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d'un chef de bureau, la sœur d'un directeur, la cousine germaine d'un député, la nièce d'un pair de France ; toutes dames allant régulièrement à la messe, donnant , chaque mois , de fortes sommes pour les écoles de la doctrine chrétienne et les petits séminaires, ne valsant jamais dans les bals , portant beaucoup de plis à leur robe, et ne se permettant jamais les colerettes de tulle. Or, ces vertueuses Parisiennes, dont madame Lem... avait cultivé la précieuse connaissance aux Tuileries en prenant le frais , s'étaient fait un vrai plaisir d'inviter leur nouvelle amie à des soirées charmantes qu'elles donnaient ; soirées d'une décence exemplaire, où l'on ne perdait jamais plus de cent écus à l'écarté , et dans lesquelles il était expressément défendu aux jeunes gens de parler a l'oreille des dames, a Vous concevez bien , mon ami , continuait ma future pensionnaire , que ce n'est pas sans
fruit que j'ai formé de semblables liaisons
Le chef de bureau , le directeur, le député, le pair de France sont à nous. Avant six mois ,
vous avez un poste du premier rang dans votre partie... Mais , mon chéri , je n'ai pu réprimer le désir de vous presser sur mon cœur, de ressaisir, au moins pour quelques jours , ces suaves et chastes délices qui font de notre union une lune de miel prolongée ; que dis-je, prolongée ! perpétuelle... Maintenant, il faut songer à nos intérêts; il faut nous procurer une honnête aisance pour l'hiver de nos jours. . . J\e voyez-vous pas d'ici la jolie maison de campagne où, Philémon et Baucis du dix-neuvième siècle , nous coulerons des jours sans nuages, comme dans les pastorales de Florian?.. Les élémens de cette félicité pure, c'est à moi de les réunir, puisque la fortune les place sous ma main... Il est donc indispensable que je retourne a Paris ; que j'y passe encore sept à huit mois... Il faut semer pour recueillir.
— Sans doute , sans doute , madame ; mais je n'ai pas vu germer souvent l'or semé sur les
grandes routes Deux voyages coup sur
coup , c'est ruineux
— Vous avez raison ; je n'ai pas assez ré-
fléchi... J'étais tellement enivrée du désir de vous revoir... L'amour est un mauvais financier..., et si j'avais pensé que vous pussiez calculer... » Ici le Contrat social essuya quelques unes de ces larmes d'à-propos que renferme l'arsenal des dames stylées; réserve d'un effet prodigieux , et qui enlève une émotion comme une réserve de garde impériale enlevait un champ de bataille.
« Allons , allons ; cher ange , c'est moi qui ai tort, répondit en pleurnichant lui-même
M. Lem Tu n'es pas venue à Bordeaux par
les messageries Laffitte ; c'est l'amour qui t'apporta sur ses ailes... Je suis un butor, un Calmouck, un Groenlandais, d'avoir pesé quelques pièces de cent sous dans la balance d'une tendresse si charmante... Tu retourneras le mois prochain à Paris. »
Madame Lem revint en effet sur le
théâtre ordinaire de ses exploits; mais, trop pressée d'arriver au but , elle se perdit , faute de prudence , dans l'esprit de son mari. A peine un mois s'était écoulé depuis le retour
de l'espiègle qu'elle annonça sa position au cher époux. Voici la lettre qu'elle reçut de lui en répouse à cet avis prématuré : « Mon cher cœur, je vous crois bien capable de faire des merveilles; car vous êtes la plus adroite femme que j'aie rencontrée , et je vois même aujourd'hui que je ne connaissais pas tous vos talens. Mais , ma poule , c'est trop présumer de votre habileté que de vous croire en état de reconnaître les signes d'une grossesse au bout d'un mois : le docteur Dubois lui-même y perdrait son latin... Votre position sera donc tout ce que vous voudrez ; mais je déclare ici que l'enfant qui doit en résulter ne sera jamais le mien.
« Ecoutez , cher ange , il me vient une idée : vous, qui , pour me placer avantageusement , disposez du crédit d'un chef de bureau, d'un directeur, d'un député du centre et d'un pair de France, je ne doute pas qu'il vous soit possible de placer aussi l'enfant que vous croyez avoir conçu , si par hasard vos présomptions ne sont pas une erreur... Je vous
souhaite a cet égard une bonne chance... Ne vous gênez pas, ma toute adorable ; laissez la ma place future , et trouvez d'abord celle de l'innocente créature dont vous m'annoncez le voyage en ce monde. Adieu, mon amour ! »
Le malin persiflage de M. Lem... ne laissait à sa trop tendre moitié aucun espoir de lui faire accepter la paternité offerte. 11 fallait chercher ailleurs un père de bonne volonté; il est vrai que le Contrat social pouvait choisir entre un bon nombre de candidats. Elle jeta son dévolu sur un sien cousin , homme d'une formidable épaisseur, qui avait eu son tour comme tant d'autres. Il était sot , premier avantage ; il possédait une belle fortune , second avantage; enfin, il ne manquait ni de présomption ni de crédulité : c'était, dans la circonstance , un triple trésor.
Madame Lem.... courut chez le cousin, qui ne lit nulle difficulté de se croire l'auteur de la fécondité annoncée comme provenant de ses œuvres. La chère cousine venait de lui déclarer que personne , excepté lui , ne s'ap-
prochait d'elle; ce qu'il avait admis d'autant plus volontiers que l'avantageux mortel croyait bien sincèrement à l'impossibilité d'une rivalité beureuse avec un homme de son mérite. Le fonctionnaire de Bordeaux avait donc eu raison de penser que sa femme parviendrait aisément à placer son enfant.
Cet arrangement primitif étant conclu, Fadroite négociatrice aborda avec le cher cousin les clauses financières du traité : il fut convenu qu'elle chercherait une pension , et qu'il se chargerait d'en régler les conditions. Ce fut alors que madame Lem... vint me trouver. Sa première vue me charma : sa démarche était modeste, sa mise d'une simplicité décente: on eût dit une jeune et fervente congréganiste, qualité que j'étais habituée , dlailîeuVs, à concilier avec un faux pas... : n'avais-je pas chez moi la gentille dévote dont je crois vous avoir parlé ? Du reste, l'accent de madame Lem... était une séduction , son regard un caresse.
« Madame , me dit-elle après m'avoir
saluée avec une petite révérence de nonne , je viens vous demander une chambre. Mais en avez-vous une bien secrète , bien cachée?
— Oui , madame.
— Vous savez, les pauvres femmes sont bien
malheureuses Et la petite sainte-nitouche
porta son mouchoir sur ses yeux...
— Oh ! je sais bien , répondis-je d'un ton composé ; le malheur des femmes est une chose reconnue depuis bien long-temps.... Et de combien madame est-elle malheureuse?
— De quatre mois, et je désirerais entrer sur-le-champ chez vous.
— Ce sera quand il vous plaira, madame j mais je dois vous faire part de mes conditions^ et je les indiquai.
— Ce n'est pas assez.
— Madame me fait l'honneur de me dire?. ..
— Je dis que ce n'est pas assez...
— Vous conviendrez que la remarque n'est pas ordinaire.
— C'est que , voyez-vous , je suis dans une position particulière... Vous aurez cinquante
francs par mois de plus que vous ne me demandez.
— Si cela vous convient absolument...
— Sans doute, parce que M. F***, joaillier, quai des Orfèvres, vous paiera toujours un mois d'avance, sur lequel vous me remettrez , avec la même exactitude , cinquante francs par mois.
— Ah! je commence a comprendre...
— Voila donc qui est convenu. M. F*** viendra demain matin a neuf heures; a dix je serai ici avec ma malle.
— Votre appartement sera prêt. »
Ni le joaillier ni madame Lem... ne manquèrent au double rendez-vous qu'elle avait assigné. Le premier me fit l'effet d'une excellente dupe , et je ne lui trouvai pas l'air paternel du tout. A peine sa cousine était-elle entrée chez moi qu'elle reçut une multitude de visites , parmi lesquelles je ne
vis jamais une seule femme C'étaient
des agents de change , des banquiers , des armateurs , des négocians. Ma pensionnaire
avait une inclination décidée pour le commerce ; inclination qui n'était pas exclusive, toutefois; car le soir, entre chien et loup, je voyais venir un jeune homme, se disant élève en pharmacie, et qui, de deux jours l'un, allait
avec madame Lem voir une petite fille
de trois ans, qu'elle avait mise en pension sur le boulevard du Mont-Parnasse.
Tous les jours , à l'heure du dîner, le Contrat social recevait message sur message. Le parquet de ma salle a manger étaitjonché,asa
place, d'enveloppes aux cachets brisés
Assurément, un ambassadeur ne reçoit pas autant de dépêches... En vérité, si la moitié seulement de cette correspondance se rapportait a des conclusions galantes, il fallait supposer madame Lem douée d'une constitution héroïque.
Mes pensionnaires me dirent un jour :
«Ma chère petite, vous êtes bien jeune; Cette femme , par ses déréglemens, compromettra votre maison. »
Ces dames ne m'en dirent pas davantage ;
mais le lendemain, la moitié d'entre elles s'abstinrent de paraître à la table. Je sentis alors ce que j'avais a faire : j'allai trouver successivement toutes mes pensionnaires chez elles, et je leur dis qu'a partir du lendemain madame Lem.... serait servie dans sa chambre, jusqu'à ce que j'eusse avisé au moyen de l'éloigner de ma maison.
Mais, en y réfléchissant, cette expulsion paraissait d'une extrême délicatesse. Je ne pouvais annoncer au cousin l'intention arrêtée de renvoyer sa parente , sans alléguer un motif au moins plausible de ce renvoi; et ce faisant, je nuisais nécessairement à cette femme, qui, après tout , avait le plus grand besoin du joaillier pour sortir de la position difficile où elle se trouvait, sans que, selon mes présomptions, le pauvre homme en fût cause. Cette affaire m'éveilla le lendemain au point dujour, et je sentis croître mon embarras au moment de l'exécution. A dix-sept ans, la moindre chose qui dévie de nos habitudes est un objet d'inquiétude et presque d'alarme ; j'aurais
donné l'impossible pour qu'une tête plus mûre que la mienne m'aidât à prendre un parti... Ces dames m'avaient bien conseillé de me défaire du Contrat social; mais, en me signalant la nécessité de recourir à cette mesure extrême, aucune d'elles ne m'avait mis à la main un fil secourablepour sortir du labyrinthe où toutes me plongeaient.
J'étais dans une perplexité fatigante, lorsque Annette, ma servante, entra chez moi; il était au plus six heures du matin.
« Madame , me dit cette fille , il y a là , dans le salon , un monsieur qui part pour un long voyage, à ce qu'il dit, et qui ne veut pas se mettre en route sans avoir fait ses adieux
a madame Lem En disant cela, il ricane
tout de même d'une drôle de manière.
— Annette, allez congédier ce monsieur, et lui dire qu'on ne vient pas si matin faire des adieux chez les dames... Il fallait qu'il s'y prît hier au soir...
— Il est venu , madame ; mais la chère dame , qui causait avec un autre monsieur,
m'avait recommandé de dire comme ça a ceux qui pourraient venir la demander qu'elle n'était pas visible pour le quart d'heure. Ce n'était pas mal vrai , tout de même , attendu qu'il ne faisait pas clair du tout dans sa chambre, ousqu'elle avait fermé les rideaux des croisées.
— Puisqu'il en est ainsi , ma fille , allez appeler madame Lem...., et qu'elle vienne recevoir les adieux du voyageur dans le salon , dont vous laisserez la porte ouverte.
— Pas possible , madame ; j'ai déjà frappé chez la petite pensionnaire , qui n'a pas répondu.
— Alors, que le monsieur attende.
— C'est ce que je disais ; quoique ça ce monsieur risque d'attendre long-temps, puisque enfin suffit.
— Comment , Annette , que voulez-vous dire ?
— Ah dame ! je n'oserai jamais vous raconter ça : une jeunesse comme vous...
— N'importe, parlez !
— Vous saurez donc que M. Croch*** votre locataire a passé la nuit chez madame Lem... à telles enseignes qu'il m'a donné vingt francs, un beau napoléon tout neuf, ma foi, pour que je ne vous parle pas de cette escapade-là...
— Et vous gagnez bien votre argent, Annette !
— Ah ! tenez, tenez, madame, voila qu'elle ouvre sa porte ; je vois M. Croch*** qui file... Ah î ma fine , elle a vu l'autre. Il entre dans sa chambre... Par exemple, elle a du front la petite commère...
— Allons , allons , voila qui est intolérable , m'écriai-je en sautant de mon lit. Je ne souffrirai pas qu'un tel scandale continue dans ma maison... Je vais voir ce matin M. F*** ; il pensera ce qu'il voudra; mais je lui déclarerai que je ne garde pas sa parente. »
Dans la matinée, je fus détournée de la visite que je voulais faire au bénévole cousin par des occupations pressantes ; et l'après-midi , ma colère étant dissipée, je remis encore la triste
communication que je voulais faire au joaillier du quai des Orfèvres. Mais a l'heure du dîner, j'allai prévenir mon impudique pensionnaire qu'elle eût a se tenir dans son appartement, où j'allais la faire servir. Elle se formalisa de ce changement de régime , et déclara qu'elle entendait paraître a la table comme de coutume... Je passai outre , et lui fis porter son dîner.
Mes autres pensionnaires et moi commencions à manger le potage , lorsque la proscrite arriva furieuse , et prenant une attitude tragique dans la salle à manger, elle m'interpella ainsi :
« Je voudrais bien savoir, madame, pourquoi l'on me relègue ainsi chez moi...
— Madame, j'ai pour en agir ainsi des raisons que vous apprendrez en temps et lieu convenables.
— Des raisons î je veux les savoir sur l'heure...
— Ne me forcez pas, répondis-je avec chaleur, a vous donner maintenant cette explica-
tion ; vous devez apprécier les motifs de ma retenue, et m'en savoir gré.
— Nullement, madame; et j'espère que je vais savoir la cause de l'impertinence dont je viens me plaindre.
— Eh bien! oui , madame , vous allez savoir la cause, non d'une impertinence , mais d'une démarche faite, au contraire, très pertinemment. Sachez donc que je ne reçois a ma table que des dames honnêtes, et depuis ce matin vous avez cessé de l'être à mes yeux. »
Madame Lem ne répliqua pas. Elle
sortit en baissant les yeux. Dans le peu de jours qu'elle passa encore chez moi , personne ne la vit paraître ; elle ne se montra même pas au cours que je tenais le soir, et dont elle ne manquait jamais de suivre les leçons, avant la scène de la salle a manger. Du reste , elle n'y était point attirée par le désir de s'instruire : la science souriait peu a son humeur légère ; mais il se trouvait la plusieurs jeunes gens, et c'était une occasion d'être courtisée... On a vu pourtant que l'active beauté ne se
laissait pas réduire au dépourvu. Non, jamais, dans un corps aussi grêle, je ne vis une si robuste galanterie. Je parlai de cette femme a l'un des premiers médecins de la capitale, qui venait souvent chez moi; «Il faut la renvoyer, me dit il , autant dans l'intérêt de votre maison que dans celui des mœurs. La vie qu'elle mène doit occasioner nécessairement une couche anticipée, et ce sont des événemens d'un effet disgracieux dans les établissemens de la nature du vôtre. »
Cet avis acheva de me déterminer. Le mois
de madame Lem finissait le surlendemain j
je l'invitai, par écrit, à chercher une autre pension. Elle sortit le soir, entra chez une sagefemme de la rue du Four-Saint-Germain, et
accoucha à la fin du sixième mois de sa gros-
sesse Le placement de son enfant fut
assuré : on le porta au cimetière de Vaugirard. J'ai toujours ignoré comment mon ex-pensionnaire avait expliqué a son cousin le joaillier sa sortie intempestive de ma maison; mais un jour que je passais devant son magasin , je le
vis, à travers sa devanture, accueillir avec une assez laide grimace le salut que je venais de lui faire. Sans doute l'honnête boutiquier aura pensé que j'avais eu tort d'accuser d'inconduite sa chère Dulcinée .. car, assurément, il ne pouvait se persuader qu'elle eût pu faire la moindre infidélité a un homme de son mérite. L'amour-propre est le plus éloquent des consolateurs.
La seconde pensionnaire dont j'ai à vous parler, était une jeune dévote, mais dévote avec candeur, entendez- vous ? priant sans cesse, priant de bonne foi... Et puis, une femme affable , d'un commerce agréable ; enfin une dame pieuse du temps où la dévotion était une vertu , et non une grimace. Il n'y avait qu'une chose que je ne concevais pas dans sa vie : c'était l'événement qui l'avait amenée chez moi, du fond de la Touraine. En vérité, à voir l'air candide de cette dame, je me sentais encline à croire sa conception immaculée ; et l'on verra bientôt que je ne me trompais guère. Lui demander l'aveu de ce
point délicat, < ùt été trop indiscret; cependant je brûlais d'en être instruite, et je le dis franchement à l'une des amies de ma dévote, qui venait la voir souvent, et partageait quelquefois nos repas.
« Mon Dieu! me répondit cette dame, si vous aviez demandé cette information à ma chère Henriette , elle vous l'eût donnée sans trouble , sans rougir : je puis vous garantir qu'elle y attache à peine l'idée d'une faute; et vous la connaissez trop bien pour croire que ce soit, de sa part, mépris des bienséances. Non , ma belle dame , mon amie . dans un étrange élan de dévotion, a commis le péché, comme une action agréable à Dieu. Je la sais revenue un peu de cette singulière erreur; mais elle se pardonne volontiers sa faute , en faveur de l'intention. L'honnête mari est... ce que vous savez, autant qu'on peut l'être ; mais si c'est par la trahison du devoir conjugal qu'un époux devient tel, celui-ci n'a pas le plus petit reproche à faire à sa femme; au contraire
- — C'est-à-dire, si je ne me trompe, que, selon votre avis , il lui doit des remercîmens, répondis-je en riant.
— Ma foi, oui... vous allez voir : M. de Sal..., mari de mon Henriette, est vice-consul dansun port de l'Orient : je crois que c'est à Alexandrie; et peut-être est-ce lui qui, interrogé par un voyageur français en crédit, sur ce qu'il désirait que le roi fît pour lui, répondit : «Priez sa majesté de m 'dler un vice .Au moment de son départ, la première année du ménage de nos jeunes Tourangeaux venait d'expirer ; ils s'aimaient comme des tourtereaux. Jugez a quelle épreuve allait les soumettre une séparation. M. de Sal. . . ne pouvait songer à conduire sa femme en Orient : son ambition visait plus haut qu'un vice-consulat, et pour le peu de temps qu'il resterait sans doute dans celui auquel il était nommé , le déplacement de sa femme n'eût pas été raisonnable. Il la laissa donc en Touraine , bien triste , bien malheureuse de son absence.... Rien sur la terre ne pouvait l'en consoler. Que dis-je ! elle se serait fait un
crime de chercher des consolations à une affliction qui noyait son ame dans un océan d'ineffables souvenirs. Bien décidée a ne pas adoucir son regret, Henriette, habituée aux pratiques d'une vie ascétique, contractées au fond d'un de ces couvens où quelques femmes se confinent en amateurs, Henriette mit ce regret en rapport avec les puissances du ciel. . . Une mélancolique combinaison de chagrin et de prières fit naître incessamment en elle cette langueur qui n'est pas sans charme pour les cœurs sensibles... Mon amie s'enivra d'une sorte de volupté de la douleur.
« Parmi les personnes qui fréquentaient la maison de Sal..., avant son départ, deux seulement étaient admises encore chez sa femme : moi, qui, liée dès l'enfance avec feue sa mère, ai vu naître et grandir la chère Henriette ; puis, un frère de son mari , jeune homme engagé dans les ordres mineurs, modèle de piété et d'austérité cléricale.
<f Madame de Sal.... et son beau-frére figuraient sur les listes de la congrégation , lorsque
des missionnaires voyageurs, l'ardent Guyon en tête, vinrent planter a Tours une croix de mission colossale. Le couple dévotieux, dans la procession qui précéda cette cérémonie , se chargea d'une partie de ce précieux fardeau ; et le corps des jeunes gens fut, à leur gré , sanctifié par la courbature qui les retint au lit deux jours, avec une forte fièvre... Point de sermons, point de conférences , point de pèlerinages auxquels ils manquassent ; point de jeûne qui ne fut imposé à leur estomac; point de fête solennelle qui ne les vît communier. En un mot, le diacre Sal.... et sa belle-sœur édifiaient toute la Touraine; l'heureuse ville qu'ils habitaient était parfumée de leur renommée. On délibérait, je crois, au chapitre métropolitain , sur la question de savoir si Ton ne solliciterait pas en cour de Rome une canonisation anticipée , pour ces modèles de piété ; car, tout vivans qu'ils étaient , leur ame séraphique habitait incontestablement le ciel. <( Les choses en étaient là, lorsqu'une lettre, venue de l'Orient, apporta à mon Henriette
l'affreuse nouvelle que son mari venait d'être atteint de la peste : le consul-général , qui écrivait, faisait concevoir quelques inquiétudes, mais beaucoup plus d'espérances. Néanmoins, madame, la douleur de mon amie fut inexprimable ; elle voulait partir pour Alexandrie; déjà même elle s'y disposait, quand une
seconde dépêche lui annonça que Sal était
à peu près hors de danger... Henriette consentit alors à rester, au moins jusqu'à une troisième lettre, qui ne pouvait se faire attendre...
« Le chagrin un peu adouci de la jeune dévote s'exhala dans une fervente et continuelle prière : l'aurore éclaira plus d'une fois sa jolie tête penchée sur son prie-dieu ; le crépuscule du soir l'y trouvait encore. Tant que les secours de l'amitié avaient pu adoucir les peines d'Henriette , je ne m'étais guère éloignée d'elle; mais j'avoue que je ne me sentais pas le courage de m'associer à ses longues oraisons. Le diacre , voué par état à la même mysticité , se montra plus assidu
auprès de sa belle-sœur : il arrivait chez elle aux premières lueurs de l'aube, et ne la quittait qu'au dernier Angélus, Chaque fois que je venais dans la journée, je les entendais psalmodier, et le bruit de leurs innombrables mea culpa , résonnant sur un estomac creusé par le jeûne , retentissait douloureusement à mon oreille... Souvent, attristée par cet excès de componction , je me retirais sans avoir osé voir ces jeunes gens. El toujours , depuis les nouvelles reçues du Levant, le nom du cher pestiféré se mêlait k la prière de sa femme et de son frère.
« Un soir d'été, le couple dévot priait, comme de coutume , dans l'oratoire d'Henriette. Le soleil ne lançait plus que des feux obliques k travers les arbres du jardin; nos jeunes congréganistes respiraient le suave parfum des fleurs , apporté jusqu'à eux par un zéphir brûlant... Leur ascétisme était en ce moment porté jusqu'à l'extase , et les sens , quoi qu'en disent les spiritualistes , participent k toute c xaltation.
h Henriette, âgée de vingt-deux ans, et fortement constituée, Henriette, chez qui la nature était comprimée par une digue de privations , subissait, à son insu, l'influence impérieuse d'une saison ardente... Sa dévotion se compliquait de passion orageuse... et la pauvre petite l'ignorait... Elle l'ignorait, quoiqu'à des signes peu équivoques^ elle eût pu se convaincre qu'elle sentait alors ce genre d'émotion qui l'agitait auprès de son mari; mais elle était si candide !... Mon amie et le diacre priaient, agenouillés l'un a côté de l'autre ; l'air respiré par le beau-frère était aspiré par la bellesœur... Henriette se retourne vers l'élève du sacerdoce; elle a le visage animé, le regard lumineux, le sein palpitant; sa respiration est bruyante et pressée
« Ne trouvez-vous pas, Emile, dit-elle d'un accent où la mélancolie se mêle à l'exaltation, ne trouvez-vous pas que la prière est plus suave, plus consolante que de coutume? Pour moi, je sens la grâce qui me pénètre.
— J'allais vous en dire autant, chère sœur,
répond <Tune voix tremblante le jeune homme, dominé par la même influence. . . nnen doutons pas, le ciel s'est ouvert à nos vœux... oui, ce sont les émanations de la grâce qui nous arrivent... Henriette, encore un ave!... mon frère est guéri.
— Emile , vos prières sont plus agréables à Dieu que les miennes... Je le vois, vous avez une révélation qui échappe a mes imperfections. . . . L'ange est avec vous. . . et moi , je vois trop qu'il me délaisse.... Emile!... Emile... sanctifiez la pauvre Henriette... Et la jeune femme, entraînée par un délire invincible , tombe dans les bras du diacre , en s'écriant : Ah! le paradis! il s'entr'ouvre... Ange du Seigneur, emporte-moi sur tes blanches ailes. . . «Quand madame de Sal.... revint à elle, Emile Pavait quittée; elle était sur son lit, ignorante de sa faute... ne se rappelant qu'une extase mystique , n'en retrouvant sur elle que les marques ordinaires.
«Mon amie . comme la plupart des femmes dévotes dans l'âge des passions, était hysté-
rique. Toute créature qui se fût trouvée auprès d'elle durant ses prières extatiques eût détourné à son profit les hommages qu'elle rendait à la divinité , sans que , pour cela , elle eût cessé dêtre innocente.
« II est présumable que cette expansion malheureuse des actions de grâces rendues à Dieu pour le rétablissement de Sal.... se reproduisit souvent dans les trois ou quatre mois qui suivirent la soirée dont je viens de vous raconter les détails; et la candide Henriette , qui n'avait pas encore eu d'enfans, ne se doutait nullement des résultats que pouvait avoir sa manière expansive de remercier le ciel. Le diacre , dont la candeur égalait celle de sa belle-sœur, ne se lassait point des exercices rémunérateurs offerts au Seigneur. Bref, je ne tardai point a m'apercevoir que mes jeunes gens maigrissaient plus que de coutume; bientôt je remarquai dans mon amie une altération de traits dont la cause nous est promptement révélée, à nous autres femmes qui en avons l'expérience... J'interrogeai ma-
dame de Sal — , un matin que je me trouvais seule avec elle.
« Vous êtes pale, Henriette, lui dis-je avec l'accent de l'intérêt ; votre santé paraît s'affaiblir ;.... il faudrait pourtant vous faire une raison sur les jeûnes, trop sévères, que vous vous imposez. Je ne heurterai point vos opinions , quant à la nécessité de ces privations contre nature; mais j'oserai du moins vous dire qu'une jeune femme, engagée dans les liens du mariage, se doit aux devoirs sacrés qu'elle a jurés d'accomplir. Vous avez un époux; vous aurez sans doute des enfans. Ce serait mal accomplir les volontés du ciel que de ne pas vous conserver pour aimer l'un et protéger les autres.
— Ma chère amie , me répondit Henriette, je puis vous assurer que je jeûne fort peu en ce moment : notre sainte religion ne l'exige pas de moi. . . Il y a même des instans 011 je me sens l'impérieux besoin de satisfaire un appétit désordonné et capricieux , qui se prend à des objets sans saveur.... Hier, par exemple,
aucun raisonnement n'a pu m'empêcher de dévorer des pommes à peine sorties de fleur.
— Ah ! ah !
— En d'autres instans, j'éprouve un dégoût extrême pour toutes sortes de mets , et quelquefois ce dégoût est poussé jusqu'au vomissement
— Ah ! mon Dieu , chère Henriette , que me dites-vous la?...
— N'est-ce pas que c'est bien singulier?
— Pour moi , c'est davantage : c'est inimaginable Puis je m'approchai de la jeune
femme , et je lui touchai légèrement l'abdomen et le sein
— Eh bien! que faites-vous donc là? me demanda-t-elle avec étonnement.
— J'acquiers une certitude, répondis -je avec gravité Henriette, vous êtes enceinte
— Enceinte! vous voulez plaisanter.... Et comment cela pourrait-il être? mon mari est absent depuis dix-huit mois....
— Hier encore, mon enfant, ce mot au-
rait pu me suffire s il est insuffisant aujourd'hui.... je vous répète que votre grossesse est certaine —
— C'est donc un phénomène î une grossesse de dix-huit mois
— Non, mon enfant, cela ne s'est jamais vu, et ne se verra jamais : la nature ne se livre point a des écarts portés jusque là... Un homme s'est approché de vous depuis le départ de Sal —
— Approché!.... attendez donc... oui, mon beau -frère, Emile, quelquefois.
— Je m'en étais doutée.
— Mais nos âmes se sont unies , se sont
confondues dans le sein de la grâce dans
les délices d^une sainte extase voilà tout.
— Non , Henriette , non , repris-je en secouant la tête, ce n'est pas tout ; et vos âmes ne se sont pas unies seules....
— Vous avez peut-être raison; mais après tout , une grossesse , ce n'est que dans le mariage qu'elle se produit... Dieu ne la permet qu'au lit des époux; et les (leurs qui forment
la couronne de l'hymen produisent seules des fruits
— Détrompez- vous , trop candide créature.... l'Eternel a permis que ce fruit tombât aussi de la couronne des amours, afin d'effrayer les amans pécheurs , et de prévenir le commerce illégitime... Votre ame pieuse, Henriette , est toute parfumée d'innocence 5 mais votre corps est devenu coupable au sein même de la grâce , et a l'occasion des élans d'une tendresse conjugale.., tant il est vrai que les pauvres maris absens sont victimes jusque dans les témoignages de fidélité qu'on prétend leur donner. »
Madame de Sal..., enfin convaincue, ne répondit que par des pleurs au funeste avis que son inexpérience recevait de mon amitié: — Je la consolai de mon mieux ; puis je lui dis que , maintenant qu'elle était informée des graves infidélités faites par elle au vice-consul, dans les meilleures intentions du monde, il fallait cesser tout rapport intime avec le diacre ; ajoutant qu'à l'avenir, son ame serait
aussi coupable que l'avait été précédemment son corps, si elle persistait dans cette illégitime intimité. Elle me promit , avec l'accent d^une évidente sincérité , qu'elle ne retomberait jamais dans une telle erreur , et qu'elle allait sur-le-champ s'en confesser. Je lui conseillai de n'en rien faire : — Au temps où nous vivons, lui dis-je à cet égard, le tribunal de la pénitence est une maison de verre: croyezmoi, ne renfermez pas un secret aussi dangereux dans son enceinte diaphane.
« Le lendemain dulong entretien que je viens de vous rapporter, continua l'amie de ma dévote pensionnaire, le diacre vint, comme à l'ordinaire, chez sa belle-sœur ; mais celle-ci , loin de se prêter aux prières en communauté qui l'avaient entraînée si loin , refusa d'entrer avec lui dans son oratoire, et lui parla ainsi:
— Mon frère , savez- vous que nous sommes de grands pécheurs , et que notre péché le le plus hideux, le plus déplaisant a Dieu, a été commis en lui adressant nos prières ?
— Je ne vous comprends pas , chère sœur , répondit l'apprenti ecclésiastique.
— Oui , monsieur , tandis que nous croyions faire une action agréable à notre divin Sauveur , nous faisions....
— Eh bien! Henriette, nous faisions?...
— Un enfant, monsieur, rien de moins.
— Ah! miséricorde.... bonne sœur, est-il possible que Satan ait pu nous tenter jusqu'à ce point.... Et le congréganiste, se laissant tomber a genoux, s'écria: Grâce! grâce! ah! mon Dieu! sauvez ma pauvre ame de la damnation éternelle... Je ne savais ce que je faisais... Mais le ciel s'ouvre... j'entends la voix de l'ange exterminateur.... il tient l'épée flamboyante... je suis perdu. La terre va m'engloutir avec les démons , dont je sens déjà les griffes immondes s'attacher à mon corps... Confiteor, confiteor.... Et le fanatique Emile se frappait la poitrine à coups redoublés.
— Calmez-vous , mon frère , dit madame de Sal... effrayée de l'état d'exaspération du malheureux diacre ; le repentir est un baume
salutaire ; la pénitence peut, d'ailleurs, racheter toutes nos fautes. . . et Dieu, qui lit dans nos âmes, sait que celle-ci fut involontaire... Seulement, cessons de nous voir aussi souvent que nous l'avons fait jusqu'à ce jour, à présent que nous avons découvert l'aspic caché sous les roses mystiques que notre piété cultivait avec confiance. . .
— Ah! oui, oui, ma sœur : je cesserai de vous voir 3 je quitterai le inonde lui-même... Il est une société d'hommes pieux, qui continuent sur eux les mortifications de la Trappe ; je cours m'ensevelir dans leur maison. Le Seigneur ne veut pas de moi pour son lévite
je suis trop impur... trop infesté d'indignités... Et le pauvre jeune homme s'éloigna en répétant : Confiteor , confiteor. »
« Je décidai facilement mon amie, continua la narratrice, à venir faire ses couches à Paris; En province, il est presque impossible de tenir une grossesse secrète, et madame de Sal. .. eût été perdue si la sienne se fut ébruitée-.-
A notrearrivée à Paris, on nous avait indiqué votre maison, comme l'une des plus distinguées
de la capitale ; vous reçûtes la pauvre Henriette, et je pris un appartement dans le voisinage ,' afin de venir à toute heure voir cette chère enfant , que je n'aime pas moins que si elle était ma fille. »
Ainsi finit l'aventure de mon aimable dévote ; le ciel lui tint compte de son innocence dans le péché: elle accoucha, comme la sainte Vierge, sans douleurs. Je fus chargée de surveiller la nourrice du joli petit garçon qu'elle avait fait sans son mari, mais évidemment à son intention, ce qui pourtant, il faut bien en convenir, n'était pas précisément la même chose.
Cet enfant, que je vais voir de temps en temps dans la pension où je l'ai mis l'an dernier par ordre de sa mère , ne la connaît pas encore , non plus que son père , sur lequel il me reste quelques mots à dire.
Quinze jours avant de retourner à Tours, madame de Sal...., que nous appellions chez moi la présidente de Tourvelle, reçut une lettre de son beau-frère. De salutaires réflexions
l'avaient fait renoncer à se confiner chez les Trappistes.... Peut-être pensa-t-il qu'à part sa direction pécheresse, Faction dont il voulait se punir était trop douce pour s'en priver à jamais.... Ce jeune homme jeta la soutane aux orties, et s'engagea dans un régiment de cavalerie légère qui passait a Tours. Lorsqu'il écrivait a sa belle-sœur , le diacre était déjà maréchal-des-logis ; au moment où j'écris, il est lieutenant.il avait même obtenu ce grade avant la révolution de i83o... JSu\ doute que, sous le règne du sacerdotal Charles X , on n'ait compté, comme des campagnes, les cinq années qu'il avait passées au séminaire et dans le diaconat.
Tel était mon intérieur rue de l'Odéon, semé d'anecdotes variées, résultant de la diversité de caractères, de principes et d'humeurs des dames pensionnaires. Le cours d'accouchement que je faisais, et dont j'ai déjà parlé, ajoutait souvent à ces sortes d'épisodes. Je dois en rapporter un qui n'est pas sans originalité.
Dans la nécessité d'enseigner a mes élèves la
partie d'anatomie qui se rapporte aux accouchemens, je me procurais souvent, a l'hôpital des Orphelins, rue d'Enfer, un des enfans morts dans la nuit, afin de servir a mes leçons. Au moyen de ces sujets, je démontrais la circulation âmes élèves; puis, en disséquant sous mes yeux, ils préparaient chacun un squelette. Or, la sœur supérieure ne pouvait confier qu'a moi ces petits cadavres : j'allais donc moimême les chercher. Je me disais quelquefois en rapportant ce singulier fardeau : « Je suis bien heureuse d'être douée d'une bonne constitution ; car si je me trouvais mal, quel serait l'étonnement des personnes qui me porteraient secours, en me trouvant chargée d^un enfant mort? Rien au monde ne pourrait leur sembler plus étrange. » La petite créature était simplement enveloppée d'une serviette, qui souvent était tachée de son sang. Je l'emportais même parfois dans un mouchoir dont je m'étais servie dans ma précipitation. Tout ceci avait l'apparence de mystère d'un enlèvement clandestin, et pouvait mettre en émoi les argus
de la police. Voici un incident de ces courses matinales qui ne laissa pas de m'embarrasser: Je traversais le Luxembourg d'un pas précipité, emportant mon fardeau ordinaire. J'avais
aperçu la comtesse Desess qui demeurait
vis-à-vis de chez moi , et qui m'invitait souvent a ses soirées. Je voulais l'éviter, pour un motif que vous devez comprendre. En conséquence , j'accélérai encore ma marche. Vaine précaution ! Ma voisine , quoique d'un certain âge, était alerte 5 elle me rejoignit hientôt. La comtesse alongea le bras pour me saisir, ce que j'évitai par une légère conversion de corps : sans ce mouvement, sa main allait immanquablement sentir le corps glacé que je portais, et vous jugez de l'effet.... Quelle femme en pareil cas ne pousserait pas un cri, et quel cri , dans une promenade de Paris, ne produit pas sur-le-champ une foule !
« Ma chère pet?te, me dit madame Desess.. . avec volubilité, je viens d'envoyer chez vous le premier volume des Mémoires de madame de Campan-, je brûle de lire le second; veuillez
être assez bonne pour me le faire remettre : vous me ménagerez une heure de délices avant l'arrivée du sommeil, etc. A propos, ma belle voisine, poursuivit la comtesse, n'oubliez pas que c'est demain ma réunion... Ah! puisque j'en parle, ayez l'obligeance de m'envoyer une de vos bonnes pour aider les miennes. » Après ce sujet d'entretien , vint un second, puis un autre, puis un autre encore. En un mot, ma diserte voisine me tint une demi-heure dans le Luxembourg ; et mon bras s'engourdissait sous le poids de l'enfant. Pour comble de malheur, je sentais s'imbiber la serviette qui l'enveloppait; je tremblais qu'une trace sanglante ne marquât incessamment la place où j'étais arrêtée dans le jardin. ..j'étais au supplice. Enfin, tranchant court au milieu d'une période de la comtesse, je la quittai brusquement :, me promettant bien à l'avenir d'éviter, en pareil cas, de semblables rencontres.