‹ MemoiresChapitre 107 sur 117 · DESFONTAINES* A AUG.-PYR. DE CANDOLLE · texte numérisé non relu

DESFONTAINES* A AUG.-PYR. DE CANDOLLE

Paris, 9 janvier 1832.

Mon cher confrère et excellent ami,

Vous m'annoncez que vous êtes décidé à ne pas suivre le plan de travail que vous vous étiez proposé', parce qu'il est trop vaste et que le cours de votre vie ne suflBrait pas à beaucoup prés pour l'achever. Je le sais, ce que vous eussiez fait vous eût certainement apporté de la gloire et une réputation bien méritée ; ce qui eût resté à faire d'autres auraient pu l'achever, mais puisque vous êtes décidé à suivre une autre route que vous croyez préférable, je ne peux que vous encourager et y applaudir. Un Prodromus exigera moins de temps, mais il faudra encore bien des années pour l'achever et pour le bien faire. Je voudrais que les caractères de vos genres fussent établis, du moins autant qu'il serait possible, sur des organes faciles à apercevoir et à étudier, en y ajoutant si vous vouliez à la suite les observations qui n'intéressent que ceux qui font une étude approfondie de la botanique. Je crois qu'il faut rendre l'abord des sciences facile, afin de les répandre et de leur créer des amis et des prosélytes. Il importe peu qu'une science soit cultivée par un petit nombre d'adeptes, il faut quelle soit à la portée de ceux qui voudront s'y livrer sans beaucoup d'efforts et sans avoir la prétention d'y acquérir une grande renommée. La botanique est une science si aimable, si attrayante, qu'il faut taire tous nos efforts pour la rendre, en quelque sorte, populaire. Evitez les termes nouveaux dans vos descriptions et n'en faites usage que quand

t Ënormément, ainsi qae Humboldt ! Voir page 540. L'autear avait qoaranteeinq ans au lieu de vingt. (Alph. de C.)

s Le respectable René-Louiche Desfontaines, le protecteur et Tami de mon père (voyez p. 00^ 136^ etc.), était alors âgé de soixante-dix ans. Les conseils qa*il donnait ne sont pas ceux d'un botaniste profond, mais ils sont remplis de bon sens et peuvent servir aujourd'hui comme il y a quarante ans. (Alph. de C.)

s Le Syttemay que Desfontaines aurait désiré voir continuer. {Idem,)

VOUS ne pourrez faire autrement. Je crois que Ton peut tout exprimer» do moins à peu de chose près, avec le langage reçu, latin ou français. Je voudrais aussi borner le nombre des genres et des espèces, que l'on a trop multipliés. Faites-nous un bon Prodromm, dont rexpositîon soit claire, dont les caractères génériques et spécifiques soient âciles à saisir et ayez égard aux ignorants comme moi et beaucoup d'autres. Vous direz peut-être que je suis comme Gros-Jean qui voulait donner des leçons i son curé ; vous êtes mon ami, je dois vous dire tout ce que je pense. On a trop divisé, trop suhtiliséj si j'ose ainsi parler. On pourrait encore aller jusqu'à l'infini. Je respecte et j'honore M. Brov^n, mais on a certainement des reproches à lui faire à cet égard. Jamais je n'aurais pu parvenir à connaître plusieurs de ses genres qui sont dans nos herbiers s'il ne me les eût pas envoyés ou nommés lorsqu'il est venu à Paris, parce que si le petit caractère sur lequel ils sont fondés manque, on ne sait plus où trouver la plante que l'on cherche. Faites-en l'essai vous-même.

M. de Cassini est un très-bon observateur, mais je pense que vous n'adopterez pas à beaucoup près tous ses genres. Si l'on continue il y aura autant de genres que d'espèces et autant d'espèces que d'individus, parce que la nature n'a rien fait de semblable. Faites-nous, mon ami, no bon Prodromus, facile à étudier et à entendre, et délivre^nous de l'anarchie où tombe la botanique. Que je puisse voir cette heureuse réforme avant d'aller voir ce qui se passe en l'autre monde, je vous aimerai encore plus, si pourtant cela est possible, je vous bénirai quoique vous soyez un protestant. Je suis occupé à vous préparer des matériaux, car c'est maintenant tout ce que je peux faire.

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