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SOCIÉTÉ DES ARTS

Dès mon arrivée à Genève je fus nommé adjoint, puis membre de la Société pour l'avancement des arts. Cette institution, créée en 1768 % était l'une des plus anciennes du pays, et avait rendu des services à l'industrie et aux arts du dessin, mais elle était peu à peu tombée dans un état de

* Eu comparant cet article avec celui qui concerne l'enseignement à Montpellier (page 233), et si l'on tient compte des élèves qui ont continué à travailler en botanique après leurs études ordinaires, on verra que mon père a formé plus d'élèves à Genève qu'à Montpellier, surtout si l'on tient compte du nombre relatif des jeunes gens dans les deux écoles. U se donnait cependant plus de peine à Montpellier, car il était plus jeune et moins souvent détourné par des devoirs de politique, de société et de famille. Peut-être les efforts extrêmes qu'il faisait à cette époque, dans le but de plaire aux jeunes gens, avaient-ils l'effet d'en attirer qui recherchaient le professeur plus que la science ? Du reste , pour chaque élève formé par l'influence personnelle de mon père, je pourrais en citer huit ou dix, et des plus forts, qui ont pris goût à la botanique par ses ouvrages, sans l'avoir connu. J'en suis certain, grâce au témoignage même de plusieurs botanistes. La Flore française en a créé un très-grand nombre dans les pays de langue française ; les Propriétés médicales des plantes, la Théorie élémentaire, la Physiologie et VOrganographie, dans tous les pays. L'action de renseignement du professeur, quelque remarquable qu'il ait été, disparaît en comparaison de celle-ci. (Alph. de C.)

* La Société a existé d'abord sous une forme un peu vague, et elle s'est constituée régulièrement en 1776. (Alph. de C.)

véritable torpeur, malgi'é le zèle du président, M. le professeur Pictet. Elle était dépourvue de moyens pécuniaires, sans lesquels il est bien difiScile de servir les arts : elle se divisait en comités qui ne se rassemblaient presque plus, et les séances générales se composaient de gens qui n'avaient guère de lien commun.

Lorsque, en 1820, la commission dite des subsistances sentit le besoin d'encourager l'agriculture du canton, ses meneurs voulaient faire créer une Société d'agriculture. Je parvins à leur persuader que les arts agricoles faisaient déjà partie des objets dont s'occupait la Société des Arts, et qu'il valait mieux perfectionner cette branche d'une institution ancienne que d'en créer une nouvelle. J'eus quelque peine, soit auprès des novateurs de la commission, soit auprès des conseiTateurs de la Société, mais enfin je parvins à mon but en proposant une organisation propre à calmer leurs craintes contradictoires. La Classe d'agriculture fut fondée, et j'en fus le premier président. Les fonds assez abondants qu'elle obtint du public et ses débuts heureux frappèrent M. Pictet qui, peu après, proposa d'organiser le reste de la Société sur le même type. Elle se trouva donc formée de trois Classes dites des Beaux-Arts, d'Industrie et d'Agriculture. Cette organisation eut un grand succès, attira des souscriptem-s et des collaborateurs, et rajeunit une institution qui périssait de vieillesse.

A la mort de M. Pictet, en 1825, je fus nommé pour le remplacer connue président général de la Société. Cette petite charge, peu signifiante par elle-même, prenait quelque lustre de ce qu'elle avait été remplie avant moi par MM. de Saussure et Pictet. Jusqu'alors elle avait été à vie, mais on décida fort sagement, à la mort de M. Pictet, de nommer pour cinq ans, avec faculté de réélection. Depuis ma première nomination j'ai déjà été*réélu trois fois, en 1830, 1835 et 1840, et je n'ai eu qu'à me louer de mes rapports soit avec mes collègues, soit avec les trois Classes

AGE MUR. — GENÈVE. 3il

dont j'avais à régulariser l'action quand cela était nécessaire.

Mon élection aux fonctions de président coïncida avec un incident qui donna beaucoup de relief à la Société. M. Rath, ancien lieutenant général au service de Russie, vint à mourir et laissa à ses sœurs une fortune assez considérable, en les priant à son lit de mort d'en faire après elles un emploi qui honorât sa mémoire. Ses sœurs voulurent exécuter immédiatement cette clause, et l'une d'elles, M^^^ Henriette, peintre distingué de miniature, et ancienne amie de la famille Torras ' , vint me consulter sur le choix de l'établissement qu'il serait utile de créer. Je conseillai un Musée de Beaux- Arts, soit parce que cette fondation se rattachait à ses goûts, soit parce que la Société des Arts était fort mal logée. M^ï^s Rath entrèrent vivement dans cette vue. Elles réunirent sur-le-champ quelques personnes propres à organiser ce genre d'institution (MM. Rigaud, syndic, L. Duval, Dufour, colonel, Vaucher, architecte, et moi). Nous en posâmes les bases, et après examen d'un plan proposé par M. Vaucher, nous le présentâmes au gouvernement. Le Musée devait être, suivant l'offre patriotique des dames Rath, payé moitié par elle, moitié par l'État; cette proposition fut agréée par l'administration et portée à la sanction du Conseil Représentatif. Je fus nommé de la commission chargée de l'examiner; sur mon rapport les fonds furent votés en 1824. Le Musée fut achevé en 1825, comme je venais d'être nommé président, de sorte que son inauguration et l'expression de notre reconnaissance pour les généreuses fondatrices fut mon premier acte dans mes nouvelles fonctions.

Du reste, celles-ci n'exigeaient pas grand travail ; elles se réduisaient à la surveillance générale des intérêts de la Société et des Classes. Une fois par année, dans une séance publique, le président doit faire un discours ; mais comme

* Voyez ci-dessus, pages 72, 77, 134.

il était convenu qu'il devait laisser au président de chaque Classe ce qui la concerne, il ne restait pas gi*and' chose au président général. J'avais coutume de dire que je devais faire un discours sur les arts à condition de ne parler ni de beaux-arts, ni des arts industriels, ni des arts agricoles. II me restait les éloges des membres de la Société morts pendant l'année, ce qui ne laissait pas d'avoir aussi ses difficultés, vu que plusieurs étaient des hommes assez obscurs. Je m'en suis tiré cependant avec une certaine approbation, en me bornant à raconter ce que chacun avait fait; sous cette forme j'ai pu, dans les quinze années qui viennent de s'écouler, rédiger, sans trop de monotonie, les éloges succincts de quarante-deux artistes, industriels ou agriculteurs.

La présidence de la Société m'entraîna, en 1828, à un travail bien étranger à mes études ordinaires. La Classe d'industrie s'était décidée, après mainte hésitation, .à faire une exposition des produits de l'industrie genevoise, et je fus nommé président de la commission qui devait s'en occuper^. J'eus pour collègues quelques personnes qui mirent du zèle aux arrangements de détail, mais je dus m'occuper de la direction générale et du rapport. Ce travail me donna assez de peine, soit pour le disposer convenablement, soit pour vaincre les préventions des principaux horlogers et bijoutiers contre cette méthode de publicité, car une exposition à Genève était manquée si Thorlogerie n'y avait pas la grosse part. Le public parut y mettre de l'intérêt. Je rédigeai, en m'aidant beaucoup des notes de mes collées, un rapport assez développé, qui présente une espèce de tableau statistique de notre industrie et un aperçu des moyens de l'améliorer. Ce rapport eut un certain succès comme œuvre littéraire, mais n'a paru avoir aucune action comme encouragement à l'industrie.

Des trois divisions de la Société, celle qui se rapprochait le plus de mes études était la Classe d'agriculture, et, sur-

tout dans les premières années de sa formation, j'ai fait beaucoup d'efforts pour lui donner une bonne impulsion.

J'avais réuni dans le Jardin botanique un grand nombre de variétés de légumes, afin de les répandre dans le pays ; mais je dois avouer que, malgré la peine que je me suis donnée à cet égard, je n'ai eu que des résultats faibles ou tout à fait nuls. J'ai échoué contre l'inertie du public. Voyant l'inutilité de ce but pratique, j'ai tiré parti de la collection que j'avais formée pour étudier les variétés de choux, cette catégorie de végétaux appartenant à la famille des crucifères, dont je préparais alors l'article pour le Prodromus. Je fis sur les choux cultivés un mémoire que M}^^ Maunoir, fille de mon collègue et ami le professeur Maunoii-, voulut bien traduire en anglais et que j'adressai à la Société d'horticulture de Londres, comme remerciement de ce qu'elle m'avait nommé un de ses associés étrangers. Ce travail eut plus de succès que je n'espérais, et la Société non-seulement l'inséra dans ses Transactions, mais me décerna sa grande médaille d'argent.

Un peu après cette époque (1823) je donnai un cours de Botanique agricole^ auquel j'invitai les principaux membres du comité d'agriculture. Ce cours eut du succès et j'étais disposé à le faire imprimer. Dans ce but j'engageai mon élève, M. Duby, à l'écrire pendant que je l'improviserais; toutefois, après réflexion, j'en ai tiré parti sous une autre forme : j'ai inséré ce qui m'en a paru le plus digne dans le troisième volume de ma Physiologie végétale ^ .

Pour en venir aux travaux que j'ai le plus spécialement faits pour la Classe d'agriculture, je mentionnerai les suivants : 1» Je lui proposai de donner un prix un peu considérable pour encourager l'industrie des pépiniéristes. Je fis, avec MM. Théodore de Saussure et Micheli, la visite des pépinières du canton et je rédigeai un rapport détaillé sur

* La séance de clôture de ce cours a été publiée dans les Bulletins de la Classe d'agriculture, n»» 8 et 9. (Alph. de C.)

ces établissements et sur les principes d'ordre et de méthode qui leur sont nécessaires, mais j'ai lieu de croire que nos pépiniéristes n'y ont pas donné grande attention. 2^ Je fis venir de Normandie des greffes des bonnes variétés de pommiers à cidre, et je tâchai de les répandre dans le pays à la place des mauvais pommiers et poiriers avec lesquels on fait un vin de fruits détestable ; mais j'échouai encore contre l'inertie et l'ignorance. 3^ Je fis une tentative analogue sur les variétés de pommes de terre: après avoir réuni la presque totalité des variétés connues, je les cultivai toutes dans le même enclos pour connaître leur produit comparatif, et j'ai rédigé sur ce sujet un rapport circonstancié qui m'a coûté beaucoup de travail. Après ce premier essai, je voulais fah'e la contre-partie en faisant cultiver les tubercules dans des terrains très-différents : je les confiai à deux des membres du comité qui habitaient aux deux extrémités du canton, et qui paraissaient bien choisis parce qu'ils avaient quelque connaissance en botanique. L'un et l'autre ont exécuté si mal ce travail que leurs expériences eurent pour seul résultat de laisser perdre tous les tubercules types. 40 Ayant visité la Suisse allemande et vu les procédés par lesquels on y tire un si grand produit des engrais liquides, je rédigeai, à l'invitation du comité, une instruction sur cet objet. J'ose croire qu'elle était faite avec soin, à en juger non-seulement par les éloges qu'on lui donna, mais par le nombre des journaux d'agriculture qui l'ont reproduite. J'ignore si elle a eu ailleurs quelque utilité, mais je sais bien que personne autour de Genève n'y a donné une attention suffisante. Ce n'était cependant pas de la théorie, mais de la vraie pratique.

J'avoue que ces preuves multipliées de la puissance de la routine me dégoûtèrent beaucoup. J'ai réussi sur deux points dans lesquels il s'agissait non de faire, mais d'empêcher, et où j'avais par conséquent l'inertie en faveur de ma cause.

Il y eut un moment dans le pays un engouement pour les paragréles métalliques, qui n'étaient que des espèces de paratonnerres grossiers, lesquels placés dans les vignes empêchaient, disait-on, la chute de la grêle. Les vignobles du canton de Vaud se couvraient de ces longues perches. Je fis tous mes efforts pour prcTIiver à la Classe que ce procédé était une déception et que ces mesquines perches ne pouvaient empêcher la chute de la grêle. Les mêmes hommes, si froids pour les applications rationnelles de la science à l'agriculture, étaient tout feu pour celle-ci, parce que les savants n'y croyaient pas. J'obtins cependant l'ajournement de la proposition, et j'eus le bonheur que dans l'année une forte grêle tomba sur les vignobles du canton de Vaud hérissés de paragréles, ce qui mit fin à la discussion et aux dépenses de nos voisins.

Dans une autre occasion on voulait, h l'exemple de plusieurs pays, faire creuser des puits artésiens. Je fis remarquer que nous étions placés au revers abrupte du Jura, et <iue par conséquent il n'y avait, d'après toutes les expériences connues, aucune probabilité qu'on pût trouver chez nous des eaux jaillissantes. J'insistai sur le danger qu'un corps dont l'action doit être d'éclairer l'opinion se discréditât lui-même en conseillant des choses hasardées. J'obtins le renvoi de la décision. En attendant, une réunion de souscripteurs bénévoles a fait creuser un ( ou deux ? ) puits artésiens dont aucun n'a fourni un seul pouce d'eau. Celui de Pregny a donné, par les soins de MM. de la Rive et Marcet, quelques résultats utiles à la physique, sans aucune application à l'agriculture. Mon avis a donc arrêté la Classe dans une dépense folle ; mais, comme cela arrive souvent, bien des gens m'en ont voulu de les avoir empêchés de faire une sottise.

Les parties véritablement utiles des travaux de la Classe ont été l'introduction d'une charrue belge modifiée, la généralisation de la culture du colza, et quelques améliora-

tions dans la culture des champs et dans le soin des bestiaux, déterminés par les prix distribués annuellement

J'ai été président de la Classe en 1820, 1822 et je crois en 1824; cette fonction s'est trouvée ensuite incompatible avec celle de président de la Société des Arts*.

Parmi les objets qui se rattachent à la Classe d'agriculture, je dois citer les expositions de fleurs. M. de Constant en proposa l'établissement, et quoique je ne fusse pas fort assuré qu'il pût réussir chez nous, je ne crus pas devoir refuser mon concours. Cette petite institution a réussi mieux que je ne respérais. J'ai fait pendant quelques années partie des jurys, et j'ai tâché de les diriger vers une marche un peu exacte et propre à favoriser l'horticulture. Lorsque mon fils m'a succédé comme professeur cette charge lui a été dévolue.

§ 10. COMITÉ d'utilité PUBLIQUE.

Je fus appelé, en 1827, à faire partie d'un comité auquel j'ai mis un intérêt réel parce qu'on sentait qu'on y agissait. M. Henri Boissier, mon parent éloigné, après avoir consacré sa vie à des actes d'une charité bien entendue, vint à mourir, il laissa par son testament une somme de 250,000

» L'auteur me paraît avoir exagéré les difficultés contre lesquelles il a échoué dans ses tentatives en faveur de l'agriculture du pays. Les £sdts qu'il cite sont exacts, mais il y en a d'autres dont il aurait pu parler. Pendant les premières années de Pexistence de la Classe d'agriculture, on avait à lutter contre des obstacles qui ont disparu ou qui ont diminué, grâce à l'influence prolongée de quelques hommes , en particulier du professeur président de la Société des Arts. Ainsi, quand la Classe a été formée, il y avait très-peu d'agriculteurs ayant reçu une éducation scientifique , sachant, par conséquent, faire exactement certaines expériences ; on lisait peu de livres d'agriculture ; on n'avait pas de cours de botanique ou de sciences analogues, etc. Depuis cette époque le public agricole, notamment celui qui fréquente les séances de la Classe, a bien changé : il comprend, discute et applique beaucoup mieux les idées nouvelles. Au besoin, le Bulletin que publie la Classe et le jounial du Cultivateur, qu'elle a fondé, en fourniraient la preuve.

(Alph. de C.)

francs pour être employée à des objets d'utilité publique, par un comité de dix personnes qu'il nomma pour la première fois et qui furent chargées de nommer leurs successeurs à mesure des vacances. Le généreux testateur me désigna avec plusieurs personnes des plus recommandables du pays. Ce comité, entrant dans les vues de son fondateur, a créé plusieurs institutions utiles, mais comme c'est ma propre histoire que je raconte ici, je parlerai seulement de celles auxquelles j'ai pris une part plus spéciale. J'ai été généralement chargé de la rédaction des comptes rendus que le comité a fait publier, et j'ai donné une attention particulière aux deux objets suivants :

F Sur ma proposition, le comité a encouragé les sociétés de secours mutuels entre ouvriers. D'après le procédé que j'avais vu réussir à Paris, il a donné à chacune des sociétés qui se sont formées une somme égale à celle que les sociétaires s'imposaient eux-mêmes. Quoique ces associations aient réussi, le grand développement de la caisse d'épargne * a dû limiter leur nombre et leur importance.

2^ Le comité, entrant dans les vues que je lui développai, consacra une forte somme à l'amélioration du sort des sourds-muets. Je donnerai quelques détails sur ce point.

Il existait depuis plusieurs années un petit établissement en faveur des sourds-muets, ou plutôt en faveur d'un sourdmuet sorti de l'école de Paris, et auquel on avait fait un petit sort en le nommant directeur de l'école. Dans l'été de 1830, je reçus la visite de mon excellent ami de Gérando, qui s'est occupé avec tant de zèle de tout ce qui tient à la bienfaisance publique et surtout à l'éducation des sourds-muets : il me demanda de voir notre institut. Je ne le connaissais

* Fondée en 1816, sur une proposition faite deux ans auparavant au Conseil Représentatif par mon oncle, M. de CandoUe-Boissier. {Noie de Vauteur.) — J'ai fait réimprimer le texte de cette proposition, intéressante par sa date, puisque la caisse d'épargne de Londres est de 1816 et celle de Paris de 1818. (Alph. de C.)

pas moi-même, mais j'y allai avec lui. Je trouvai un horrible appartement, dans le plus triste quartier de la ville, où vivaient entassés quinze à dix-huit enfants des deux sexes. Un sourd-muet leur enseignait tant bien que mal le langage des signes, d'après la méthode de Sicard. Je sortis indigné de cette institution et honteux d'y avoir conduit M. de Gérando. Dès le lendemain de son départ j'écrivis au Conseil d'État (ou au Conseil municipal ?) une lettre dans laquelle je signalais avec chaleur le mal existant et je demandais qu'on s'occupât de le réparer. J'obtins immédiatement le transfert de l'institut dans un autre local, plus aéré, plus clair et plus grand. Quelque temps après je retournai le voir, et je n'eus pas de peine à reconnaître combien, malgré cette mutation, l'établissement péchait encore sous une foule de rapports. Je m'adressai alors au comité d'utilité cantonale, et lui peignis avec énergie ce qu'il y avait de fâcheux et d'humiliant dans cet état de choses. Le comité, sur ma demande, offrit au Conseil d'État d'acquérir un terrain hors de la ville, de contribuer pour une forte proportion à y bâtir une maison convenable, de payer les frais nécessaires pour envoyer un second maître étudier à Zurich la méthode d'articulation, afin de l'enseigner aux sourdsmuets à son retour. La proposition fut agréée et le Conseil Représentatif vota les fonds nécessaires pour la mettre à exécution. Toute la partie matérielle en a bien réussi. Un petit terrain fut acquis à Plainpalais : une maison commode et bien placée, au milieu d'un petit jardin, fut bâtie : l'ancien mobiUer sordide fut remplacé par un mobilier neuf, etc. ; mais lorsqu'on en vint à la partie intellectuelle on réussit moins bien. Les sourds- muets ont gagné à mes efforts d'être mieux logés et de vivre plus confortablement, mais je crains qu'ils n'aient rien acquis sous le rapport de l'instruction. II est plus difiicile qu'on ne croit de faire tout le bien qu'on projette, surtout dans une démocratie où il faut agir sur une multitude de volontés contradictoires, et où chacun n'a

qu'une action très-bornée. J'ai fait un peu de bien aux sourds-muets : espérons que dans l'avenir quelque autre plus heureux achèvera mon œuvre !

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