‹ MémoiresChapitre 9 sur 47 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

$a MÉMOIRES

c cution aussi injuste que celle dont je suis la « victime , et qui ne peut être provoquée que « par des hommes jaloux et intéressés à perdre « l'homme qui sert avec franchise et loyauté la « cause que défend avec autant de générosité et « de persévérance le gouvernement auquel j'ai « dévoué depuis quinze ans mon existence et celle « de toute ma famille , dont une partie des mem- « bres ont été proscrits ou fusillés et assassinés, « par suite de mon attachement et de mon dé- « vouaient à ce pays. »

Ici je rappelais toute ma conduite et la série de mes malheurs. 3 'ajoutais ;

« Aucune puissance au monde ne m'eût era- « péché de faire toutes -les démarches possibles « pour obtenir le débarquement d'un ami que « l'intérêt du gouvernement réclamait, et que dece puis dix jours la plus inconcevable inhumanité <c exposait à une mort certaine s'il eût été renvoyé , « comme on m'avait annoncé que c'était le projet. « Cette personne était venue par ordre, et j'en 5 avais reçu l'autorisation la plus directe, ce que « je justifierai quand on le voudra. J'ai demandé, « au reste, que cette personne fut entendue; que « je ne la verrais qu'autant qu'on serait content « d'elle jet, si cette satisfaction peut m'être acte cordée, j'aurai bp&ucoup de plaisir à embras-

, DE FAtiClIS-SOREL. Si

* ser ce brave et loyal ami , et d'en être redevable « à vos soins.

« Au reste, riionsieur, si, contre mon attente, « je devais sans cesse être exposé à recevoir la « menace tf une déportation , je vous demande-

* rais , ne pouvant me résoudre k être ainsi vexé , « dé vouloir bien m 'obtenir le temps nécessaire « pour réaliser une propriété sur laquelle j'avais « cru pouvoir placer, avec sécurité, quelques « fondé ; alors , je me rendrais directement auprès « de S. M. le roi de Suède , qui a daigné , dans « plusieurs circonstances , me témoigner personne nellement sa satisfaction , en me promettant sa « haute protection , si fêtais jamais dans le cas de « la réclamer; et c'est sur la connaissance parce faite qu'a de ma conduite et de mes principes « ce généreux et valeureux souverain, qu'il a dai- « gné accueillir et favoriser un de mes frères « proscrits, ainsi qu'un de mes neveux, et qu'il a « repoussé aved indignation la calomnie que les « mêmes hommes, sans doute intéressés à me « perdre ici, ont cherché à déverser sur mon gé- « néreux frère; établi à Gottembourg. »

Après avoir écrit cette lettre, je me rendis chez le général Danican, à la campagne, où Perlet, que je désirais voir, vint me trouver. Les premières paroles que j'entendis sortir de sa bouche '

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forent une expression de plaintes et de regrets de n'avoir reçu du comte d'Avaray, au nom du Roi , que cinquante guinées. « Quoi ! cinquante guinées « seulement !... » Il n'en revenait pas. Il me fit le calcul des frais exorbitans de son voyage; et, pour achever de m'apitoyer, me dit qu'on lui avait pris son porte-manteau. Voyant cela, je le calmai en lui donnant de ma poche cent cinquante louis. Mais je lui observai qu'il serait convenable, ne devant pas toucher les deux sommes à la fois , qu'il renvoyât à M. le comte d'Avaray les cinquante guinées qu'il en avait reçues, avec une lettre dans laquelle il lui ferait part que je lui en avais remis cent cinquante au nom du Roi.

Voyant qu'il lui serait impossible de sortir de là sans cette petite restitution , mais qu'au fond il y gagnerait cent louis , il s'immola , et saisit cette circonstance pour protester de son dévoûment sans bornes. J'en étais ravi; et, dans mon enthousiasme, j'écrivis en ces termes à lordMoïra :

« Milord ,

« Grâces soient rendues à Votre Seigneurie; « c'est par ses soins que mon ami a échappé à une « mort certaine et qu'il & été interrogé directe-* a ment par lord Hawkesbury et par Son Exe. « M. Canning, puis envoyé à S. M. Louis XVIIL

« Je sais qu'on a été content de lui, ce qui fait « que MM. de Puisaye et d'Àntraigues vont tout « employer pour chercher à lui nuire. J'en puise la « preuve dans une lettre que vient de m'a dresser « M. Beckett, dans laquelle il me témoigne son « mécontentement de ce que j'ai quitté, sanp au* « torisation , le lieu de mon ridicule exil. Je prends « la liberté de vous communiquer cette lettre et « ma réponse ; car il m'est impossible de croire * que lord Hawkesbury ait pu condamner le <* motif qui m'a fait arriver à Votre Seigneurie « pour lui faire connaître directement une affaire « qui intéresse l'État , et que des intrigans fran- « çais voulaient soustraire à la connaissance des « ministres. Daignez , Milord, achever l'œuvre de « bienveillance que vous avez commencée; dai- « gnez prendre sous votre protection mon ami : « il le mérite.

« Permettez que M. le général Danican ait l'hon- « neur de vous le présenter, comme étant l'écri- « vain de la correspondance dont j'4l eu l'hon- « neur de remettre la copie dans vos mains : cet

«ami, envoyé par un parti puissant , pourra faire « connaître à Votre Seigneurie le véritable état « des dispositions dtf l'intérieur, et il vous sera « doux de pouvoir ainsi justifier que nous n'avons « pas été assez osés pour entretenir d'une décep-

* tion l'ancien ministère et les ministresactuels , « ainsi que nous $n ont accusés MM. de Puiaaye « et d'Antraigues.

« Daignez, Milord, me conserver votre bien- « veillance : elle m'est si précieuse qu'elle me fait « supporter, la persécution que j'éprouve : j'ose « vous supplier de l'étendre sur mon ami, qui « saura la justifier, etc.... »

Que pouvais-je faire de plus ? et combien n'étais-je pas fasciné en faveur de ce Perlet, chez qui tout était astuce et fourberie ! Nous nous séparâmes, moi bien loin encore d'être désabusé , ni éclairé sur le compte de ce scélérat.

Pendant son séjour à Londres d'environ une quinzaine de jours , il logea chez une dame Thiot, Française, qui tenait un hôtel garni dans le genre parisien. Là , sans doute , avec une intention calculée, il laissa tomber derrière son lit un petit agenda en maroquin rouge qu'on vint m' apporter après son départ, et où, parmi diverses notes écrites au crayon , nous remarquâmes plusieurs noms disposés de manière à ce qu'on dut en inférer que c'étaient ceux des membres qui composaient le prétendu comité royaliste. Nous y lûmes distinctement les noms de MM. Barthélémy, Mole , Mollien , Fouché , Royer-Collard , etc.

Avant de lui renvoyer son agenda, je le fis

.DE FÀUCHE-BOREL. 5S

communiquer à M. le comte d'Avaray, qui et» prit connaissance. On voit que le fourbe ne négligeait aucun artifice pour captiver la confiance du Roi et de ses plus dévoués serviteurs. Aussi fut-il reconduit par ordre des ministres sur les cotes de Hollande , avec toutes las précautions que nécessitait l'objet de son voyage.

Accueilli dans le cabinet du Roi comme un royaliste éprouvé , . il avait reçu Tordre , en sortant, de continuer sa correspondance, et je restai chargé de la soumettre à M. le duc d'Havre ainsi qu'aux ministres de Sa Majesté Britannique.

On conçoit que MM; de Puisaye et d'Antraigues

se soient décbainés .plus que jamais contre moi,

eu voyant que j'avais Eût admettre auprès du

Roi et des ministres, antigré mon exil, un agent

confidentiel qu'ils ne voulaient écarter alors

que parce qu'il n'appartenait pointa leur coterie.

Voilà en quoi résidait lejaérite de leur prévision ,

car s'ils Tettssept fondée sur des faits positifs , des

découvertes utiles, cette indigne déception aurait

eu dès-lors un terme : je ne demandais pas mieux

que d'être éclairé ; il en était 4e même du Roi,

de son comeil et de* mipistoas de Sa Majesté

Britannique.

Peu de temps après j'écrivis au Roi la lettre

suivante, qui retrace l'état de mon âme à cette époque , et la situation des choses.

Oxford, le a3 juillet 1808.

«Sire,

«Lorsque j'étais au Temple, et sous la plus « stricte surveillance, j'ai osé conspirer contre le « tyran du monde, et j'en ai donné les preuves. « Exilé dans le pays qui me doit asile et protee- « tion , par suite de la plus déloyale intrigue , j'ai « bien pu enfreindre les exigences d'une persécu- « tion aussi peu méritée, quand il s'est agi de sauce ver d'une mort presque certaine un ami , un « sujet fidèle de Votre Majesté , qui avait été ap- «pelé par ses ordres, et pour faire connaître « directement aux ministres de Sa Majesté Britan- « nique le véritable état des choses dans l'inté- « rieur, et l'opinion qui s'y manifestait en faveur <f de la légitimité. Le brave homme était sur un <r bateau pêcheur depuis plusieurs jours; l'intrigue « la plus criminelle le menaçait de le faire ren- «voyer sans être entendu. Que devais-je faire, « apprenant, dans mon exil , une semblable vexait tion ? M'âdresser le plus directement que pos- « sible à lord .Hawkesbury. Je l'ai fait par Pentre- « mise de l'excellent lord Moïra, qui, pénétré de « la situation de mon ami , me promit de se rendre

DE FAUCHE -BOREL. fy

« dans la journée chez lord Hawkesbury , et ajouta « que je pouvais revenir le lendemain pour conte naître le résultat de la conférence : elle fut telle, « que lord Moïra me dit que je pouvais être tran- « quille ; que lord Hawkesbury lui avait promis a de donner des ordres, et qu'il entendrait lui- « même la personne en question. En effet , le di- « manche suivant, à six heures du matin, Perlet «fut débarqué, et interrogé par lord Hawkes- « bury, puis par Son Exe. M. Ganning , qui , par oc suite de ces conférences , lui facilitèrent les « « moyens d'arriver directement à Votre Majesté. « On a été satisfait de son rapport; mais l'in- « trigue a de nouveau cherché les moyens de « me perdre, ainsi que mon ami » Ici je rendais compte au Roi de la lettre fort dure de M. £eckett, de ma réponse , et de toutes les démarches que j'avais faites à ce sujet. J'ajoutais qu'il était évident que M. de Puisaye avait trouvé mauvais que j'eusse informé directement lord Hawkesbury de ce qui concernait mon ami, et de l'avoir ainsi soustrait aux effets de son animosité et de sa haine. «M. de Puisaye, ajoutais-je, onze «jours après l'arrivée de Perlet dans le port de «Gravesend, a envoyé ses.agens sur la côte de « Bretagne , où j'ai appris qu'ils avaient fté arrê- « tés. Il ne serait pas impossible que ces agens de

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