ASSISTANCE XXII
Un ittustcre.
U> matin de l'été dernier, mon portier me remit un paquet sous enveloppe , très parfumé et d'un papier soyeux; je l'ouvris dès que je fus seule. . .Quelle fut ma surprise en y trouvant deux billets de 1,000 francs renfermés dans une petite feuille de Weynin, sur laquelle était écrit ce peu de mots... : <c On viendra, sous « huitaine au plus tard , prendre en voiture
« madame Alexandrine Jullemicr ; elle se lais- <( sera conduire sans la moindre observation : « elle n'aura rien a craindre... Jusqu'à ce mo- « ment, elle taira , avec le plus grand soin , le « contenu de ce billet... L'instant de son dé- « part arrivé, elle n'en préviendra point les « personnes qui l'entourent. »
Point de signature, point de date.
« Voilà qui est bien singulier, me dis-je en cherchant , mais en vain , d'où pouvait me venir cette mystérieuse dépêche... Allons, n'importe, ajoutai-je, en glissant les 2,000 francs dans le tiroir de mon bureau : la fortune est bizarre ; mais rendons grâce à ses arrêts, puisqu'ils me favorisent aujourd'hui... Une bonne aubaine réalisée en argent, puis une aventure curieuse en perspective... c'est assurément un double avantage attendons... Alv! j'y pense, poursuivis-je toujours à part moi, on m'ajourne à huitaine, et c'est précisément d'aujourd'hui en huit que je dois traiter ici quelques amis... Si la secrète réquisition allait m'advenir en telle circonstance...
Prévenons ce conflit étrange de devoirs et de plaisirs : rien de plus simple , je vais avancer mon dîner de quatre jours. »
Sur l'heure, je me pris à faire mes invitations , et je les fis d'autant plus largement qu'une rentrée, on ne peut plus inattendue, me permettait de donner, sur le velours, une certaine extension au nombre de mes convives.
Engagez vos amis ou vos connaissances à une pompe funèbre , a un service du bout de l'an , vous pourrez compter, au plus bas mot , la moitié des invités qui auront des rhumes , des douleurs ou des irritations nerveuses. Par contre, faites-vous l'Amphytrion d'une fête de table, non seulement il ne vous manquera personne, mais il se trouvera toujours deux ou trois de vos convives auxquels il sera survenu une cousine, une sœur, une nièce, un irère en congé de semestre , un fils étudiant, venu en vacances : tous personnages qu'on prendra la liberté de vous amener, pour n'être pas privé de l'honneur de répondre a votre
invitation. Voilà précisément ce qui m'arriva le jour de mon dîner d'apparat : les survenans avaient pullulé chez mes invités; ils me présentèrent quatre dîneurs supplémentaires... Je répondis , en riant , qu'ils étaient les bien venus , et je fis mettre des alonges à ma table. Si l'on se montre , en pareille occurrence, extrêmement empressé de répondre aux invitations, on est rarement ponctuel quant à l'heure : il y a des dîneurs , et surtout des dames, prêtresses fervantes de la mode, qui se donnent le quart-d'heure académique d'une heure et demie. Mon chef se désespéra longtemps ce soir-là , prétendant qu'on mangerait tout détestable, et soutenant mordicus:
Qa'un dîner réchauffé ne valut jamais rien.
Enfin tout le monde était arrivé ; chacun avait reconnu son étiquette ; on se félicitait ou l'on se dépitait de son voisinage... Mais un regard généralement satisfait, un œil où brillait une larme de concupiscence se reposait
sur la belle ordonnance de mon premier service ; et les gourmets voyaient avec une douce émotion s'élever, devant leur couvert , les trois verres annonçant la variété de vins qu'ils affectionnaient... J'avoue que j'étais heureuse moi-même d'être enfin arrivée au terme d'un jeûne absolu que m'avaient imposé les embarras de la journée... Sans figure, je mourais d'inanition.
Avez-vous vu quelquefois , au bord d'une rivière , le pêcheur à la ligne dont le sort a trompé , deux heures durant , l'inimaginable longanimité , et qui , au moment de saisir une jolie carpe pendue à son hameçon , la voit retomber dans l'eau; ou bien vous est-il arrivé, après une nuit passée au bal , de vous jeter en toute hâte dans votre lit, avide de sommeil, et d'en être subitement tiré par un malencontreux ami , qui vient vous prier d'être témoin d'un duel?... Et bien, l'une ou l'autre de ces situations perplexes ne peut-être comparée au malaise indicible que j'éprouvai lorsque, au moment où je portais la première cuillerée de
potage à ma bouche , mon domestique vint me dire :
« Madame , il y a là un monsieur qui vous prie de vous rappeler le billet que vous avez reçu il y a quatre jours... Il vous attend...
— Le billet... ah! mon Dieu !... il est des fatalités... Dites que j'y vais...» Et mon bras, énervé , laissa retomber ma cuiller et son contenu sur mon assiette... Je me saisis toutefois d'un petit pain , et je m'esquivai au cliquetis de vaisselle que produit le début d'un dîner... L'effet qui résulta de mon éclipse étrange , je vous le dirai plus tard ; veuillez me suivre, avant tout , dans la plus singulière excursion que m'ait commandée , jusqu'à ce jour, une profession féconde , cependant , en originalités bizarres.
Je trouvai , dans la pièce voisine, un jeune homme de haute taille, d'une figure noble, mais fière , et mis avec la plus grande recherche de simplicité...
— Vous avez du monde, madame , me dit-il
avec un de ces imperceptibles sourires qui glissent sur une physionomie grave , comme le souffle du zéphir à la surface d'un lac calme et profond; je suis désolé de vous causer un tel dérangement; mais , vous le savez, il n'est pas permis de maîtriser les événemens du genre de celui qui m'amène. . . On a été trompé dans certain calcul...; nous aurons à peine le temps d'arriver....» A ces mots, l'inconnu me tendit une main extrêmement blanche , k laquelle brillait un solitaire valant 10,000 francs... Nous sortîmes; nous traversâmes ma cour avec rapidité; pas assez vite, toutefois , car le cliquetis tentateur de la table dont j'étais arrachée me poursuivit jusqu'à la porte cochère.
La nuit était venue; mais a l'éclairage d'une boutique voisine, je vis que sur les panneaux de la magnifique voiture dans laquelle j'allais monter, étaient peintes de larges armoiries, qu'on avait recouvertes d'un morceau de taffetas gommé de la couleur du carrosse... 11 y avait là une précaution : j'entrais en scène
dans le drame inconnu où je devais figurer comme actrice...
k Vous pouvez , madame , être parfaitement tranquille, me répéta mon conducteur, et compter sur nos égards, comme nous comptons sur votre discrétion.
— Je n'éprouve aucune inquiétude , monsieur, répondis-je d'un accent ému , qui démentait un peu cette assertion... Et quant à ma discrétion , je l'ai toujours comptée parmi mes devoirs sacrés...» Nous partîmes...
Il y avait quatre chevaux à la voiture ; un jockei était en selle sur l'un de ceux de devant. Nous brûlâmes le pavé.
Mon compagnon de voyage s'était placé dans l'encognure opposée a celle que j'occupais; il gardait le plus profond silence, et ne m'adressa pas une seule parole tant que nous fumes en voiture. J'aurais pu croire qu'il dormait, si, en passant devant les magasins, je n'eusse vu parfois leurs lumières réfléchies dans les grands yeux noirs de ce taciturne inconnu. Après avoir roulé vingt minutes en-
viron dans Paris, nous franchîmes une des barrières, que, dans notre course de plus en plus accélérée, je n'eus pas le temps de reconnaître. Bientôt, je vis passer devant moi, avec rapidité , les troncs noircis des arbres qui bordaient le grand chemin; nous suivions évidemment une route royale : de temps en temps , mon œil rencontrait ces bornes milliaires sur lesquelles nos mobilités politiques ont sculpté successivement une fleur de lis , puis un bonnet de liberté, puis encore une fleur de lis... métamorphoses de pierre que, vu Yépv ment de la matière, on a enfin remplacéeun massif de plâtre , remplissant l'espace tant de fois recreusé.
Lorsque nous fumes en pleine campagne et dans une obscurité absolue, car la voiture était. probablement n dessein, sans réverbères , deux choses me tourmentèrent a peu près également : c'étaient, malgré les assurances de mon conducteur, la peur ou quelque chose d'équivalent, et la plus insupportable faim que jamais dévot ait ressentie après un vigile. Avec un
peu de raisonnement philosophique , je parvins à dominer mes craintes ; mais l'appétit, il n'est pas de philosophe qui puisse en triompher... Certainement, vous n'avez pas oublié que je m'étais saisie d\in petit pain à la table splendide que je venais de quitter...; mais je n'osai l'attaquer... il est si commun , si prolétaire de manger dans une voiture.... Le dirai-je , les scrupules de ma vanité l'emportèrent encore sur les intimations de mon estomac... Néanmoins, je tournais dans mes mains, je pressais, je faisais crier légèrement le petit pain qui, dans ce moment, m'eût paru préférable à tous les mets accumulés a mon festin de la rue Bleue... Hélas 1 on ne digère pas par l'extrémité des doigts... J'étais au supplice de Tantale... Faute de mieux, je me mis à dîner en perspective : à ma mémoire se reproduisit le service succulent et délicat qu'un jeu bizarre de la destinée changeait , pour moi, en déplorables privations... Mes plats exquis fumaient dans mes souvenirs ; je m'enivrais, par réminiscence, de leurs délicieux
Ô05 — parfums,., et mes entrailles répondaient, par leurs réclamations bruyantes , a ce vain repas de mon imagination.
Cependant, depuis une demi-heure nous roulions sur un sable fin qui n'imprimait pas à l'équipage la moindre oscillation : c'était sans doute un chemin de traverse, bien entretenu, et conduisant peut-être a quelque château... Car, après m'être bien arraisonnée, je ne pouvais penser que je fusse au pouvoir des voleurs : ils n'ont pas coutume de débuter par envoyer des billets de banque a ceux qu'ils veulent dépouiller ; encore moins les emmènent-ils dans un équipage à quatre chevaux. Du reste , je n'avais pas l'orgueilleuse prétention de me croire enlevée par un grand seigneur, tombé amoureux fou de mes charmes. Ce sont la de ces idées romanesques qu'on peut avoir a dix-sept ans ; on ne les a plus lorsque quelques années d'expérience ont passé sur la vie...
Mes pensées flottaient encore dans un vague indéfini, lorsque la voiture s'éUnt arrrt^,
je vis tout a coup devant moi une grande surface blanche, percée de nombreuses croisées. C'était un vaste château. L'homme silencieux qui m'avait amenée sauta à terre le premier , et me tendit la main pour descendre. Il retrouva alors la parole et me dit avec rapidité : « Une autre personne va vous conduire « au lieu où vous devez aller... Il s'agit d'un « accouchement , et sur toute chose , rappeîez- « vous ceci : l'enfant qui va naître sera une « fille, quel que soit son sexe... Jurez-moi de « le dire sous les rideaux de Taccouchée ; le « reste me regarde... Jurez, madame. — Je aie jure, répondis -je avec émotion.» Mon conducteur disparut.
Un autre homme , une sorte de domestique, me conduisit , à travers les nombreux détours d'un jardin anglais , au pied du château. Là ce fut une femme qui me prit et me guida, par un escalier étroit et ténébreux ; puis en traversant plusieurs appartemens , jusqu'à la porte d'une chambre à coucher qu'elle ouvrit... Je me trouvai dans une pièce brillamment
illuminée, au milieu de plusieurs personnages apparemment éminens ; car ils étaient chamarrés de cordons, et scintillans de plaques en pierreries. Du milieu de leur groupe, je vis sortir mon compagnon de route, qui s'avança vers moi avec ce demi-sourire que j'avais vu éclairer un moment son visage, ''au
début de notre entrevue chez moi Il
me montra, au fond de la pièce, un lit dont les rideaux étaient fermés; bientôt j'en entendis partir, par intervalles, quelques unes de ces plaintes qui signalent une douleur encore tolérable... Je demandai à m'approcher de la malade; l'homme mystérieux me fit de la ma.n un signe qui signifiait : attendez un peu... Le motif de ce retard était une prévenance : je vis en cet instant entrer dans la chambre un domestique portant un flacon de cristal rempli de vin, et une pile de biscuits. Il marcha directement à moi , et me présenta le plateau; mon cœur bondit du plus matériel des pla.s,rs. Je trempai deux biscuits dans un verre de l'excellent vin de Médoc que conte-
jiait le flacon , au dire de l'étiquette d'argent enchaînée à son goulot... J'aurais volontiers redoublé; je n'osai pas.
Ce trop bref repas accompli, le monsieur qui m'avait amenée me conduisit auprès du lit, mais sans écarter le rideau d'épais damas cramoisi qui le recouvrait, et qu'il laissa retomber sur moi, quand je fus au chevet de ma mystérieuse cliente. Son visage était tourné vers la ruelle ; je lui parlai ; elle ne me répondit point. J'engageai ma main sous la couverture , et touchai la malade : je reconnus qu'elle allait accoucher avant une demi-heure. C'était une première grossesse. Je lui prescrivis doucement de se coucher sur le dos; elle parut hésiter... En levant les yeux, j'aperçus dans la ruelle mon compagnon de route... il invita du geste l'inconnue a prendre la position indiquée... Je vis alors, a ma grande surprise, que son visage était couvert d'un masque de velours noir, tel qu'on nous peint ceux que portaient les dames a la cour de Charles IX.
Je me perdais en conjectures... Et ces per-
sonnages décorés, qui se tenaient dans la chambre, silencieux comme des trappistes , et raides comme des sergens prussiens... Je fus au moins fixée sur un point : c'est que ces impassibles comparses étaient allemands... A leurs visages carrés , à leurs traits solides et graves, on ne pouvait s'y méprendre... Mais que faisaient-ils là , dans la chambre d'une femme en couches, parés comme pour un grand lever... Il y avait dans tout cela des allures princières que je ne pouvais concevoir. Quelle était donc ma cliente ? quel était l'homme debout dans la ruelle du lit?... Solution impossible !... énigme indéfinissable !
Au bout d'une demi-heure , l'enfant se présenta au passage; mais ayant reconnu la nécessité d'une assistance attentive, j'écartai brusquement la couverture, et demandai une bougie... J'aperçus alors le plus beau corps de femme que j'eusse jamais vu... A ma place un accoucheur se fut écrié : « Le père de l'en' fant fut plus qu>un élu . y , pu se ^.^ ^
«•eu, par la possession de tant de charmes....
L'homme de la ruelle n'avait ni bougé ni détourné la tête: il y avait là présomption de divinité.
Eniin l'enfant parut, je le vis bien; c'était un garçon, et contrainte par mon serment, je criai: C'est une fille ! Tandis que j'opérais la ligature , l'infatigable surveillant ne cessa d'avoir le doigt sur sa bouche... Lorsque tout fut terminé, il prit Penfant, disparut un moment sous le rideau , toujours du côté de la ruelle; puis, s'avançant vers les personnages chamarrés , il dit d'une voix retentissante i Vous le voyez ) messieurs , c'est une fille... En ce moment ma cliente murmura avec une émotion fort vive : il régnera... Nouvelle énigme!... Je m'avançai pour donner quelques soins à la petite créature nouvellement née; l'inconnu me la présenta avec affectation... C'était en effet une fille... la mère venait bien, pourtant, de faire un crarcon.
« Madame, votre mission est finie, me dit celui que je soupçonnais de paternité , en me glissant dans la main un peu de papier
chiffonné... On va vous reconduire à Paris, et la personne que je charge de ce soin a droit à toute votre confiance... Je vous dois mes éloges et mes remercîmens... Adieu , madame. »
Je retrouvai a l'entrée de Fappartement voisin la femme de chambre qui m'avait conduite dans la chambre. Au bas de l'escalier ténébreux, je fus reprise par le domestique dont j'ai parlé 5 ce fut lui qui me ramena à Paris , non moins silencieusement que son maître nOen avait emmenée... Lorsqu'il m'eut jetée a ma porte , il remonta lestement en voiture , et les chevaux repartirent au galop.
Quand je rentrai chez moi , je retrouvai tous mes convives à table , allègres et vermeils... Il était trois heures du matin; ces honnêtes dîneurs, soupçonnant à demi la vérité, c'est-à-dire pensant bien que j'avais été enlevée pour faire un accouchement , avaient pris leur plaisir en patience , dans l'attente de mon retour... Je me fis servir mon dîner, tandis qu'ils digéraient le leur, et le jour
nous trouva encore a table... Retirée enfin dans mon appartement, je pensai au papier chiffonné de l'inconnu... Je le tirai de mon sac et je dis : « Deux et deux font quatre mille
francs qu'une pareille aubaine m'arrive
chaque mois , et je ne regretterai pas un dîner interrompu , que mes amis savent d'ailleurs terminer sans moi avec tant de bonne volonté. »
Il y avait environ deux mois que l'aventure dont je termine le récit s'était passée , lorsque j'assistai , avec une amie , à la seconde reprise de Robert le Diable. Dans une loge du premier rang , voisine de la nôtre , étaient un monsieur et une dame seuls... La dame, placée sur le devant , eut un voile d'Angleterre constamment baissé sur le visage; le monsieur était assis au fond de la loge ; nous ne pûmes le voir... Mais la cloison qui sépare les loges de l'Opéra les unes des autres est si mince ! Nos voisins parlaient à demi voix dans les entr'actes ; pourtant nous entendions parfaitement leur entretien. Jugez jus-
— 3ii —
qu'à quel point la conversation suivante me frappa.
«Vous avez donc reçu des lettres d1 Allemagne , cher Léopold ?
— Oui, chère ^ilhelmine; mon courrier est arrivé ce soir ; il m'apportait une dépêche du prince lui-même.
— Je frémis chaque fois qu'il en arrive une... Si son altesse... si mon époux venait à découvrir...
— Que votre enfant n'était point une fille, mais un garçon... Impossible, bien-aimée... absolument impossible... La sage-femme ellemême a été abusée, tant j'ai mis de promptitude a faire disparaître le nouveau- né par la porte de la ruelle , et à substituer la petite fille que je m'étais procurée.
— Et vous croyez, Léopold , que les grands qui nous accompagnent sont convaincus ?...
— Songez donCjWilhelmine., que des courtisans sont convaincus de tout ce qui plaît aux grands dont ils attendent de la faveur... Ceux-
ci affirmeront tout ce que nous voudrons au conseil du prince , votre époux...
— Ah ! que ce titre est cruel à entendre , lorsque je me peins l'homme auquel il appartient.
— Wilhelmine , il touche a sa quatre-vingtdeuxième année... Je suis son neveu... et nous venons d'annihiler sa descendance mâle...
— Léopold, nous sommes coupables deux fois, car, mon ami , ce vieillard vous avait confié son... épouse et l'enfant à naître dont il croyait... Àh! chassons cette idée...
— Et songeons aux félicités que la puissance suprême ajoutera aux délices de l'amour, sur le trône de... » Ici l'orchestre couvrit la voix de nos voisins.
Mais il ne me restait a apprendre que le nom d'une principauté... le reste, je le savais... J'avais pénétré un de ces mystères de cour, sur lesquels, bonnes gens que nous sommes, nous jetons le voile de nos admirations... Quoi de plus moral ! un prince régnant confie à son neveu son épouse enceinte, voyageant sans
doute *par ordonnance des médecins : les médecins ordonnent aux grands tout ce qui les flatte... Le jeune parent est chargé d'un double dépôt sacré : l'honneur de sa tante , et le soin de la descendance directe du prince. Mais la tante a vingt ans , et le neveu est ambitieux.
Or, vous savez comment il a répondu à la confiance de son oncle... Je suis vraiment fâchée que le bruit de l'orchestre m'ait empêchée d'entendre le nom du pays où règne l'excellente altesse ainsi traitée... j'aurais accordé nominativement de l'estime à son neveu, pour les quatre mille francs qu'il m'a donnés.