VOYAGE A PARIS
Pendant que j'herborisais ainsi dans le Jura, mes camarades Picot et Pictet parcouraient les Alpes de Savoie avec M. de Dolomieu, qui était venu à Genève, et qui, grâce à ses relations avec MM. les professeurs Picot et Pictet, avait bien voulu admettre mes amis dans son cortège. Il fit plus, et il engagea leurs parents à les envoyer passer l'hiver à Paris pour se fortifier dans les sciences physiques. Il offrit même de les prendre sous sa protection Cette idée enflamma plusieurs d'entre nous d'une ardeur facile à comprendre. Pictet s'arrangea pour aller avec M aarice * loger chez M. de Lalande, l'astronome, et M. Picot écrivit à mon père pour lui proposer de m'envoyer à Paris, avec son fils, habiter dans la maison de M. de Dolomieu. Mon père s'effraya d'abord de cette idée ; enfin il y consent ! mon voyage est décidé ; je me rends à Genève vers la fin d'octobre pour joindre Picot et partir ensemble pour la grande capitale. On juge sans peine de ma joie, de tout le prix que j'attachais à ce voyage et de tous les plans de travail qui se succédaient dans une tète de dix-huit ans. Je ne me doutais pas cependant alors de l'influence que cela aurait sur le reste de ma vie.
Nous partîmes au mois de novembre 1796, avecM°^eLui.
* M. Maarice-Diodati^ devenu plus tard préfet et membre de Flnstitat.
(Alph. de C.)
lin-Pictet * et nous nous rendîmes en poste à Paris. Notre compagne de voyage qui habitait cette ville depuis plusieurs années, et qui était une femme de sens et de bon conseil, nous mit au courant d'une foule d'usages bons à connaître pour de nouveaux débarqués. La route se passa sans événements. Je ne me rappelle pour ainsi dire que de l'instant où, arrivés sur les hauteurs entre Lieursaint et Charenton, nous aperçûmes le Panthéon ; je sens encore l'émotion que produisit sur moi cette première vue de Paris ; il me semblait voir à la fois devant m'es yeux tous les hommes qui ont illustré cette capitale des lettres; il me semblait que j'entrais dans le sanctuaire des sciences, et tout autre sentiment disparaissait à côté de celui-là.
Nous arrivâmes de nuit; nous nous rendîmes rue de Seine, à l'hôtel la Rochefoucauld, où M. de Dolomieu nous avait retenu un petit logement dans les mansardes, immédiatement au-dessus du sien. Dès le soir je fis connaissance avec cet aimable protecteur; dès le lendemain il nous mit au courant de ce qui était nécessaire pour nos travaux, et nous présenta aux personnes dont il crut que la connaissance pourrait nous être utile. Au bout de deux jours nous étions installés et occupés de nos études. Ces six mois passés à Paris, en étranger et comme étudiant, se présentent à mon esprit comme un seul jour, mais comme un jour qui a décidé de tous les autres.
Nous logions chez une bonne vieille femme qui soignait notre petit ménage. Le matin nous descendions chez M. de Dolomieu pour causer avec lui et prendre ses directions ; le soir, lorsqu'il rentrait de bonne heure, nous y descendions encore. C'était surtout alors, que, libre de toutes les aifaires de la journée, il voulait bien se mettre quelquefois à causer intimement avec nous, et ces conversations sont demeurées dans mon souvenir et s'y retracent souvent avec un charme particulier. M. de Dolomieu était à cette époque un homme
* Sœur du professeur Marc- Auguste Pictet. (Alpli. de C.)
d'envii'on cinquante ans. Une vie active et agitée lui avait donné une connaissance du monde sous des rapports variés. II avait de la grâce dans l'esprit, de l'aménité dans le caractère, de la noblesse dans les sentiments. Jamais je ne lui ai entendu exprimer que des opinions modérées, et sur les choses et surtout sur les hommes. Il avait vécu dans les cours, au milieu des aflFaires, de l'ambition et des intrigues de la coquetterie : son goût pour les sciences s'y était ravivé. Il avait traversé tous les désordres de la révolution, il y avait perdu sa fortune et risqué son existence : son goût pour une sage liberté n'en avait point été ébranlé. Il nous parlait avec regret du vœu par lequel il s'était, comme chevalier de Malte, condamné à vivre isolé, mais il ne croyait pas qu'aucune loi pût relever un homme d'honneur d'un serment volontaire. Il aimait à nous raconter sa vie avec une aimable simplicité, et ces récits ont été pour moi des réponses irréfragables contre les calomnies que j'ai dans la suite entendu quelquefois proférer contre lui. Il nous parlait souvent de l'espèce de révolution que le Conseil des mines préparait alors dans la minéralogie; ce que je lui ai entendu dire sur la méthode a contribué à m'éclairer sur cette base des sciences naturelles et n'a pas été sans influence sur mes travaux subséquents.
Tel était 1 homme sous l'influence duquel je me trouvais placé. Quoique bien passionné pour la minéralogie, il n'eut pas comme de Saussure l'idée de me détourner de la botanique. Il m'engagea au contraire à suivre mes goûts et me présenta à MM. Desfontaines et Deleuze, avec lesquels j'ai eu plus tard d'intimes relations, mais qu'alors je vis seulement de loin en loin. Je me rappelle que, dans une visite» M. Desfontaines m'expliqua sa belle découverte sur la structure des troncs des monocotylédones, et cette conversation, qui me frappa beaucoup, eut dès lors quelque influence sur mes études botaniques.
Cependant, à l'époque de l'année où nous étions arrivés,
ENFANCK ET ADOLESCENCE. 4J
tous les cours de botanique étaient suspendus, et nous cherchâmes à profiter de ceux qui se donnaient sur d'autres sciences. Pictet quitta la maison de M. de Lalande et vint se joindre à nous. Notre désir de profiter du temps que nous avions à passer dans la capitale était tel qu'il nous fit adopter un plan d'étude peut-être vicieux, mais que je dois rapporter comme preuve de notre ardeur. Nous suivîmes pendant le semestre d'hiver les cours de physique expérimentale de MM. Charles et de Parcieux, de chimie de MM. Fourcroy et Vauquelin, de minéralogie de M. HaUy, d'anatomie de MM. Portai et Cuvier, de littérature de M. Fontanes, et nous assistâmes à quelques leçons de presque tous les professeurs de Paris. Les distances des divers établissements auraient rendu un pareil travail impossible ù continuer dans toute sa rigueur, mais nous nous partageâmes la besogne. Nous suivions tous trois le seul cours de M. Charles, parce qu'il était entièrement composé d'expériences ; quant aux autres, nous allions alternativement et séparément à chacun d'eux, de telle sorte qu'à chaque leçon un ou deux d'entre nous y assistaient. Toute la journée se passait ainsi à courir les amphithéâtres, et à la nuit nous rentrions dans notre domicile et nous rédigions les extraits des leçons de la journée. Celui qui avait assisté à tel de ces cours répétait la leçon aux autres et la leur dictait. Le lendemain un autre assistait à la leçon suivante, entendait la récapitulation faite par le professeur, et, préparé comme il l'était par les récits de son camarade, il suivait assez bien la série des idées.
Dans cette répartition de travaux, nos goûts déterminaient nos choix, et pour ma part je suivais avec plus de soin les cours d'anatomie que les autres. Je pris un intérêt particulier à celui de Cuvier et je conçus une admiration sincère pour son talent remarquable d'observateur et de professeur. Sa clarté continue, l'élégance de son style, l'élévation de ses idées générales, révélaient l'homme d'un talent supé-
rieur et me firent comprendre pour la première fois le charme d'un cours improvisé. Son rival sous ce rapport était M. Fourcroy, mais par mon propre jugement je trouvais celui-ci fort inférieur à Cuvier ; il parlait bien, sans doute, mais il y avait trop de phrases vides de sens et trop de mots de pur remplissage; il appelait souvent l'esprit sur les idées générales, mais on sentait trop en l'écoutant qu'il voulait forcer la nature à se plier à ses combinaisons systématiques, ou se donner l'air d'avoir tout prédit en annonçant au hasard une foule de chances possibles. Son disciple Vauquelin tombait dans l'extrême opposé ; son débit lourd, monotone, fatiguait les auditeurs; aucune idée brillante, aucune vue ingénieuse ne ranimait l'attention; j'admirais fort ses connaissances détaillées, mais j'avais peine à soutenir mon attention. Je me plaisais davantage aux leçons simples, claires, précises, mais peu profondes de M. de Parcieux; j'y apprenais peu, mais je suivais tout avec intérêt. Le cours de physique de M. Charles était presque nul pour la partie théorique, mais très -utile pour nous qui avions suivi pendant deux ans le cours de M. Pictet sans voir une seule expérience ; ici elles se présentaient avec précision, exécutées au moyen des plus beaux appareils et variées sous toutes les formes. Le ton simple et presque bonhomme du démonstrateur ne manquait pas de quelque intérêt ; mais s'il expliquait bien les machines et les expériences, il se perdait souvent dans les théories, qu'il semblait à peine comprendre* Quant aux leçons de Portai, c'étaient de véritables caricatures de l'enseignement. Qu'on se figure un homme sec et maigre, coiffé à la vieille mode, parlant avec l'accent gascon le plus prononcé et professant l'anatomie médicale non d'après un plan, non en exposant des théories, mais en racontant les historiettes que sa pratique médicale avait pu lui fournir, et en choisissant de préférence toutes celles qui pouvaient prêter à quelque plaisanterie équivoque ou à quelque allusion indécente.
Les leçons de littérature de M. Fontanes contrastaient avec les précédentes. A cette époque il avait d'intimes liaisons avec Laharpe ; il voyait que le public* lassé par la révolution, tendait à se dégoûter du philosophisme, et que la religion pourrait bien devenir un moyen de fortune; aussi ne cherchait-il point à retrouver dans sa mémoire une traduction en vers de Lucrèce qu'il avait, disait-il, perdue au siège de Lyon, mais il dirigeait ses leçons de littérature vers des sujets religieux. Tous les thèmes de composition sur lesquels il exerçait ses élèves étaient tirés de la Bible, et il professait une grande admiration pour l'éloquence des livres hébreux. A la fin de notre séjour, il nous mena une fois avec M. Picot, le père de mon ami, qu'il connaissait, entendre une leçon de Laharpe à l'Athénée, alors le Lycée de Paris. C'était une des plus furibondes contre les philosophes, et après la séance, admis dans le cabinet du professeur, nous l'entendîmes ajouter de nouvelles injures à toutes celles qu'il avait dites en chaire. En sortant je revenais à pied avec M. Fontanes, et je ne pus m' empêcher de lui témoigner mon étonnement des discours énergumènes de Laharpe, auxquels il avait l'air d'applaudir : Ne vous y trompez pas, me dit-il, notre but n'est pas de rétablir la puissance des prêtres, mais il faut frapper l'opinion publique de l'utilité d'une reli-gion^ et ensuite nous avons l'intention de pousser la France au protestantisme. Je vois encore la place de la rue St-Honoré où il me tint ce propos. Ce que je venais d'entendre ne me permit pas de lui donner la moindre confiance ; je demeurai dès lors convaincu que le poëte ne tenait pas à penser ce qu'il disait et je ne cherchai nullement à continuer mes relations avec lui. Ce propos m'est revenu quelquefois à l'esprit lorsque, vingt ans plus tard, le même M. Fontanes refusait de me nommer recteur de l'académie de Montpellier par le motif que je suis protestant.
Parmi les relations que me procura ce premier voyage à Paris, je dois compter deux jeunes gens de mon âge. Bon-
nard et Coquebert, que je retrouvai les années suivantes, Brongniart, qui me donna dans la suite des marques précieuses d'intérêt, et surtout la famille Delessert dont je parlerai souvent dans ces mémoires. Je fis aussi, d'une manière assez singulière, la connaissance de M. de Lamarck, et je dois la citer parce qu'elle eut immédiatement quelque influence sur la direction de mes études. Je le connaissais de Mxe pour l'avoir aperçu à l'Institut , mais je n'avais aucun moyen de l'aborder. Je remarquai qu'avant les séances de l'Académie il venait souvent dîner seul chez un petit restaurateur, voisin du Louvre, où je dînais moimême ; j'engageai mon camarade Pictet à venir un jour se placer comme pai- hasard à la même table que lui et je me mis à parler avec Pictet de mes courses de botanique et de l'utilité très -réelle dont la Flore française avait été pour moi. M. de Lamarck écoutait avec attention et finit par se mêler à la conversation. Il m'engagea à aller le voir; je n'y manquai point et je conservai dès lors quelques relations avec lui, mais comme il était dans ce temps tout occupé de ses objections contre la théorie chimique et qu'on ne pouvait l'amener à parler de botanique, je tirai de cette connaissance moins de profit que je ne l'avais espéré. A mon départ il me remit un livre pour M. Senebier, ce qui me donna l'occasion de connaître cet excellent honune, et j'aurai bientôt à raconter combien ses encouragements eurent d'influence sur mes travaux. Ainsi ce dîner de la rue Saint-Germain-l'Auxerrois a peutêtre été la première orighie de mon goût pour la physique végétale, de l'entreprise de la Flore française et par suite de mes voyages en France, de ma nomination à Mont^ pellier, et on peut dire de ma vie entière. Tous les événements s'enchaînent et il est difficile de prévoir quelle série d'incidents se seraient développés si l'on avait supprimé ou changé un seul des premiers anneaux de la chaîne de la vie.
Au milieu des occupations sérieuses dont je viens de donner une esquisse, j'avais encore le temps d'aller beaucoup à la Comédie-Française, où je jouissais vivement d'entendre Mole, Fleury, M^^ Contât, alors dans la plus belle période de leurs talents. J'allais même assez souvent dans le monde, et j'ai aperçu cette époque bizarre du renouvellement frénétique des plaisirs de société qui succéda aux désastres de la révolution. L'admirable beauté de M^^ Tallien *, la voluptueuse et piquante figure de M™e Hamelin, l'élégante bizarrerie de M^^^Enguerloz, qui étaient alors les femmes célèbres du jour, sont encore présentes à mon souvenir. J'ai vu de mes propres yeux l'inscription de Bal des zéphirs^ qui était placée sur la porte du cimetière de St-Sulpice au-dessus de celle de Requiescanl in pace ; j'ai vu les Directeurs, en longues toges romaines, tirer au sort celui d'entre eux qui sortirait du Conseil suprême, et le public entier annoncer d'avance la sortie de Letourneur, qui eut lieu en effet, soit par un simple hasard, soit par une tromperie préparée avec adresse. Letourneur devait tirer le dernier; on dit que la boule noire avait été chauffée de telle sorte que les quatre premiers pouvaient l'éviter. Que d'images, que d'idées, que de réflexions ne se présentaient pas ainsi chaque jour à mon esprit? J'étais à l'âge où toutes les impressions sont vives et durables, j'assistais à une de ces époques bizarres où toutes les opinions sont remises en discussion et où l'on est appelé à réfléchir comme malgré soi sur tous les sujets ; aussi ces six mois à Paris ont eu sur tout mon être l'influence la plus prononcée, et je les retrouve sans cesse dans mes souvenirs.
Au printemps de 1797 M. Picot vint nous rejoindre et nous ramena à Genève en passant par Lyon. Ce voyage fut pour nous une espèce de partie de plaisir, par la rencontre que nous fimes en diligence d'une jeune et jolie Languedo-
» Voir aux Pièces justificatives , n" xi, une lettre à M"' de Luze, où il est question de M"* Tallien. (Alph. de C.)
cienne, femme d'un député au Conseil des Cinq-Cents, qui retournait seule dans le Midi. Dès le premier jour un incident plaisant nous mit tous en train de rire; la diligence venait souper à Fontainebleau et en repartait deux heures après ; dès que le repas fut terminé je voulus profiter de ces deux heures pour dormir; dans le fond de la longue salle mal éclairée où nous avions soupe j'aperçus un de ces vastes lits des anciennes auberges* je m'élançai dessus comme on saute à dix-huit ans et m'y endormis profondément Peu de temps après, notre compagne de voyage, ayant la même intention vint, sans me voir, se placer sur le côté opposé de ce même lit et s'y endormit. Quand arriva le moment du départ, on nous chercha l'un et l'autre et notre bon Mentor, la lumière à la main, nous trouva tous les deux bien innocemment sur le même lit. Qu'on juge de son étonnement, de la confusion de la jeune dame, de ma propre surprise et des éclats de rire de tous les assistants, et l'on pourra comprendre conunent cette scène de comédie nous mit pour le reste de la route en train de rire et de plaisanter. La gaîté et la verve spirituelle de notre compagne de voyage se soutinrent pendant toute la route. Elle nous permettait quelques petites licences qui ne laissaient pas de nous divertir extrêmement, et c'est ainsi que nous arrivâmes à Lyon. Là il fallut se séparer ; notre gentille compagne poursuivit sa route vers le Midi ; nous nous quittâmes en fondant en larmes, en nous embrassant comme d'anciens amis, et nous n'avons plus entendu parler les nns des autres ; ainsi va le monde !
De Lyon nous allâmes à Genève en voiture lente, par une pluie presque continue. jVL Picot nous fit pâtir de nos espiègleries en nous faisant lire toute la journée l'Enéide, dont il me donna un véritable dégoût à force de me tonrmenter pour admirer dans un moment où je n'y étais pas disposé. Nous n'appréciâmes de cette route si pittoresque que la beauté du lac de Sylant, situé au-dessus de Nantoa;
et j'en fis dans la suite le siège d'une petite nouvelle que je m'amusai à écrire.
Arrivé à Genève je me liai avec ]VL Senebier, qui m'encouragea dans le désir d'étudier la physiologie végétale et me donna quelques utiles conseils. C'était un homme d'une instruction variée mais peu profonde, qui a fait un grand nombre de livres dififus et incohérents, sans clarté dans le style, sans logique serrée et d'une composition lâche et fatigante. Avec ces défauts, dont même alors il m'était facile de me douter, je reconnus aussi que ses travaux sur la décomposition du gaz acide carbonique par les plantes étaient la base de la physiologie végétale, et que ses connaissances sur cette science, combinées avec celles de botanique proprement dite qui lui manquaient, devaient former le véritable cadre de cette étude. Je me décidai donc à profiter le plus possible de ses dispositions communicatives pour mon instruction; j'y réussis sans peine, grâce à son inépuisable bonté et à sa touchante complaisance. Je m'attachai sincèrement à lui, et je suis resté avec cet homme excellent en relation intime de correspondance jusqu'à sa mort. Je lui ai dédié le premier genre de plantes que j'ai été dans le cas d'établir, j'ai fait placer son buste dans le jardin botanique de Genève et j'ai toujours conservé pour sa mémoire le plus tendre souvenir et la plus sincère reconnaissance * .
• J'ai fait relier en un volume la correspondance de mon père avec Senebier. Elle n'a guère aujourd'hui de valeur scientifique , puisque les principaux faits qui s'y trouvent ont été publiés par les deux auteurs dans leurs ouvrages sur la physiologie^ mais elle est charmante par les égards mutuels et par une sincérité toute dépourvue d'amoui*-propre. Le jeune naturaliste était un peu embarrassé, au début, pour écrire à un ancien pasteur^ à un érudit plus âgé que lui d'une trentaine d'années. J'ai le brouillon de ses premières lettres où Ton voit quelques mots corrigés de la main de son père, et j'ai les lettres mêmes que la veuve de M. Senebier nous a rendues. Pendant quelque temps le maître donne des conseils et écoute les observations de l'élève d'une manière très-aimable; bientôt il sent la supériorité du jeune homme qui^ à vingt-trois ans^ devait être candidat à TAcadémie des sciences de Paris, et alors le ton devient différent, plus modeste s'il est possible, même trop modeste^ et toujours amical. (Alph. de C.)