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COURS AU COLLÈGE DE FRANCE

Pendant la durée de ces travaux, j'en fus momentanément détourné par quelques autres, obligatoires dans ma position. Mon but était d'obtenir un jour une place de professeur de botanique, et il se présenta, en novembre 1803, une occasion favorable pour me faire connaître sous ce rapport. M. Cuvier, chargé de quelques missions pour l'Instruction publique, ne pouvait faire son cours au Collège de France, et me présenta pour le faire à sa place. Le champ était l'histoire naturelle tout entière, je pouvais donc aussi bien en faire un cours sur le règne végétal que sur le règne animal, et je me décidai à parler uniquement de la physiologie végétale. C'était sans doute un peu d'audace de paraître pour la première fois en public sur un aussi grand théâtre et en remplacement d'un professeur aussi célèbre. Je me lançai avec ardeur dans cette entreprise, sans me dissimuler les difficultés, mais rassuré par cette circonstance que c'était le premier cours de physiologie végétale qu'on eût fait en France. M. Desfontaines donnait quelques leçons sur ce sujet à l'entrée de son cours de botanique, mais elles se réduisaient à quelques faits sans liaison, extraits de Haies ou de Duhamel. J'espérais donc pouvoir présenter un ensemble de cette science assez nouveau pour ceux auxquels je devais l'adresser.

Je comptai jusqu'au bout une centaine d'auditeurs, parmi lesquels se trouvaient quelques juges éclairés, tels que l'ex-

cellent Frédéric Cuvier, etc. Frappé de la crainte de me laisser troubler, et ignorant moi-même si j'aurais la faculté d'improviser, je m'imposais la loi d'écrire d'avance mou cours, je gardais mon manuscrit sous mes yeux, et tantôt je lisais, tantôt je développais verbalement les points qui m'en semblaient susceptibles. C'est par ce procédé que je me suis formé à l'habitude de l'improvisation. Dès lors je me suis aperçu que le mélange de la lecture ou de la mémoire avec l'improvisation nuit plus qu'il ne sert Dès qu'on a la moindre habitude de parler en public, il faut se livrer tout entier à l'improvisation et laisser de côté l'instrument de la mémoire qui, par sa commodité même, endort l'imagination.

Mon cours de physiologie eut quelque succès, et ce travail ne fiit pas perdu pour la Flore française. Je plaçai en tête de cet ouvrage des éléments de botanique et de physiologie végétale qui étaient l'extrait succinct, mais substantiel, de mon cours. Une partie de ce travail, celle qui indiquait la marche générale de la nutrition, fut présentée à l'Institut sous forme de mémoire. Cuvier, chargé d'en rendre compte au nom d'une commission, n'adoptait pas une partie de mes opinions et m'adressa par écrit ses objections. J'y répondis par une lettre assez longue, et il eut le bon procédé d'exposer dans son rapport ses objections et mes réponses textuelles. Cette espèce de polémique bénévole intéressa l'Institut, qui décida l'insertion du rapport parmi ses mémoires. Dès lors, malgré le respect que j'ai pour les opinions de Cuvier, je n'abandonnai point les miennes. Elles ont fait la base de tous mes cours subséquents et de la Physiologie, que j'ai publiée en 1837. Les principes publiés en tête de la Flore n'eurent pas, j'ose le dire, le succès qu'ils méritaient, et j'ai vu publier comme nouvelles bien des assertions qui y étaient indiquées \ J'ai attribué cet effet soit à ce qu'ils

* J'ai même vu un botaniste italien, M. Pollini, traduire plusieurs chapitres entiers et les insérer mot pour mot, sans me citer, dans son Traité de

étaient placés à la tête d'un ouvrage où l'on n'a pas l'habitude d'aller chercher de la physiologie, soit à ce qu'ils étaient si serrés dans leur forme qu'il fallait être passablement fort pour les bien comprendre.

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