RAPPORT SUR LES CONFERVES
Ce fut aussi dans ce temps que je fis quelques travaux pour la Société philomathique. Elle avait reçu une longue lettre de M. du Petit-Thouars (qui était alors à l'île de France), renfermant ses observations sur les premiers volumes du Dictionnaire botanique de M. de Lamarck J'en fis un extrait qui fiit inséré dans le Bulletin. Cette même Société avait reçu à diverses reprises de M. Girod-Chantrans, de Be-
sançon, un grand nombre de lettres relatives à ses observations sur les Conferves, et dans le même temps M. Vaucher lui avait adressé des observations contraires aux précédentes; je fus chargé de comparer ces deux séries de travaux et d'en ofirir les résultats à la Société. Le travail était difficile et délicat. Les travaux de Girod-Chantrans avaient été adi-essés successivement pendant un grand nombre d'années, et à chaque fois des rapports d'amis complaisants, qui probablement ne les avaient pas lus, les avaient prônés comme des ouvrages distingués. J'eus peu de peine à m' apercevoir que ses observations étaient une suite non interrompue d'erreurs, fondées sur ce que l'auteur laissait les Conferves qu'il voulait étudier macérer dans l'eau assez longtemps pour qu'il s'y développât une foule d'animalcules, qu'il croyait propres à la Conferve. De cette manière il était arrivé à soutenir l'animalité des Conferves. Passe pour une opinion qui est soutenable sous d'autres rapports! mais pour s'expliquer successivement des faits mal observés, M. Chantrans changeait sans cesse de théorie, sans même s'en douter, et se contredisait à chaque page. Il y avait loin de cette manière incertaine et obscure à la précision, à la rigueur, à la sagacité de M. Vaucher. Je fis l'analyse de ces deux ouvrages avec une consciencieuse exactitude ; je fis ressortir le peu de faits tolérablement vrais qui se trouvaient dans Chantrans; j'établis d'après les lumineuses observations de Vaucher une classification des Conferves en genres, et je donnai à l'un de ces genres le nom de Chantransia et à un autre celui de Vaucheria. Par la première de ces dédicaces, j'espérais prévenir la colère d'un homme dont je venais de renverser les illusions; par la seconde, qui était mieux méritée, je rendais hommage au génie de l'observation et au sentiment de l'amitié. Je lus ce rapport à la Société philomathique et j'en publiai un extrait dans le Bulletin.
M. Girod-Chantrans, mécontent de mon jugement, crut devoir imprimer les originaux eux-mêmes de ses nombreux
mémoires sous le titre de Recherches sur les Conferçes (un voL iii-40), et accompagna cette publication d'une note assez malhonnête contre moi. Cette note m'obligea à publier dans le Journal de Physique le texte entier du rapport que j'avais lu à la Société. M. Vaucher publia à la même époque sonjffwtotre des Conférées. Le public put alors juger de nouveau, et je puis dire qu'il confirma sur tous les points mon opinion, si ce n'est peut-être qu'il n'osa accorder aucune confiance au petit nombre de faits vrais que j'avais signalés dans l'ouvrage de Chantrans, tant il fut dégoûté de cet incohérent farrago. Son livre est aujourd'hui tombé dans un oubli complet, et celui de M. Vaucher, qu'à titre d'ami je n'avais pas osé louer sufl&samment, est, au contraire, un de ces ouvrages dont le temps sanctionne le mérite supérieur.