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COMMENCEMENT DE MES GOUTS POUR LA BOTANIQUE

Au printemps de 1794, M. Vaucher ' donna un petit cours de botanique dans un très-modeste jardin que la Société de physique et d'histoire naturelle venait alors d'éta-

* Pierre Vaucher, pasteur et professeur de théologie. Son Histoire des conferves dPeau douce est un ouvrage remarquable pour l'époque à laquelle il a paru. (Alph. de C.)

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blir *. Je fus entraîné à le suivre, soit parce que mes amis le suivaient, soit parce que, appelé à vivre beaucoup à la campagne, je pensais que cette étude pourrait m'y être agréable. Je n'eus que le temps d'assister aux premières séances, elles m'intéressèrent plus que je ne l'avais supposé, mais dès que le moment de partir pour Champagne fut arrivé je les abandonnai et me rendis chez mon père, ne me doutant point que ces quelques leçons allaient décider du sort de ma vie !

J'avais fait avec succès mon examen de sortie de belleslettres, et j'arrivais à Champagne plus occupé d'idées relatives à la httérature qu'à toute autre étude. Je continuais à faire des vers sur tous les petits événements de la vie; je méditais de grands travaux sur les étymologies grecques ; je lisais des livres d'histoire et j'avais le désir de me vouer aux études historiques ; je lisais Locke, Condillac, et parmi les études nouvelles, destinées à me préparer pour l'auditoire de philosophie, c'étaient celles de logique et de métaphysique qui me plaisaient le plus, parce qu'elles me semblaient moins éloignées de la littérature que toutes les autres.

Cependant, au milieu de ces occupations que je regardais comme mon travail, j'entremêlais quelque sentiment de curiosité pour les plantes qui m'entouraient; je ne connaissais aucune d'elles par son nom, car les leçons élémentaires que j'avais suivies ne m'avaient appris que le nom des principaux organes des végétaux ; je connaissais encore moins leur classification et n'avait aucune idée d'aucun système quelconque. Je n'avais auprès de moi aucun livre, aucun ami, aucun maître, qui pût me guider, et cependant je commençais à observer les plantes avec intérêt. Mon frère, qui venait de passer quelques années dans un pensionnat à Aar^.ay y avait appris à dessiner les fleurs, nous courions la campagne pour ramasser, lui des modèles, moi des sujets d'ob-

* Dans Tancien caralier Micbeli, prèR de la raaisoD Eynard. (Alph. de C.)

servations; je m'amusais à décrire les plantes que je rencontrais. Les seuls livres de botanique que j'eusse pu me procurer dans mon éloignementdes villes étaient le dictionnaire de Valmont de Bomare et celui de Buchoz ; il aurait été certes difficile d'en trouver deux plus mauvais. Je commençai à décrire mes plantes d'après eux, mais je ne tardai pas à m'apercevoir que leur méthode était peu régulière et j'en vins de moi-même, sans en avoir vu de modèle, à arranger mes descriptions précisément dans l'ordre et presque dans le style admis par les botanistes ; je suivais l'ordre des organes : racines, tiges, feuilles, etc.; je désignais pour chacun d'eux ses modifications par de simples épithètes ; mais tout en faisant ces descriptions assez méthodiques, je ne connaissais les plantes que par leur nom vulgaire : je me rappelle encore la joie que j'éprouvai lorsqu'une dame, qui avait vécu en France, m'apprit que l'arbuste nommé f resillon dans le patois du pays, se nommait le troëne. C'est dire à quel point allait mon ignorance sur toute la partie conventionnelle de la botanique ; je suis cependant demeuré convaincu depuis que rien n'a plus influé sur la direction de mes travaux subséquents et ne m'a mieux disposé à l'étude des rapports naturels, que cette observation des végétaux faite sur euxmêmes, d'après mes seules idées, dépourvues de toute hypothèse préalable. Celui qui, à cette époque, m'aurait dit que je travaillais à ce qui devait faire l'occupation de ma vie entière m'aurait encore bien étonné : je ne croyais me livrer qu'à un délassement et ne me le permettais même que lorsque je croyais avoir donné assez de temps à des travaux littéraires.

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