TRAVAUX SCIENTIFIQUES
Si l'on calcule tout le temps que je donnais aux diverses fonctions dont j'étais chargé, aux voyages que je faisais chaque année, à la vie mondaine que je n'ai jamais dédaignée, aux devoirs de chef de famille, il semblera, je pense,
' Allusion à Tassassinat de sa fille par un officier prussien qui la recherchait en mariage. Le meurtrier se tua lui-même d'un second coup de pistolet
(Alph. de C.) 2 ^me pictet de Sergy.
à tous comme il me semble à moi-même, que je ne devais avoir aucun moment de libre pour la botanique : il n'en était rien, et jamais je n'ai autant travaillé que dans ces années de dissipation * et d'excitation.
J'ai dit dès les premières pages de ce livre la publication du Systema et les voyages qu'il avait exigés. Dès que le second volume fut achevé, voyant qu'il m'avait pris plus de temps que le premier, je restai convaincu de l'impossibilité d'achever l'ouvrage sur un plan aussi vaste, et je me décidai à le reprendre sous une forme abrégée. Je m'arrangeai avec les mêmes libraires pour la publication , et je lis venir de Berne M. Seringe '^ pour soigner mon herbier et faire sous ma direction quelques fragments du nouvel ouvrage. Je donnai à celui-ci le titre de Prodromus systematis^ etc. , pour faire comprendre qu'il n'était que l'esquisse du grand ouvrage dont j'avais déjà publié deux volumes et que je croyais pouvoir reprendre une fois. D faut cependant expliquer les illusions que je me faisais sur la grandeur de ces entreprises.
A l'époque de 1816, quand je les ai commencées, on ne calculait guère que le nombre des végétaux connus passât vingt ou vingt-cinq mille, et les collections d'alors s'élevaient à peine à ce nombre. C'était sur ces chiffres erronés que j'avais fait mes plans ; mais à peine le monde entier fut-il, par la paix générale, ouvert aux recherches des voya-
* La vie de Genève était dissipée dans ce sens que les réunions du soir avaient lieu tous les jours et toute l'année , mais elle était favorable aux études en ce que les heures n'étaient pas trop tardives. Les réunions ordinaires finissaient à onze heures et les bals entre minuit et une heure. Par un reste des anciens règlements calvinistes un bal, après une heure du matin, était considéré comme tapage nocturne et la police devait le faire cesser. On comprend que les voisins ne demandaient pas mieux, et que les élèves comme les professeurs pouvaient se retrouver aisément le lendemain à huit heures dans les salles de cours. (Alph. de C.)
* Depuis le moment où Tétat de sa fortune le lui a permis, mon père a eu un conservateur de ses collections, servant quelquefois de secrétaire.
(Alph. de C.)
geurs, que cRaque année on vît arriver de tous côtés des masses de végétaux inconnus. L'énumératîon de Steudel, publiée en 1821 et 1824, donnait déjà la liste de 50,649 espèces ! Dès lors les voyages se sont multipliés, Fart de récolter s'est perfectionné, et, en 1840 que j'écris ces lignes, le nombre des plantes connues dépasse 80,000 ! Grâce à ces augmentations extraordinaires, il est clair que l'entreprise d'une énumération raisonnée des végétaux est devenue une œuvre immense, qui excède les bornes de la vie d'un seul homme. Si j'avais su, en 1821, le point réel où en était la science, je n'aurais probablement pas entrepris le Prodromus^ mais tout en sachant qu'il y avait eu de grandes additions au nombre des espèces, j'étais loin de me douter de leur immensité. Je me mis donc à l'ouvrage avec ardeur * .
Dans le premier volume (1824) je fis extraire par Seringe les familles énumérées dans le Systema; je lui confiai aussi la famille des Caryophyllées qu'il fit tout entière de son chef, sauf le genre Silène^ qu'il confia à un jeune Bernois, Adolphe Otth. Je fis travailler les Violariées par M. de Gingins, en partie d'après les notes que j'avais recueillies moi-même. Les Hypéricinées et les Guttiferes furent faites par M. Choisy ; le reste du travail fut fait par moi, et je pris en outre le soin de développer dans des mémoires spéciaux quelques-unes des familles qui m'avaient ofiert des diflScultés à débrouiller : ainsi, en 1821, je publiai une notice sur les Nymphseacées, qui rappelait tous les travaux pour ou contre mon observation de 1802, et qui a, ce me semble, terminé les débats et prouvé que cette famille appartient aux Dicotylédones. Je donnai la même année un
' Mon père ne parle pas d'un principe qu'il soutenait quelquefois, qu^fl a pratiqué souvent et qui a bien ses avantages. Ce principe est celui-ci : Il faut entreprendre quatre fois plus qu^on ne peut faire, La règle est excellente pour un jeune homme (je me défie des jeunes gens qui mesurent leurs forces); mais, en 1821, mon père avait quarante-trois ans, et le principe devenait alors contestable. (Alph. de C.)
grand mémoire sur les Crucifères, où je faisais connaître la manière dont je considérais la structure générale de cette famille. J'insérai dans les Mémoires de la Société de Genève une dissertation sur les Ternstrœmiacées, et dans ceux du Muséum de Paris une autre sur les Biittnériacées. Ce premier volume du Prodromus est celui où il y a le plus de lacunes, soit parce qu'il s'est écoulé plus de temps depuis sa publication pour découvrir les plantes qui y manquent, soit parce que les botanistes et les voyageurs n'avaient pas encore pris l'usage de m' envoyer leurs nouveautés. Cependant, et sans compter trois cent cinquante-cinq espèces et trente-deux genres nouveaux qui étaient décrits dans le Systema et rappelés ici, on comptait dans ce premier volume trois cent cinquante-trois espèces et vingt et un genres nouveaux établis par moi *.
Un an après je fus à même de publier le second volume qui commençait la longue série des Calyciflores. Je n'eus ici que de faibles secours des personnes qui voulaient bien coopérer à mon entreprise. M. Seringe fit les articles Vida, Faba^ Ermm^ Pisum^ Lathyrus, Orobus parmi les Légumineuses ; AmygdaluSj Persica^ Armeniaca^ Prunus, Cerasus^ Sjnrœa, Geum, Hubus^ Basa, Potentilla parmi les Rosacées. Je me chargeai du reste et je décrivis trente-six genres nouveaux et quatre cent dix-sept espèces inédites. Les points spéciaux que j'étudiai donnèrent naissance à plusieurs mémoires, savoir une note sur le feuillage des Cliffortiaj une dissertation sur le nouveau genre Pictetin, dédié à Marc- Auguste Pictet, qui n'a paru qu'après la mort de cet ami, un mémoire sur les Connaracées, une note pour prouver que le Trifolimn Magellanicum est une Oxalis; mais ce qui fut plus important, c'est un recueil de dix mémoires réunis en un volume in-4o, avec soixante-dix planches, sur les Légumineusefi, que je publiai en même temps
• Sans compter les genres et espèces qui se trouvaient dans les articles non rédigés par moi.
que le second volume du Prodromus, et qui lui sert de commentaire.
L'objet principal de ce travail ftit la description des germinations de Légumineuses , faite dans le but de corroborer leurs caractères génériques. Ces observations avaient été commencées à Montpellier et continuées à Genève, d'après l'étude des diverses germinations faites sur les semis de jardins. Je n'ai employé jusqu'ici que pour les Légumineuses les nombreuses notes et les dessins que j'ai recueillis dans ce genre. C'est un travail à mon sens assez curieux, que je laisserai, avec plusieurs autres, inédit et incomplet. Le second volume du Prodromus eut plus de succès que le premier, soit parce que le volume sur les Légumineuses montra aux botanistes qu'il était travaillé avec un soin spécial, soit parce que d'après le conseil de mes amis je me gênai moins pour courir après la brièveté et me permis de donner un peu plus de détails.
Le troisième volume parut en 1828. Il contenait l'établissement de cinquante genres nouveaux et de deux cent quatre-vingt-neuf espèces inédites. Je n'y reçus d'aide que pour les genres OEnothera et Epilobium, et pour la famille des Cucurbitacées, qui furent faits par M. Seringe, et pour celle des Grossulariées, qui fut rédigée par Berlandier. Les familles auxquelles je mis le plus de soin furent les Mêlastomacées et les Myrtacées. Pour l'une et l'autre je reçus des communications précieuses de M. de Martius, qui m'envoya toutes les plantes de ces deux groupes qu'il avait trouvées au Brésil. Mon travail sur les Mélastomacées fut fait à la campagne , et en suivant une marche que je crois devoir signaler. Je m'aperçus promptement que cette famille, où alors on ne comptait guère que deux genres, les Mêlastoma et les Rhexia, en recelait en réalité un grand nombre ; je distribuai, au coup d'œil et d'après le port seulement, les nombreuses espèces que j'en possédais ; puis je les décrivis en cherchant essentiellement les caractères génériques des
groupes formés par le port. Je les trouvai presque toujours, et je crois avoir obtenu des genres très-naturels par ce procédé, qui, à dire vrai, est applicable seulement aux groupes dans lesquels la classification n'existe pas encore. Cette famille fut une de celles auxquelles je donnai le plus de soin. A son occasion je commençai un ouvrage in-4o intitulé : Collection de Mémoires. Le mémoire sur les Mélastomacées fut le premier, et au sujet des familles du troisième volume, j'en donnai d'autres sur les Crassulacées, les Onagraires, les Paronychiées ; enfin je publiai un mémoire sur les Combrétacées dans les volumes de la Société de physique de Genève. En entreprenant ma Collection j'espérais pourvoir à l'inconvénient que mes écrits servant de commentaire au Prodromus se trouvaient épars dans plusieurs ouvrages ; mais de petites difficultés de librairie m'ont empêché de continuer ce recueil comme je l'avais désiré. J'en suis resté à dix mémoires, formant un gros volume orné de planches.
La famille des Myrtacées est aussi une de celles que j'ai le plus soignées, et je crois que par l'établissement de^ genres Myrda et Jambosa^ j'y ai mis plus de clarté qu'il n'était possible d'en avoir quand toutes les espèces étaient partagées entre les Myrtus et les Eugenia. Une note sur les Myrtacées, insérée dans le onzième volume du Dictionnaire classique d'histoire naturelle^ en 1826, a été la seule publication faite à l'occasion de ce travail, mais j'ai en porter feuille un grand mémoire, accompagné d'une vingtaine de planches, que je n'ai pas encore publié * .
Ce fut en 1830 que je donnai le quatrième volume du Prodromus, Je n'y insérai qu'un petit nombre d'articles faits par d'autres (quelques genres de Saxifragacées, par Seringe, et un extrait des Dipsacées, de Coulter). J'avais été peu
* n a été publié par mes soins, après la mort de Tauteur, dans les Mémoires de lu Société de physique et cPhistoire naturelle de Genève.
(Alph. de C.)
satisfait des essais de ce genre, et me décidai à n'admettre à l'avenir que des travaux faits avec plus de soin. Les parties du volume que je fis moi-même contiennent soixante genres nouveaux et quatre cent deux espèces inédites. Je commençai dès lors à insérer quelques espèces établies par mon fils, à l'occasion des recherches qu'il avait faites pour son travail sur les Campanulées dont je parlerai plus tard. La famille des Orabellifères fut singulièrement facilitée par la monographie de M. Koch, que j'ai citée à toutes les pages, et dont j'ai adopté presque toutes les opinions; j'ai développé mon travail sur cette famille dans un jnémoire (le cinquième de ma collection), accompagné de dix-neuf planches, et j'ai plus tard publié une notice mrVArracacha, ombellifère comestible dont M. Vargas m'avait envoyé des tubercules vivants. J'avais espéré doter l'Europe d'un nouveau légume, mais, malgré des soins assidus, je n'ai pu parvenu- à naturaliser cette plante rivale de la pomme de terre! Je commençai alors, à cause de la difficulté de la famille des Ombellifères, à citer après chaque genre les espèces qui en étaient exclues. Cette méthode, commode pour les botanistes, a été suivie dans les volumes subséquents.
La famille des Loranthacées me donna beaucoup de peine en raison de l'état imparfait des matériaux dont je disposais ; j'y ai fait beaucoup moins de genres que ceux qui m'ont suivi, et ne suis pas encore convaincu d'avoir eu tort, mais je dois avouer que j'ai mal décrit le Misodmdron, genre très-singulier qui en fait partie. Je rédigeai aussi un mémoire (le sixième de ma collection) sur cette famille, et je mis dans la Bibliothèque universelle un article dans le but d'exciter les voyageurs à l'étude physiologique de ces plantes parasites. La famille des Rubiacées, l'une de celles que j'avais étudiées dans ma jeunesse avec un soin particulier, fut reprise avec intérêt dans ce quatrième volume, et me présenta encore assez de nouveautés, quoique
AGE MUR. — GENÈVE. 39i
M. Ach. Richard et M. Bartling en eussent récemment publié des monographies soignées. J'ai donné, à l'occasion des Rubiacées, quelque soin à débrouiller l'histoire botanique des Quinquinas, et j'ai publié à ce sujet un mémoire dans la Bibliothèque universelle. J'en ai fait autant sur la racine de Caïnca, que j'avais reçue du Brésil, et qui appartient au genre Chiococca. Enfin, plus tard, j'ai établi un genre nouveau, sous le nom de Baumannia, dans un des rapports du Jardin de Genève, mais je me suis référé, le plus souvent, à mon ancien mémoire sur les Rubiacées. Pour achever ce qui est relatif à ce quatrième volume, je dirai encore que la famille des Valérianées, établie jadis par moi, m'a fourni le sujet du septième mémoire de ma collection. J'y ai étabh un genre en l'honneur de mon ancien élève Dufresne, qui avait fait sur cette famille une assez bonne dissertation.
Mes travaux sur l'immense famille des Composées pourraient en partie trouver place ici , car je les ai commencés en 1830, mais comme ils n'ont été publiés que plusieurs années après, je les mentionnerai dans le livre suivant, ainsi que divers petits travaux qui s'y rattachent.
Depuis l'époque où j'ai commencé la botanique, j'avais conçu le projet de faire un traité général de cette science, mais j'en avais été détourné par mes nombreuses occupations. Lorsqu'on 1806 je fis le cours de physiologie végétale au Collège de France, je le rédigeai tout entier, et l'extrait en a paru, sous le nom de Principes élémentaires^ en tête de la Flore française. Dès lors, appelé à professer, j'ai, chaque année, soit par l'expérience résultant de l'enseignement, soit par mes propres réflexions, j'ai, dis-je, modifié et amélioré mon plan sur les notes destinées à mes leçons, sans aller jusqu'à rédiger.
En 1824 je me mis à ce travail, en commençant parl'Organographie. Je profitai pour cela d'un séjour que nous flmes en automne à Sécheron , chez MP^ Pictet-Menet. Cette
rédaction ayant besoin de peu de livres, je la continuaii pendant mes séjours à Saint-Seine et à La Perrière. Dans l'hiver de 1826, à l'occasion de mon cours, je repris et je terminai cet ou\Tage. Il parut en 1827, à Paris, en deux volumes in-8% avec soixante planches destinées à représenter les organes des plantes et leurs déviations. Ij Or g a nographie a été traduite en allemand par M. Meissner, et en anglais, par M. Broughton-Kingdon *. Elle a dès lors servi de base à mes leçons et, d'après ce qu'on m'a assuré, à celles de plusieurs autres professeurs. Si je ne me fais pas illusion, elle a confirmé et popularisé les doctrines que j'avais exposées dans la Théorie élémentaire. Ce fiit à l'occasion de ce travail que je m'occupai des lenticeles des arbres, organe très-négligé jusqu'alors, sur lequel je publiai un premier mémoire, en 1826, dans les Annales des sciences naturelles.
Quelques années plus tard, en 1832, je publiai la seconde partie de mon cours de botanique, sous le nom de Physiologie végétale^ en trois volumes in-8<>. Cet ouvrage, résumé de mes cours comme le précédent, était calqué sur lui, de manière que chaque livre de la Physiologie était comme le complément du livre correspondant de l'Organographie ; mais de plus j'y avais joint une partie assez nouvelle par son développement, savoir : l'épirréologie, ou l'étude de Faction des éléments extérieurs sur les plantes. Dans cette partie se trouvait l'étude des maladies des plantes, sous un cadre assez nouveau. La Physiologie eut un succès plus étendu que l'Organographie, parce qu'elle s'adressait non-seulement aux botanistes, mais aussi aux physiciens et aux agriculteurs. M. Rœper en commença une traduction en allemand, qu'il n'a pas achevée ; MM. Vaucher, Soulange-Bodin, Guillemin, Henslow, M™® Marcet, etc., en firent des extraits raisonnes dans divers journaux scienti-
* Je ne connais pas cette traduction , mais je la vois citée dans les catalogues.
fiques; enfin, ce qui constata son succès, c'est que la Société royale de Londres voulut bien, à cette occasion, me décerner la grande médaille d'or qu'elle venait d'instituer. Le duc de Sussex, président, le proclama par un discours des plus obligeants, et je conserve avec un soin particulier, et comme un titre d'honneur qui m'a été cher, les belles médailles, l'une en or, l'autre en argent, qui me furent Cessées.
A l'occasion des recherches que la Physiologie avait exigées de moi, je me livrai à quelques travaux spéciaux, qui furent publiés à peu près à la même époque, et que j'indiquerai succinctement. En 1831, je publiai une notice sur la longévité des arbres ; ce n'était guère qu'un extrait de mon chapitre sur ce sujet, mais je crus utile de le faire imprimer à part, afin de le distribuer aux voyageurs et d'obtenir par eux des renseignements. Il m'en est effectivement arrivé, aussi mon attention a-t-elle été souvent appelée sur ce sujet curieux et paradoxal. Ce fut l'origine des notes que j'ai présentées à la Société de physique sur l'ormeau de Morges, sur l'arbre de Plainpalais, dit arbre Colladon, etc. En 1832, je publiai, à part de la Physiologie, ma théorie des assolements. Elle a été souvent critiquée dans les ouvrages qui ont paru depuis, mais ces critiques, faites ordinairement par des personnes étrangères à la botanique, n'ont point ébranlé mon opinion et ont plus attaqué les expériences par lesquelles M. Macaire a essayé de la corroborer que ma propre théorie. Je publiai encore, en 1831, Abjus la. Bibliothèque Mniçerselle^ un mémoire sur l'influence de la température sur le développement des bourgeons des arbres. Ce mémoire avait exigé un travail considérable et, quoique je puisse dire sans vanité qu'il contient des faits et des données nouvelles, il n'a pas eu des résultats proportionnés à la peine qu'il m'a donnée.
L'Organographie et la Physiologie, que j'avais réunies sous le titre commun de Cours de botanique^ devaient être
suivies de plusieurs autres ouvrages, d'après le plan indiqué dans Pintroduction de la Physiologie, mais l'âge et les infirmités sont venus ralentir mon zèle , et la plupart de mes projets ont dû être ajournés ou abandonnés. Je dirai quelques mots de ceux qui ont reçu un commencement d'exécution.
1<> Je comptais donner une troisième édition de la Théorie élémentaire, en la modifiant de manière qu'elle pût faire partie du Cours de botanique, où elle aurait formé un traité de la Taxonomie. Ce travail, fait et repris à bâtons rompus, sera peut-être encore publié * .
2» J'espérais donner un traité de géographie botanique, qui aurait fait la quatrième partie du Cours. Je me suis occupé toute ma vie, et avec intérêt, de ce beau sujet: j'avais indiqué quelques idées en tête du second volume de la Flore française; j'y suis revenu à plusieurs reprises dans mes rapports sur mes voyages ; j'ai traité un point spécial (l'influence de la hauteur absolue) dans un mémoire qui fait partie de ceux de la Société d'Arcueil ; j'ai inséré dans le Dictionnaire d'agriculture, dans le Dictionnaire classique^ et surtout dans le Dictionnaire des sciences naturelles, desarticles où j'ai développé mes opinions sur la distribution des plantes à la surface de la terre; j'ai repris ce sujet, sous forme d'exemples, en exposant, dans le dixième mémoire de ma Collection , la distribution géographique des Composées, et enfin je conserve en portefeuille plusieurs morceaux inédits sur ces questions, mais j'ai dès lors senti qu'il me deviendrait impossible d'achever le travail sur le plan que je m'étais fait. Mon fils ayant mis un intérêt spécial à cette branche de la botanique, la plus rapprochée de la physique, de la géographie et de la statistique,
* J'ai publié une troisième édition après la mort de mon père, mais les notes qu'il avait préparées étaient si incomplètes, et il y avait tant de motifs pour conserver le texte primitif, que j'ai fait de cette édition plutôt une réimpression. (Alph. de C.)
dont il a le goût, j'ai abandonné un travail pour lequel le temps et la force me manquaient, et j'ai lieu d'espérer qu'il le mènera à bien *.
3<> La botanique historique a toujours eu pour moi quelque intérêt. J'ai publié un aperçu général de cette branche de la science, en 1828, dans le Dictionnaire classique ; j'en ai traité un point spécial, en 1830, dans mon discours sur l'histoire de la Botanique genevoise^ et j'avais fait jadis un travail analogue en écrivant l'histoire du Jardin botanique de Montpellier. Ce morceau devait servir d'introduction à la description des plantes rares du Jardin, que j'avais l'intention de publier, mais ceci n'ayant pu avoir lieu, l'histoire du Jardin est restée enseveUe dans mon bureau. Enfin j'ai recueilli, pendant bien des années, des notes sur les botanistes. Je pensais que si ma vue, par suite de l'âge, venait à baisser au point de ne plus me permettre des observations, je pourrais trouver encore un emploi de mon temps en écrivant une histoire de la botanique. Sans renoncer entièrement à ce projet , je commence à comprendre que sa réalisation est bien douteuse.
4*^ La botanique médicale, que j'avais étudiée dans ma jeunesse et pendant que j'étais professeur dans une école de médecine, a depuis été assez négligée par moi. J'ai cependant, en 1816, publié une seconde édition de mon essai sur les propriétés des plantes, et dès lors, à l'occasion de certaines familles, j'ai tâché d'éclairer quelques points de cette étude. Ainsi j'ai décrit le Nard Indique dans mon mémoire sur les Valérianées, le Caïnca et les espèces de Quinquina dans des travaux faits à l'occasion des Rubiacées, la plante qui fournit l'huile de Ramtilla à l'occasion des Composées, etc.
• J'ai effectivement publié en 1855 une Géographie botanique raisormée, 2 vol. in-8o, avec cartes, ouvrage du reste complètement différent de celui auquel mon père pensait, car les documents étaient devenus plus nombreux^ et mes idées s'étaient singulièrement éloignées de celles qui régnaient dans la science depuis vingt ans. (Alph. de C.)
En 1825, à l'époque de la mort de M. Pictet, la gestion et la propriété de la Bibliothèque universeUe passèrent entre les mains de MM. Pictet de Rochemont et Georges Maurice, fils des anciens propriétaires ; mais au bout de peu de temps ils trouvèrent le fardeau trop lourd et proposèrent de le partager en formant une société par actions. Quelques amis des sciences et des lettres entrèrent dans leurs vues, afin de ne pas laisser tomber un recueil qui a fait quelque honneur à Genève, et qui est commode aux hommes d'étude pour publier certains travaux. J'ai fait partie de cette association ; j'y ai mis assez de zèle. Soùs le rapport pécuniaire, nous avons fait une mauvaise affaire, mais nous en avons retiré quelques avantages d'une autre nature. Notre association a commencé le 1^^ janvier 1829 et a duré jusqu'à la fin de 1835, que M. Auguste de la Rive s'est chargé seul du journal et l'a continué sous le titre de Bibliothèque universelle de Genève.
Pendant les six années que j'ai été l'un des rédacteurs, j'ai inséré divers morceaux. Sans parler de ceux qui se rattachaient à mes principaux ouvrages et que j'ai déjà mentionnés, je dirai quelques mots d'articles un peu étrangers à mes propres travaux, et qui ne sont pas simplement . des extraits ou des annonces d'ouvrages imprimés.
En 1829, je donnai une notice sur la botanique de l'Inde orientale. Mon but était de rendre hommage aux travaux de Wallich et à la libéralité avec laquelle la Compagnie des Indes avait distribué ses richesses végétales entre les botanistes. La même année, à l'occasion de la publication du livre de M. Edwards sur les caractères physiologiques des races humaines, je publiai un article, court pour cette vaste matière, mais dans lequel on trouve cependant plusieurs observations nouvelles, la plupart faites pendant mes voyages. Ce sujet, l'histoire des races, que j'avais déjà traité dans un discours inédit prononcé aux Promotions de 1817, a toujours excité mon intérêt, et si je n'avais pas été trop en-
gagé dans la botanique, il aurait bien pu devenir un des objets principaux de mes études.
En 1830, à l'occasion du prix proposé par M. Bossange sur la culture du maïs, je fis un article sur cette utile et curieuse graminée, qui résume, ce me semble, assez bien ce qu'on savait alors. La même année , peu après mon retour des Pays-Bas, je donnai un article sur la statistique du. royaume, résumé des écrits publiés et de mes propres observations.
En 1832, je rédigai plusieurs notices sur les amis que j'ai eu le malheur de perdre dans cette redoutable année, où tant d'hommes distingués sont morts. L'une était une simple note sur mon ancien ami J.-B. Say, et une autre analogue était sur G. Cuvier. Ces notes n'étaient en quelque sorte que l'expression de mes sentiments pour eux. Je donnai aussi, sous la forme d'extrait d'un ouvrage de M. Fée, un article sur la vie de Linné, dans lequel j'ai inséré plusieurs faits peu connus relatifs à ce grand naturaliste.
Mais l'éloge auquel j'ai donné le plus de soin est celui d'Huber. Cet aveugle, devenu si célèbre dans l'art d'observer, était un peu mon parent, et j'avais toujours conservé des relations amicales avec lui et avec son fils Pierre, camarade de mon enfance , depuis auteur de Y Histoire des fourmis. L'éloge d'Huber a été écrit de verve ; c'est peut-être ce que j'ai fait de moins mal dans ce genre. Une petite anecdote pourra donner une idée de l'attention nécessaire pour ne publier que des faits exacts lorsqu'on est obligé de recueillir des témoignages verbaux. Je demandai à l'un des proches parents d'Huber s'il n'avait pas quelque anecdote à me raconter sur lui. « Oui, me dit-il, en ayant l'air de penser sérieusement, j'en ai une fort curieuse. Vous connaissez son intimité avec M^^^ Girod, de l'Ain, aveugle comme lui? Eh bien , elle est morte à Paris le même jour et à la même heure que M. Huber à Lausanne ! » J'ai failli mettre une plu*ase
sur cette singulière coïncidence ; je m'en suis abstenu, et heureusement, car la prétendue morte se portait fort bien et m'écrivit une lettre très-aimable sur l'éloge que j'avais fait de son ami.
Les rédacteurs de la Bibliothèque avaient décidé, sur ma proposition, de mettre dans chaque cahier un article rétrospectif qui donnerait la revue des travaux faits dans une science pendant le cours de l'année écoulée. Je commençai et j'insérai, dans le cahier de janvier 1833, le tableau de ce qui s'était fait en botanique depuis un an, mais les autres rédacteurs n'ayant pas continué, cette tentative n'a pas eu de suite.
A la même époque, j'ai inséré dans la Bibliotlièque une note sur l'huile de Ramtilla et sur la plante qui la produit; j'ai exposé les caractères de ce genre de Composées sous le nom qu'il porte dans l'Inde ; j'ignorais alors que Cassini l'avait décrit sous le nom de Guizotia , et certes l'erreur était excusable , car sa description était bien incomplète ! Dès que je l'ai su, j'ai inséré, dans les Rapports sur les plantes du Jardin de Genève, la figure et la description complète de cette plante, d'après des individus qui avaient fleuri dans le Jardin. Je n'aurais pas, je l'avoue, donné à un genre le nom d'un homme étranger à la botanique, quelque honorable et célèbre que ce nom puisse être , mais puisqu'un autre avait commis ce petit passe-droit, j'ai été charmé d'avoir une occasion de témoigner de mes sentiments pour M. Guizot.
J'ai encore, à la même époque (1833), publié, dans la Bibliothèque universelle^ un petit mémoire qui a passé presque inaperçu et qui, ce me semble, méritait plus d'attention : c'est la division du règne végétal en quatre embranchements parallèles à ceux que Cuvier a établis dans le règne animal. Ce mémoire est une pierre d'attente, soit pour le Prodromus, si je puis l'achever, soit pour la troisième édition de la Tliéorie élémentaire, que je projette.
A la suite du voyage de Lugano , je rédigeai une notice sur la route du Saint-Gothard (1833), dans le but de faire connaître comment les plus petits États savent exécuter des travaux considérables, et pour encourager, s'il est possible, le canton d'Uri à continuer sa route par terre jusqu'au canton de Schwytz. L'année suivante (1834), toujours dans ce même but, de montrer les travaux des petits États, j'ai publié une description du grand pont suspendu de Fribourg, dont j'ai parlé plus haut.
A la même époque, j'observai les graines mûres de l'ananas dans les serres de M. Saladin, à Pregny, et comme en général les graines avortent, ce fait me parut mériter d'être conservé. Je mis dans les mémoires de la Société de physique et d'histoire naturelle une notice à ce sujet et j'en insérai l'extrait dans la Bibliothèque uniçerselle.
Enfin, un agronome anglais, M. Stephens, m'écrivit, en 1833, pour me donner connaissance d'une maladie singulière qui atteint et détruit les mélèzes plantés en forêt dans la Grande-Bretagne. Je consultai à ce sujet MM. Thomas et de Charpentier, et, après m'être éclairé de l'expérience de ces deux observateurs, qui se trouva confirmer mes propres opinions, j'adressai à M. Stephens une réponse qui fut insérée dans la Bibliothèque universelle et dans le Journal d'agriculture d'Edimbourg. Le remède que je conseillais était l'espacement des pieds de mélèze beaucoup au delà de l'usage écossais. Je n'ai jamais su si mon conseil avait été suivi, et s'il a réussi.