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SUPPLÉMENT A LA FLORE FRANÇAISE

Une autre difficulté m'obligea à rentrer dans le domaine de la botanique pratique. La base de tout mon travail devait être une énumération soignée des végétaux dont je

voulais faire l'iiistoire. Je dus donc m'occuper de l'étude détaillée des plantes que j'avais recueillies dans mes voyages, afin de compléter la Flore française, ce qui a donné lieu au supplément, soit sixième volume de cet ouvrage. Ce travail n'a pu paraître qu'en 1815, quoiqu'il eût été préparé plus tôt ; c'est au moment des désordres qui ont accompagné à Montpellier la seconde restauration que j'y ai mis. la dernière main. La préface a été achevée le 2 juillet 1815, au milieu des coups de fusil et des obus, et je me suis permis d'y inscrire cette date comme une sorte de preuve que, même dans ces jours orageux, je n'abandonnais pas l'étude. Ce volume, tout de détails, contient la description d'un assez grand nombre de plantes nouvelles, et la rectification des erreurs faites par moi-même dans l'ouvrage, ou ailleurs par d'autres botanistes. J'étais en particulier obligé de citer les noms erronés ou abandonnés que les plantes de France avaient reçus des botanistes, et un de ceux qui avaient le plus commis de ce genre d'erreurs était M. Picot- La Peyrouse, qui, dans son Histoire des plantes des Pyi^énées, avait montré l'ignorance et la partialité les plus grossières. Je me bornai à citer ceux des noms qu'il avait admis dont j'avais des preuves authentiques, et quoique ce ne fût qu'une très-petite partie de ses bévues, il se trouvait fréquemment dans la synonymie. Ce procédé est d'usage dans tous les livres de botanique ; il s'emploie entre les meilleurs amis et ne passe point pour offensant; néanmoins M. La Peyrouse entra dans une fureur prodigieuse contre moi et publia un supplément à son livre qui n'est, à vrai dire, en ce qui me concerne, qu'un recueil d'injures et de calomnies. J'aurais pu sans peine relever ses réponses, mais je restai fidèle à mon principe d'éviter toute querelle de plume et ne répliquai rien. Lui-même mourut peu de temps après, emportant son fiel, et assez promptement le public botanique reconnut l'injustice de ses attaques. Toutes mes critiques ont été confirmées, je crois, sans exception.

Un jeune botaniste anglais, M. Benthara (devenu dès lors un des plus distingués), ayant, à la suite d'un voyage aux Pyrénées, obtenu la vue de l'herbier de La Peyrouse, que celui-ci m'avait refusée , y a vérifié mes assertions et découvert un nombre de bévues si énorme que l'on a peine à comprendre aujourd'hui qu'un pareil homme ait eu la moindre célébrité. C'est ainsi qu'il avait pris une feuille de fève tombée dans un étang pour une nouvelle espèce de potamogeton, un mille -pertuis pour une gentiane, etc. Il a de plus été avéré qu'un grand nombre des plantes qu'il dit avoir trouvées dans les Pyrénées n'y croissent point, et que les localités de celles qu'on y trouve sont trèsfréquemment indiquées par lui d'une manière fausse. J'ai donc été pleinement vengé de ses injures, sans m'en donner aucun souci, et par le mépris seul où ses ouvrages sont tombés * .

* L'éditeur supprime ici des imputations graves de M. Chaptal, ministre de rintérieur, sur M. Picot-La Peyrouse, considéré comme maire de la ville de Toulouse. Elles seraient de nature à blesser ses descendants, s'il en existe, et il vaut mieux éviter des discussions maintenant inutiles. La colère de M. La Peyrouse contre Tauteur de la Flore française remonte, à ce qu'il parait, à une lettre confidentielle et peu convenable de M. Gouan, lettre qui est en mains de M. Moquin-Tandon et dont il a bien voulu me donner copie. Cette lettre était de nature à inspirer des préventions, et Gouan lui-même pouvait en avoir contre un jeune homme qui préférait la méthode naturelle à celle de son illustre correspondant Linné, t Nous avons ici,» disait-il le l*'juin (sans doute 1807), c nous avons ici M. de Candolle, qui a pris et vu dans nos « herbiers toutes les notes qu'il a voulu. U n'a pas fait deux lieues dans nos « environs, et comme je suis franc, je lui ai dit qu'il m'avait l'air de faire la « Flore française dans le cabinet et sur les herbiers qu'on lui ferait voir. Et « je crains qu'aux Pyrénées, il n'envoie des émissaires pour ramasser, et € ensuite en parler comme s'il avait herborisé, lui, en personne. Tous ces « Messieurs de Paris n'ont pas le pied-marin; ils craignent de trouver du « gravier sous les pieds. > Dans ce temps un herbier était un trésor, en quelque sorte personnel. On le montrait, mais il parait qu'on n'entendait pas que les visiteurs pussent en profiter librement. Mon père a beaucoiq) contribué à l'usage actuel d'ouvrir libéralement les herbiers, à condition, pour chaque visiteur, de citer la collection dans laquelle il a puisé un document. La Flore française n'a pas si mal réussi pour avon* été feite en grande partie au moyen des herbiers. Par parenthèse , le jeune voyageur,

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