‹ MemoiresChapitre 6 sur 117 · TERREUR A GENÈVE · texte numérisé non relu

TERREUR A GENÈVE

Mon séjour à la campagne fut prolongé cette année plus que de coutume, à cause des circonstances déplorables dans lesquelles Genève se tiouva* Depuis le mois de décembre

1792, époque où Fancien gouvernement avait été remplacé par l'administration révolutionnaire, celle-ci, composée d'hommes plus faibles que méchants , avait maintenu, au milieu de plusieurs petites vexations individuelles, une apparence d'ordre; mais une faction virulente, excitée et guidée par un homme émissaire de Robespierre ou séduit par l'exemple de Paris, s'empara tout à coup du pouvoir en 1794 (au mois de juillet) ; on incarcéra plusieurs centaines de citoyens des plus recommandables ; on érigea un tribunal révolutionnaire qui en condamna plusieurs à mort et spolia les autres par des taxes arbitraires. Mon père fut condamné à mort par contumace, et une propriété qu'il avait dans Genève fut confisquée. On juge facilement de l'horreur et de l'effroi qu'inspirèrent de pareilles mesures. Toute cette effroyable imitation de la Terreur française se passait cependant au moment où celle-ci approchait de son terme; la nouvelle du 9 thermidor et de la chute de Robespierre arriva à Grenève au moment où le tribunal révolutionnaire venait d'assouvir ses premières fureurs et contribua à les modérer, au moins elle l'engagea à se contenter d'impositions forcées au lieu de sang. Un second tribunal eut l'idée de racheter le meurtre des hommes qu'on avait fusillés en faisant subir sans grands motifs la même peine à d'obscurs jacobins, comme si on rachetait une injustice envers d'honnêtes gens par une autre injustice envers des misérables !

Je consacrai mon indignation contre ces excès dans une ode d'imprécations sur la fatale journée du 19 juillet, et plus tard, dans une autre ode adressée à des Genevois qui devaient aller aux États-Unis fonder une nouvelle Genève.

Cependant la population égarée un instant revint bientôt à des sentiments plus humains et témoigna une espèce de honte de ce qui s'était passé. Le second tribunal annula la plupart des condamnations personnelles qui n'avaient pas été exécutées ; on entra en négociation pour les biens confisqués, et une espèce d'ordre analogue à ce calme menaçant

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qui succède aux grandes tempêtes s'établit vers la fin de l'année. Je retournai alors à Genève pour y reprendre le cours de mes études.

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