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qui cal 1res adroit , à la vérité , surtout quand on retrouve a la quatrième édition les fautes d'impression qu'on avait remarquées a la première. Au moment de l'apogée de sa gloire, et lorsque déjà il en recueillait les fruits en élémens journaliers de clientèle, Bois... se rendit chez son éditeur , pour savoir où en était l'écoulement du livre. Ce libraire, qui jouait sur le velours, puisque le docteur avait payé les frais d'impression, lui montra avec calme ses volumes , symétriquement empilés sur le comptoir. Il manquait a l'édition les exemplaires donnés aux journaux, et ceux prélevés par Bois... lui-même. .. L'écrivain, surchargé de couronnes par l'opinion enj 'ourn alise 'e , pâlit a l'aspect de ce triste résultat. Notre marchand de livres, remarquant cette impression, dora la pilule à son commettant. « Le moment de la vente n'est pas venu, lui dit-il ; l'effet des comptes-rendus n'est pas produit; cela va venir. »
«Tandis qu'il parlait, le père de la Médecine des passions , qui craignait, lui, que cela ne
vînt pas, songeait a un expédient propre a concilier^ au moins en apparence, le succès effectif avec la vogue de retentissement... « Diable! se disait-il à lui-même, faisons attention a ceci; la vérité ne tarderait pas à se faire jour, et le moyen même qui vient de commencer ma fortune pourrait bien la ruiner. ■ Il sortit , ayant dans l'esprit un parti pris , et en répétant au libraire : « Oui , cela viendra.» «L'extrémité est dure , disait Bois... en s'éloignant, cet ouvrage-là me coûte déjà i5oo fr...; n'importe , il faut semer pour recueillir. » Dans cette même journée , cent exemplaires de la Médecine des passions étaient vendus ; le lendemain , il s'en écoula deux cents ; le surlendemain cent; le quatrième jour l'édition se trouvait épuisée... L'auteur, par l'entremise de vingt libraires commissionnaires , auxquels il avait remis de l'argent, s'était fait l'acquéreur de la totalité de ses exemplaires. Tout cela était porté dans un dépôt intermédiaire, et reçu par une personne de confiance, qui ne montrait jamais au dernier porteur
d'un ballot celui qu'on avait apporté précédemment... De cette manière, notre collègue eut a sa disposition un magasin de librairie, et cela ne lui coûta que 25oo francs , à joindre aux i5oo francs déboursés pour la fabrication.
« Bois gémissait un peu sur s.es lauriers:
la dispersion d'une majeure partie de ses ressources lui arrachait de temps en temps de gros soupirs. Il était plongé, un matin, dans cette pensée du néant effectif de sa gloire, attendant quatre commissionnaires qui allaient lui apporter sa chère édition , qu'il se propo • sait au moins d'écouler doucement et gratis dans le sein de l'amitié, avec cette inscription banale : à M. ou madame tel ou telle , de la pari de Vauteur. Tout a coup , le libraireéditeur , haletant, le front humide , la parole entrecoupée , se précipita dans l'appartement...
« Victoire ! monsieur le docteur, victoire éclatante, s^écria-t-il en agitant au-dessus de sa tête son chapeau gris... succès d'enlèvemenl... trois jours, sans une heure de plus...
et pas un exemplaire dans mon magasin... mais pas un seul... Hein! quand je vous disais que le succès viendrait... c'est que, voyezvous, je m'y connais, moi... Je viens maintenant vous offrir une affaire... Il me faut une seconde édition : il me la faut sous quatre jours... je Tacheté et la paie comptant...
«En ce moment, le bruit d'une marche pesante se fit entendre dans la pièce voisine ; les deux battans de la porte s'ouvrirent, et quatre porte-faix, chargés comme des abeilles, se présentèrent aux yeux surpris du bon négociant, qui reconnut, sur-le-champ, les livres qu'il venait de vendre si rapidement...
— Eh mais ! dit-il d'un air ébahi, si je ne me trompe, voici toute l'édition de la Médecine des passions.
— Oui , répondit froidement l'auteur; vous me parliez tout a l'heure d'une affaire... en voilà une toute trouvée... Je vous vends ceci a soixante pour cent de perte.
— Docteur, répliqua le libraire en riant , vous êtes un farceur... C'est bien, très bien...
Mais quant a L'affaire , pas pour le moment. Ecoutez, il y a pourtant un coup de commerce a faire : nous avons , rue de la Harpe , M. Lebigre, un honnête négociant... sous-lieutenant dans la garde nationale... Eh bien! il va vous acheter cela, lui... à la rame, ce qui est infiniment plus noble qu'a la livre... Ceci s'appelle, comme on dit, un progrès... Autrefois, tout livre invendu allait droit au poivre ; maintenant , nous trouvons M. Lebigre entre l'édition stationnaire et l'épicier... M. Lebigre ouvre un hôpital aux ouvrages que nous appelons vulgairement durs ; M. Lebigre sera compté parmi les bienfaiteurs de son siècle. — Vous plaisantez a votre aise , vous négociant, qui avez, comme si de rien n'était, réalisé vos bénéfices...
— Ah ! docteur, je veux être beau joueur, et je vais de ce pas faire dire, à mes frais, aux journaux que votre composition a été enlevée : cela ajoutera à votre vogue comme praticien , et, du moins, vous rentrerez dans vos déboursés 7 valeur en fièvres , en fluxions de
poitrine, en accouchemens, et en maladies des voies digestives... Ce sera toujours réaliser...
«Cette fois, le libraire fut prophète: Bois... eut promptement une clientèle nombreuse et choisie, à cause de son livre, que personne n'avait lu... Voila ce que peut le savoirfaire ; mais vous voyez en même temps, messieurs , ce que la faconde laudative des journaux est aux succès réels de la librairie. »
Toute la joyeuse réunion doctorale, qui sablait en ce moment le Champagne , applaudit le conteur comme on applaudit Pellegrini après un aria, ou mademoiselle Taglioni après une entrée. Un seul convive refusait de joindre ses acclamations à celles de la société: son visage était grave, même un peu rechigné ; le sourire n'aurait pu y naître.. . Ce convive , c'était le docteur Miq... , l'un des rédacteurs de la Gazette de Santé , anti-broussaïste intrépide , qui n'avait pu s'égayer des anecdotes de son jeune collègue, parce que c'était, disaitil, un hérésiarque y c'est-a-dire un partisan de M. Broussais...
« Voyez si j'ai pu faire rire notre confrère Miq...., reprit joyeusement l'aimable conteur: ce n'est pourtant pas faute de gaîté ; car il y en avait hier a foison, et de bien bon aloi, dans un article fort spirituel , que notre cher rédacteur a fait a propos d'une brochure de l'empirique Audin-Rouvière, intitulée Plus de sangsues. Pour me réconcilier avec le collègue, il faut que je lui dise que moi, partisan connu des sangsues, j'ai pourtant acheté le pamphlet en question, et d'honneur je croyais y trouver des argumens d'opposition politique , tant le docteur Miq.. . s'était appliqué 7 et pour cause, à ne pas faire connaître Touvrage qu'il louait. Plus de sangsues ! Vous concevez , messieurs, à l'aspect de ce titre et du formidable point d'exclamation qui le suit, on porte spontanément la main a sa bourse , et l'on en tire le modeste prix d'une brochure a laquelle semblent se rattacher des myriades d'espérances. Plus de sangsues ! qui ne croirait , à ce mot d'ordre de l'insurrection, voir s'élever l'aurore bénigne du dernier jour des insectes, de toutes
formes, de toutes couleurs qui nous dévorent? Pour moi j'ai cru ire us la couverture de
l'ouvrage, le Libéra de ces honnêtes munarchistes dont le dévouement s'exalte, le 5o de chaque mois, aux caisses de la liste civile. Il me semblait que l'auteur allait nous débarrasser de ces bons sùu qui, pendant toute la du-
rée d'une session législative, perçoivent surles munificences ministérielles, exercées, comme vous savez, sans bourse délier, mille petites subventions, soit en espèces sonnantes, soit en bourses dans les collèges, soit en truffes du Périgord. Je me flattais déjà de voir au néant les exigences des militaires sans états de services ; des pasteurs , comme M. l'évêque d'Hcrmopolis, dont les troupeaux infidèles paissent en Egypte ou en Syrie ; des révérends pères qui veulent à toute force jeter sur noîre siècle la robe d'Ignace ou le ceindre du cordon crasseux de saint François... En un mot, je rêvais, grâce a l'écrivain qui choisit un titre si tranchant , l'extinction absolue des moustiques, des ignorantins , des jésuites assortis , des maringouins,