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FONDATION DU JARDIN BOTANIQUE

Ce fut pendant le même liiver que commença véritablement l'établissement du Jardin botanique. Le terrain avait été, pendant le cours de 1817, défoncé, divisé en platesbandes et allées, enclos d'une lourde palissade en bois , et il fallait maintenant construire les serres et autres bâtiments. Une souscription fut ouverte dans ce but ; en peu de jours elle fut assez bien accueillie pour prouver que le sort futur du Jardin était assuré. Quatre des particuliei's les plus riches du pays * donnèrent chacun cinquante louis; je donnai pour ma part cinq cents francs, ne voulant pas, malgré ma gène d'alors, ne pas coopérer à l'entreprise. Presque tous les citoyens , même les plus pauvres, donnèrent, soit par intérêt pour l'instruction publique, soit pour aider à dénaturer une promenade qui avait été le théâtre des exécutions révolutionnaires de 1794, et qui était restée comme un lieu pestiféré où personne n'osait mettre les pieds. Je fus aidé dans cette création du Jardin par plusieurs magistrats, en particulier par le syndic Saladin et par mon ancien ami Fatio. L'un et l'autre y apportèrent un zèle dont je leur ai gardé de la reconnaissance. Fatio a continué de donner des marques d'intérêt à cet éta-

' MM. de la Rive-Boissier, Saladin-de Budé, Favre et Eynardî

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blissement par amitié pour moi. N osant lui dédier un genre de plantes, vu qu'il n'était point botaniste, j'ai voulu plus tard consacrer au moins son nom dans les fastes de la science en nommant un genre d'après un de ses ancêtres, Fatio de Duilliers, physicien un peu excentrique, qui avait écrit quelque chose sur l'horticulture. La dédicace porte ce nom, mais mon cœur dédiait le genre à mon excellent ami Guillaume Fatio.

Je trouvai aussi beaucoup d'encouragements dans les dispositions du public, et je citerai ici, pour n'y pas revenir, quelques-uns des secours individuels qui m'ont rendu la fondation et l'administration du Jardin douces et agréables. Dans le premier établissement on avait, par économie, entouré le terrain d'une palissade en pieux, fort laide, qui masquait la vue. M. Eynard, peu d'années après, nous oflrit de faire faire, à ses frais, une grille en fer, qui fut un utile embellissement. On avait construit une loge de portier très-mesquine, et on manquait de place pour former aucune collection; deux particuliers, qui ont voulu obstinément garder l'anonyme*, m' ayant entendu dire combien un Conservatoire manquait au Jardin, me firent demander (1824) le plan d'un établissement de ce genre. Je me hâtai d'en faire faire un par M. le colonel Dufour : ils l'approuvèrent et m'envoyèrent environ vingt-cinq mille francs pour la construction. J'engageai la commission administrative du Jardin à y joindre une partie de ce qui restait de la souscription générale, et la Classe d'agriculture à y consacrer une somme pour avoir dans le bâtiment une salle destinée à une collection d'instruments aratoires. Grâce à ces addi-

* M. Viollier fut leur intermédiaire ou peut-être ( quoiqu'il Tait nié ) il était lui-même un des deux donateurs. M. Viollier est mort, et il est probable qu'on ne saura jamais exactement de qui est venu ce don si généreux. Mon père aurait voulu appliquer la somme à un emploi plus important, étranger au Jardin botanique, mais M. Viollier insista, disant que les donateurs voulaient un objet secondaire, attendu que la ville et l'État devaient faire les dépenses véritablement nécessaires. (Alph. de C.)

tiens, nous pûmes donner assez d'extension au bâtunent pour y loger le portier et les jardiniers, outre les collections futures de l'établissement. Celles-ci, qui n'existaient point alors, furent promptement commencées par le zèle des particuliers, MM. Necker-de Saussure, Choisy, Roux, CoUadon-Martin, etc., faisant cadeau de leurs herbiers. Plusieurs autres donnèrent des échantillons de bois, de fruits, d'écorces, de produits médicinaux, et en peu de mois, le Jardin se trouva possesseur d'une collection de quelque importance. Peu d'années après, M. de Haller, fils du grand Haller, légua à l'établissement son herbier de Suisse, qui a une importance réelle, conune étant la représentation la plus exacte de la flore de Suisse de son illustre père.

Ayant vu, comme je l'ai conté plus haut, le zèle avec lequel les dames de Genève s'étaient employées à copier les dessins de la flore du Mexique, je voulus les engager à dessiner des plantes qui fleurissaient au Jardin. J'en obtins quelques dessins, mais le zèle se ralentit assez vite. J'ai toujours éprouvé que les travaux de longue haleine, quoique d'un genre modéré, sont plus difficiles à obtenir que les coups de colUer vifs, mais de courte durée.

Parmi les effets divers de la bonne volonté du public pour le Jardin, je pourrais citer plusieurs cadeaux d'objets matériels ou d'argent et une souscription, qui fut promptement remplie, pour faire faire les bustes de six botanistes genevois que j'avais proposé de placer devant l'orangerie.

Les hommes que j'avais choisis pour représenter notre ville, sous le rapport botanique, étaient Chabrey, Trembley, Ch. Bonnet, J.-J. Rousseau, H.-B. de Saussure et Senebier. Mon premier projet avait été de faire des bustes en terre cuite, comme ceux de Montpellier, mais nos artistes s'indignèrent de cette idée, et M. Reverdin, alors directeur de l'École de dessin, mit beaucoup de zèle à organiser une souscription pour les faire en marbre. Le difficile était d'avoir des portraits et de les faire traduire en bustes. Quel-

ques détails sur cette affaire intéresseront peut-être les Genevois qui pourront lire ces pages.

Dominique Chabrey était élève, ami et continuateur de Jean Bauhin. Il n'a écrit que des ouvrages assez médiocres, mais comme il a été le seul botaniste que Grenève ait produit dans les temps un peu éloignés de nous, j'ai cru qu'il convenait de placer son buste pour montrer que dès longtemps les sciences étaient cultivées dans notre ville. Comme il n'était pas fort célèbre, et que sa famille est éteinte, je trouvai beaucoup de difficultés à obtenir son image. Enfin, M. le syndic Schmidt m'avertit qu'il avait vu, dans sa jeunesse, dans un cercle qu'il me désigna, une visagère en plâtre de Chabrey, qu'on y conservait, parce qu'il avait pris part au combat de l'Escalade en 1602. Après bien des recherches, on parvint à retrouver cette visagère, qui était tombée dans la boutique d'un brocanteur. Elle a servi de modèle à un buste en marbre qu'on a fait faire à Carrare ; ce buste ne représente pas trop mal les traits du visage, mais au lieu d'une barbe pointue à la Henri IV, l'artiste a imaginé de faire une barbe touffue et crépue comme pour un Caracalla , de sorte que le buste n'a point le caractère du temps.

Abraham Trembley a été aussi médiocrement sculpté, à Carrare, d'après un portrait de lui, qui a été fourni par son fils, le syndic Trembley. J'en dirai autant du buste exécuté à Carrare de Jean Senebier, d'après un portrait qui avait été fait dans sa jeunesse, et qui n'en donne à peu près aucune idée.

On avait de bons portraits de H.-B. de Saussure, de sorte qu'on pouvait espérer en avoir un bon buste. Sa fille, M"^^ Necker, partait pour l'Italie ; je crus ne pouvoir mieux faire que de la prier de faire faire elle-même le buste. Elle s'en chargea avec empressement, mais on exécuta un buste absolument idéal, qui ne rappelle en aucune manière de Saussure. Il avait la tête trop petite pour sa grande taille,

on fit une tête énorme; il avait les cheveux plats, on fit une chevelure bouclée, etc.

Les deux seuls bustes qui soient dignes d'être exposés en puWic, sont ceux de J.-J. Rousseau et de Ch. Bonnet, exécutés par Pradier. L'un et l'autre sont en marbre de Paros, et faits d'après des moules pris sur nature. Ils sont d'une ressemblance complète et d'une finesse d'exécution qui font le plus grand honneur à l'artiste.

Avant de reprendre le récit clu-onologique des choses qui me sont personnelles, je crois devoir dire ici quelques mots des institutions publiques que j'ai ou fondées ou contribué à fonder.

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