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BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE

Voici encore un de ces établissements auxquels j'aurais désiré d'être beaucoup plus utile que je ne l'ai été. Nommé membre de la direction en 1818, j'y suis resté jusqu'en 1838 que j'ai été remplacé par mon fils. En y entrant, je fus péniblement frappé de la torpeur de l'administration, de la pauvreté de l'établissement, de la diflSculté que le public trouvait à en faire usage, etc., et je me mis à l'œuvre avec l'ardeur dont j'étais doué. A force de sollicitations, j'obtins quelque légère augmentation de fonds; je fis ouvrir la bibliothèque pendant quelques heures de plus ; je commençai, par moi-même et par quelques-uns de mes collègues, la rédaction d'un catalogue, qui depuis a été achevé et imprimé par M. L. Vaucher. J'appelai l'attention des Conseils sur les graves inconvénients du local, et il en est résulté une demi-promesse de le changer. Les dames Rath, déjà fondatrices du Musée, donnèrent une forte somme pour bâtir une bibliothèque * : on a reçu l'ar-

* Elles avaient abandonné à la ville une somme de 74,000 francs, valeur d'un terrain dont on voulait leur faire cadeau et qui fut acheté, en 1827, par un propriétaire voisin. Mon père, agissant au nom des dames Rath, était convenu verbalement, avec les membres de l'administration, que cette somme servirait à la construction d'une nouvelle bibliothèque, mais on croyait que cela se ferait immédiatement, et il ne fut pas fait de convention écrite ou officielle. L'administration n'y pensa plus, son personnel changea, et quand, plusieurs années après, je voulus réclamer, on me répondit qu'on ne savait ce que je voulais dire. Si M"«* Rath et mon père avaient eu l'idée de placer la somme à intérêts, au heu de la verser dans la caisse municipale, on aurait pu offrir au bout de vingt ans une somme bien suffisante pour construire une bibliothèque. Cette expérience et une autre (dans laquelle il y avait une convention écrite, passée avec d'autres administrateurs) m'ont fait adopter le système de n'avoir confiance dans aucune administration pubhque, radicale

gent, et depuis dix ans on ne s'est pas occupé de l'employer ; à peine quelques légers efforts ont -ils été faits parles bibliothécaires, à force de persécution, pour rendre l'établissement utile. J'avoue qu'au bout de quelques années j'ai perdu courage et me suis laissé aller à la torpeur qui m'entourait; je me suis persuadé que peut-être à l'époque où l'on obtiendrait un nouveau local (si jamais on l'obtient?), on serait mieux placé pour obtenir aussi une meilleure organisation et un accroissement de revenus. Quelquefois je me suis demandé si ce raisonnement n'était point un leurre que je me faisais à moi-même pour excuser, à mes yeux, le découragement dans lequel j'étais tombé en voyant l'inutilité de mes efforts. Rien ne m'a jamais paru aussi difficile que d'améliorer une vieille institution : c'est tenter de rendre la vie à un corps mort. J'ai dans ma carrière créé de toutes pièces et avec facilité bien des institutions nouvelles ; j'ai perdu souvent mon temps à en corriger quelques-unes d'anciennes.

§ 12. SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE, ET AUTRES SOCIÉTÉS DE GENÈVE.

La Société de physique a été fondée, vers la fin du siècle dernier, à l'occasion d'un legs fait dans ce but par Ch. Bonnet. J'y fus admis dès 1798. Lorsque je revins m'établir à Genève, en 1817, je fus frappé de sa torpeur. Elle s'assemblait une fois par mois chez l'un de ses membres, qui lisait ou était censé lire un mémoire, mais qui surtout donnait une collation abondante et délicate. On ne publiait rien, et c'était, à vrai dire, une simple réunion d'amateurs. Peu

ou consen^atrice. Du reste, quant à la bibliothèque, elle a subi, à la longue, une partie des améliorations que mon père sollicitait, et après examen je suis arrivé à la persuasion qu'on pourrait encore l'agrandir dans le local actuel, l'enrichir et la rendre plus utile sans beaucoup de dépense.

(Alph.deC.)

après mon arrivée je fis sentir les inconvénients de cette forme, et j'obtins que la Société se réunirait régulièrement deux fois par mois dans la salle de la Société des Arts (plus tard dans celle de l'Académie) et se contenterait d'un thé fort modeste. Un peu plus tard, mon ami Marcet proposa la publication d'un recueil de mémoires ; je l'appuyai vivement, et ce ne fut pas sans peine que nous l'emportâmes. Il fallait des fonds pour cette publication ; nous obtînmes du gouvernement de nous donner une petite somme chaque année, sous la condition que la Société céderait à la bibliothèque publique tous les livres qu'elle recevrait en don ou en échange de ses mémoires. Au bout de peu de temps le marché s'est trouvé avantageux pour l'État, car il reçoit chaque année une valeur en livres supérieure à son allocation; il a été aussi favorable à la Société et au développement des sciences, en donnant aux naturalistes le moyen de publier leurs observations * . Une commission nommée chaque année par la Société fait le choix des mémoires dignes d'être imprimés; je l'ai présidée depuis sa création jusqu'à ce jour.

Cette Société, fort modeste, m'a toujours été utile, soit en me donnant un moyen commode de publier quelques-uns de mes travaux, soit en me fournissant l'occasion d'être agréable à quelques savants étrangers et de conserver des relations amicales avec ceux du pays, soit surtout en me tenant au courant des progrès des sciences collatérales à la botanique. Ce genre d'utilité des Sociétés savantes n'est pas assez apprécié : ce n'est pas dans leurs séances que j'ai appris grand' chose sur la botanique, mais j'y ai appris beaucoup sur la zoologie, la minéralogie, la physique ou la chimie, et j'en ai mieux conservé ce que j'avais jadis appris sm' ces diverses sciences. Notre Société est bien adaptée à ce but,

* L'arrangement a continué sous une forme différente : la Bibliothèque achète à la Société, à un prix réduit, les ouvrages que celle-ci reçoit.

(Alph. deC.)

parce que chacun rapporte, à chaque séance, ce qu'il a pu apprendre de nouveau sur la branche d'étude à laquelle il est voué.

Au même point de vue j'ai trouvé quelque utilité à suivre les séances de la Société médico-chirurgicale, celles des diverses fractions de la Société des Arts et de quelques autres sociétés analogues. Elles me fournissaient d'ailleurs l'occasion de connaître ceux de mes compatriotes qui s'occupaient de choses utiles.

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