‹ MemoiresChapitre 29 sur 117 · OBSERVATION SUR LA GRAINE DE NYMPHEA · texte numérisé non relu

OBSERVATION SUR LA GRAINE DE NYMPHEA

Une petite observation que j'eus occasion de faire à cette époque eut un sort presque semblable à celui de mon rapport sur les Conferves. Un jour, avec le comité qui rédigeait \e Bulletin philomathique jj'aMsà visiter le bon Lacroix dans son petit ermitage de Saint-Maurice. Nous nous promenâmes en bateau sur la Marne, et tout en causant j'y cueillis des fruits mûrs du nénuphar jaune, fruits que je n'avais jamais vus. Je les emportai et les disséquai le lendemain. J'y reconnus, avec évidence, selon moi, que la graine du nénuphar est munie de deux cotylédons et que la famille des nymphéacées devait par conséquent appartenir à la classe des dicotylédones et non à celle des monocotylédones, où on la mettait alors. Je publiai cette observation dans le Bulletin, en une vingtaine de lignes, et en l'accompagnant de quelques figures.

Peu après le vieux professeur Richard s'éleva contre mon observation et soutint que ce que j'avais appelé cotylédon ne méritait pas ce nom, et que le cotylédon unique du né*

iîO LIVRE SECOND.

nuphar était ce que j'avais pris pour les téguments de l'embryon. A son ordinaire il entassa, pour prouver son dire, de belles observations mal rai sonnées. Son ami, M. de Jussieu, qui depuis longtemps ne voyait que par ses yeux, s'empressa d'adopter cette opinion, conforme à la place qu'il avait jadis doimée au nénuphar. Je ne répondis rien à ces attaques. M. Mirbel, alors ennemi de Richard, lui répliqua en adoptant mon opinion. M. Correa vint aussi à mon secours, tandis que Turpin soutenait l'opinion de Richard. Cinq ou six mémoires se publièrent alors pour et contre moi, je ne voulus point entrer dans la lice, mais bien des années après, à l'occasion du premier volume du Systema^ je repris cette discussion dans un mémoire publié parmi ceux de la Société d'histoire naturelle de Genève. Je soumis les faits avoués de tous à un examen rigoureux et démontrai la vérité de ma première opinion, de telle sorte qu'elle est, ce me semble, unanimement adoptée aujourd'hui.

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