une si audacieuse démarche de la part de ce fourbe, démarche évidemment concertée avec la police impériale , était parfaitement calculée pour prolonger l'horrible déception dont j'étais alors la victime. Il allait en résulter que Louis XVIII, ses conseillers et les iriinistres de. Sa Majesté Britannique, seraient encore plus- sûrement et longtemps là dupe de ce profond scélérat, par reflet même de sa témérité.
Plus aveuglé que jamais sur son compte , peutêtre à cause de la persécution dirigée contre moi par MM. d'Àntraigties et de Puisaye, l'arrivée prochaine de Perlet me parut une circonstance d'autant plus heureuse , qu'elle me semblait de nature à confondre mes deux persécuteurs.
Je pris aussitôt la plume, et j'écrivis la lettre suivante à M. Hammond , sous-secrétaire d'État.
Londres, le 3i mai 180$.
« Monsieur ,
« Sir Charles Flint m'ayant dit de votre part ce que je ne devais pas rester une heure de plus « après les dix jours qui m'avaient été accordés , a j'obéirai en m'éloignant une seconde fois de « Londres et de mes affaires ; cependant je dois « vous prévenir que, par une lettre du 12 mai, cr mon correspondant de Paris me mande qu'il « arrive en Angleterre ; j'ajoute que cette arrivée « est de la plus haute importance dans les circona stances actuelles , et que mon correspondant , « organe d'un parti nombreux, et j'ose dire puis* a sont, donnera des détails vrais sur la situation de « la France. Il se réclamera de moi à son arrivée, « et voyagera sous le nom de Faverger ou Bourlaa « Si ce brave et loyal homme éprouvait le moindre « désagrément , s'il était tracassé à ïalien office, « j'en serais inconsolable. Au nom de la justice et « pour le bien de l'État, que S. Exe. M. Canning « veuille bien entendre un homme qui est envoyé « ici par son parti. Le ministre en sera content 9 « et il trouvera convenable qu'on tienne secrète « son arrivée.
« L'extrême <Jésir que j'ai de voir cet ami et de « m'aboucher avec lui , est une preuve assez
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« palpable que jq n'ai rien avancé que de vrai sur « son compte.
« J'ai l'honneur d'être ,
« Signé, Lotis EAUCHRBOBEL. »
Si on devait jamais rougir de sa bonne foi, peut-être serais»je confias de la mienne 9 ou du moins d'avoir été ai long-temps la dupe d'un hypocrite aussi méprisable que Perlet; nais j'ai promis de dire la vérité tout entière* et on voit qu'ici je n'use ni de ménagemens ni de réticence quand il est question de la révéler à mes dépens : mais par là aussi je m'assure le. droit de la dire sur le compte des autres- Il faut l'avouer* dans cette cruelle mystification, le cœur humain se montre tantôt dans toute sa candeur, tantôt dans toute sa difformité. Quant à moi, il est clair que, dans cette circonstance, mû par un excès de zèle, je devais croire qu'il était de l'intérêt du Roi et du gouvernement anglais que Perlet fut reçu et entendu sur l'état intérieur de la France, et qu'il put enfin expliquer le mystère du comité royaliste dont il se disait l'organe»
Lorsque j'appris vers la mi -juin qu'après avoir surmonté beaucoup d'obstacles, il venait d'arriver par la Hollande à travers tous les dangers, possibles dans le port de Gravesend , et que la , par le crédit de Puisaye et de d'Antrai-
gués , il était retenu depuis neuf jours sur un frêle bateau pêcheur, à l'embouchure de la Tamise, sans pouvoir débarquer, bien que je l'eusse annoncé aux ministres comme agent confidentiel du comité de Paris, j'avoue que. j'en fus indigné au dernier point; j'allais jusqu'à, me figurer que s'il n'était pas reçu à Londres, ses jours seraient en danger à son retour à Paris. Décidé à tout braver, je ne me bornai point à écrire chaudement à ce sujet au sous-secrétaire d'État M. Hammond, pour qu'il ne mît aucun obstacle à la réception de Perlet ; je partis immédiatement d'Oxford, sans autorisation, et j'allai droit à Londres réclamer l'intervention de lord Moïra. J'exposai à ce noble lord, auquel. les opprimés ne se sont jamais adressés en vain, tout l'embarras dç ma position. Avec cette sagacité qui le caractérisait, et l'humanité qui le distinguait, lord Moïra aperçut d'un coup d'œil l'injustice dont j'étais la victime, et, jugeant l'intrigue , il se rendit de suite auprès de lord Hawkesbury,, lequel donna l'ordre immédiatement de laisser débarquer Perlet.
Qu'on juge combien je fus ravis d'apprendre de lord Moïra lui-même, l'heureux résultat de sa démarche* Sa seigneurie daigna médire qu'ayant parlé de moi à lord Hawkesbury , ce ministre lui avait marqué son étonnement en apprenant que
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j'avais été inquiété , et l'avait même assuré qu'il n'avait donné aucun ordre relatif à ma déporta* tion. Je vis dès-lors que j'étais en butte à des sousordres. Lord Moira daigna même ajouter que je devais rester tranquille ; que les ministres n'avaient pas plus de confiance que moi dans MM. d'Àntraigues et Puisaye; mais qu'il y avait des circonstances où l'on était souvent obligé de fermer les yeux pour obtenir de certaines personnes des renseignemens , achetés quelquefois par de grands sacrifices. « Quand ces Messieurs, ajouta « lord Moïra , auront épuisé leurs moyens d'in- «trigue, vous reparaîtrez; mais sachez souffrir ce dans ce moment, puisque vous êtes l'objet de oc leur haine. Je puis vous dire que les ministres « vous estiment , et savent apprécier votre zèle. « Comptez sur mon amitié et mon appui. »
Perlet ayant débarqué , fut conduit aussitôt par un messager d'État devant lord Hawkesbury. Ce ministre écouta ses communications, en parut content , et l'adressa de suite à M. Canning , au bureau des affaires étrangères. Là , Perlet rendit compte aussi à M. Canning des motifs qui l'amenaient en Angleterre, et de l'extrême désir qu'il avait de communiquer avec S. M. Louis XVIII. M. Canning, après l'avoir entendu, l'envoya au Roi , qui était encore à Wansted chez le prince de Condé.
Introduit par le comte d'Avaray, le fourbe, à l'aspect de Louis XVIII, se jeta à genoux, ventre à terre ; prosternation inusitée , qui ne laissa pas que de surprendre et même d'effrayer un moment le Roi.
Si ce qu'on m'a dit est vrai , ce doit être une chose curieuse que la relation faite par ce profond scélérat à la police de Buonaparte, sur son voyage en Angleterre et sur l'audience' que lui accorda Louis XVIII. Mon respect pour la mémoire de l'auguste auteur de la Charte, me commande ici le silence. Toutefois, je suis fondé à croire que le fourbç, persistant à soutenir l'existence de son comité, n'osa pourtant pas en désigner les membres, etjepuismêroe assurer qu'il ne rapporta àson retour en France aucune instruction, nimême aucun des pouvoirs qu'il était venu chercher.
J'étais devenu un tel objet de crainte pour M; de Puisaye , qu'il m'était impossible de venir à Londres clandestinement, sans être découvert par quelqu'un de ses espions, qui en informait de suite la police des étrangers [alien office). Aussi fus*je bientôt découvert par les messagers de ce bureau, mis sur mes traces par M. de Puisaye, dont j'avais rencontré Faide-de-camp d'Allègre. Pour échapper k la recherche, je fus obligé de me réfugier sur le toit de la maison que j'habi-
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tais, où je restai plusieurs heures* exposé k toute l'inclémence d'une nuit orageuse et pluvieuse. Dans une pareille situation , j'avoue que je ne pus m empêcher d'être vivement affecté , et de réfléchir sur le contraste du traitement que j'éprouvais et celui dont j'aurais dû être l'objet après tant d'années de dévouaient à la cause royale. Comment est-il possible, disais-je en moi-même, après avoir échappé des prisons de Buonaparte, à sa police et à ses bourreaux, comment est-il possible que je vienne ici pour être exposé à des poursuites qui , en Angleterre , ne sont dirigées que contre des criminels ou des traîtres!....
J'étais navré, et ce fut dans cette disposition d'esprit que je regagnai vite Oxford , satisfait seulement d'être venu à bout de déjouer les manoeuvres de MM. de Puisaye et d'Antraigues. Mais à peine eurent-ils connaissance de ma démarche et de ses résultats, qu'ils montrèrent combien ils en étaient contrariés et piqués. S'adressant aux sousordres, ils arrachèrent à M. Beckett, sôus-secrétaire d'État de lord Hawkesbury, la lettre suivante , qui me fut adressée à Oxford.
Whitehall, 24 juin 1808.
« Monsieur, « La circonstance de votre apparition à tonce dres, il y a peu de jours, en violation des con-
« dirions contenues dans votre permis de séjour, « étant venue à là connaissance de lord Hawkes- « bury, je suis chargé par Sa Seigneurie de vous ce informer qu'une récidive de votre part, qui a vous porterait à excéder les limites qui vous ce ont été assignées , amènerait l'exécution immé- « diate de Tordre donné par Sa Majesté , de vous « faire quitter le royaume.
« Je suis , Monsieur ,
« Votre très obéissant serviteur,
« Signé, J. BECKETT. »
D'après ce qu'avait daigné me dire lord Moïra, je ne doutais plus un instant que cette lettre n'eût été écrite sans la participation du ministre.
J'y fis la réponse suivante, où je me gardai bien de paraître instruit du fond des choses.
« Monsieur r
« J'ai reçu ce matin la lettre que vous m'avez « fait l'honneur de m'écrire hier 24 ; son contenu « me prouve qu'on vous a donné des préventions ce contre moi , qui n'existeraient point si vous ce aviez daigné m'accorder l'audience que j'eus « l'honneur de vous demander à l'époque où ce M. Brook fut chargé de me faire connaître un
« ordre signé de lord Hawhesbury, qui tendait à « me faire quitter le royaume. Je ne doutais point « déjà alors que je ne fusse en butte à l'intrigue « de quelques ennemis cachés intéressés à m'éloi- « gner de Londres, et qui avaient pu surprendre « votre religion en me desservant auprès de vous. «Ma conscience, toute ma conduite, mon hon- « neur, et, j'ose Je dire, l'intérêt de votre gou- « vernement , me recommandaient de chercher « tous les moyens possibles de faire révoquer un « ordre aussi arbitraire qu'il était peu mérité , et « qui surtout entachait mon honneur et celui de « toute ma famille. Si je pouvais être coupable, « je mériterais plus qu'un autre la punition la « plus exemplaire ; mais , monsieur, puis-je être <c condamné, sans être entendu, par un gouvèrne- « ment auquel j'ai sacrifié depuis quinze ans tout « ce qu'un homme a de plus cher au monde, et « pour le service duquel j'ai souffert mille morts « par les mauvais traitemens qu'on m'a fait subir « et par les pertes sensibles que j'ai faites. Est-ce « donc là là récompense de mon attachement et « de mon dévouaient à ce même gouvernement « dont je réclame la justice ? Est-ce là , je vous le « demande , l'asile et la protection qu'il m'ac- « corde? Je réclame, monsieur, contre de tels proie cédés; faites cesser/ je vous en prie, une perse-