‹ MemoiresChapitre 65 sur 117 · DÉTERMINATION DE QUITTER MONTPELLIER · texte numérisé non relu

DÉTERMINATION DE QUITTER MONTPELLIER

J'étais paisiblement occupé de ma botanique , et je me préparais à partir pour Montpellier vers la fin de décembre, lorsque je reçus une lettre de M. Lichteustein, qui me donnait avis que la Loge avait décidé d'éliminer de son sein tous ceux qui avaient accepté une place pendant les Cent jours, et qu'à ce titre j'en avais été exclu. Cette insulte, arrivant au milieu des témoignages d'estime que me donnaient mes supérieurs immédiats, me causa une vraie peine ; la moutarde, comme on dit, me monta au nez , et je me décidai sur-le-champ à quitter une ville où l'on pouvait être traité de la sorte. J'étais déjà, depuis un an, dans une espèce d'hésitation entre Montpellier et Genève, et cette dernière goutte d'eau fit verser le vase. Je savais bien qu'en quittant Montpellier je perdais douze mille francs de rente, et que je ne devais guère en espérer que douze cents à Genève, mais, malgré ma pauvreté d'alors, je me décidai à ce sacrifice presque sans hésiter.

Cependant, tout décidé que j'étais, je sentis le besoin de mettre une certaine lenteur dans l'exécution de mon plan. D'un côté, je ne voulais pas retourner à Genève avant d'être nommé à la place de professeur d'histoire naturelle, qu'on m'avait souvent offerte; de l'autre, je ne voulais pas quitter Montpellier avant d'être payé d'environ quinze mille francs qu'on me restait devoir, tant pour traitements arriérés que pour avances faites au Jardin pendant la crise. Enfin je ne voulais pas me donner l'air d'être destitué, ou même disgracié, au moment où je venais de recevoir des politesses nombreuses du gouvernement.

D'après ces motifs, je tins secrète, en France, ma résolution. J'écrivis à mon père et à mon ami le professeur Girod pour qu'on organisât la chaire qu'on m'avait offerte à Genève, en gardant le secret autant que nos formes pou-

valent le comporter, et comme il restait trois mois avant l'ouverture de mon cours à Montpellier, je me décidai à en profiter pour faire un voyage à Londres à l'eflFet d'y consulter les collections et d'y connaître les naturalistes.

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