‹ Mémoires authentiques d'une sage-femmeChapitre 8 sur 44 · IG · texte numérisé non relu

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Dans les premières années de notre établissement, les correspondans ne connaissaient que mon nom et mon adresse ; je leur fis donc parvenir une circulaire pour les informer qu'à l'avenir ils ne devaient correspondre qu'avec moi pour les demandes qu'ils auraient à faire.

Je jugeai, d'après les réponses qui m'arrivaient de toutes parts , que la plus grande négligence était apportée par M. Giraud. . . dans les envois. Un correspondant me mandait que le rob allait lui manquer ; un autre m'écrivait que, depuis plusieurs jours , il était forcé de refuser la vente; un troisième se plaignait d'avoir écrit deux fois sans avoir reçu ni rob ni lettre : enfin toutes les personnes chargées du débit de notre médicament en province et a l'étranger m'exprimaient la satisfaction qu'elles avaient éprouvée, en apprenant que je reprenais l'exploitation que je paraissais avoir cédée a M. le docteur Giraud. ..Toutes me demandaient si ce serait a moi qu'elles devraient payer le montant des précédentes fournitures. Il eût été dans la

plus stricte règle de l'équité que je répondisse affirmativement: ces rentrées auraient couvert d'autant les dépenses que j'avais faites , soit pour meubler des appartemens à mon collaborateur , soit pour le premier établissement de nos maisons, soit pour leur entretien journalier. Toutes ces charges, M.Giraud... y avait concouru par son titre sonore de docteur et par une activité qui, en la supposant même aussi laborieuse qu'elle avait été commode et facultative, ne pouvait compenser tous les sacrifices que j'avais faits.

Tel était pourtant l'unique capital mis dans notre communauté par celui qui s'en appliquait sans façon , non seulement tous les bénéfices, mais encore le fonds... En vérité, jamais personne n'attacha plus d'importance a son mérite personnel , et moins de prix a la probité. Le nom du docteur était moulé sur les flacons du rob et sur les instructions qui l'accompagnaient : cela suffisait à la délicatesse de l'honorable médecin. Enveloppée de ce voile d'apparence , sa conscience demeur a

calme et rassurée ; il s'étendit avec sécurité dans la voiture qu'il tenait de mes ressources, du concours de mes veilles... J'avais eu le bonheur de voir M. le docteur quelques années , d'admirer l'élégante coupe des habits que notre prospérité lui avait permis de renouveler souvent ne devais-je pas me trouver bien

payée? Quoique je ne fusse pas précisément de cet avis , je répondis aux correspondans qui demandaient à solder leur compte , que ce qu'ils devaient pour le passé revenait à M. Giraud... mais que désormais ils n'auraient a s'entendre et a compter qu'avec moi. Le docteur s'était fort peu soucié de l'effet que produirait sur mon cœur l'ingratitude révoltante qu'il me montrait ; mais je venais d'atteindre en lui la fibre sensible: son intérêt était compromis. Il faillit tomber malade en apprenant que j'avais repris assez de force et de résolution pour ressaisir mes droits, et me disposer a les exercer. D'un autre côté^ le pharmacien de la rue J.-J., sentant que j'allais lui enlever le dépôt dont il vivait si grassement depuis quelques années,

tomba dans de vives alarmes , qui se changèrent bientôt en un véritable désespoir quand il apprit qu'un de ses confrères , demeurant rue Vivienne, était devenu mon dépositaire. Ce pharmacien , son beau-père , sa belle-sœur , sa femme surtout, assaillirent sans relâche M.Giraud. . . , pour qu'il transigeât avec moi. Luimême en sentait l'impérieuse nécessité ; mais cette négociation lui paraissait bien difficile , et devait l'être en effet. Toutefois, plein de confiance dans les séductions de sa personne, monnaie courante d'assez mince valeur dont il avait vu que je pouvais me contenter , il se décida à venir chez moi, cuirassé d'une ample collection de finesses, de subtilités, de perfidies, qu'il se proposait d'opposer a mes trop valables raisons. J'ai dit que ma porte était interdite a M. Giraud.... mais un jour, à six heures du matin , profitant de l'absence des domestiques , il se glissa dans ma chambre. La , sans préambule , et la force du naturel l'emportant sur les spéculations de l'esprit, le docteur s'écria :

« Quoi, ma chère Aiexandrine, vous reprenez l'exploitation du rob ? vous voulez donc tout a fait compromettre ma réputation ? et moi qui croyais que vous m'aimiez!.. D'ailleurs je ne saurais souffrir que vous travailliez comme par le passé: cela vous fatiguerait trop, et altérerait votre santé. Une femme seule ne peut suffire à de telles occupations.

— Quand vous êtes entré, monsieur, lui répondis-je avec un sourire mêlée d'ironie et de mépris, vous aviez posé le masque ; votre cœur se montrait tel quil est, rempli d'égoïsme et d'indifférence pour tout ce qui ne se rapporte pas à vos intérêts personnels. Ce masque, aux traits doucereux et câlins, vous cherchez a le remettre, mais il s'ajuste mal.

— Pourquoi, madame, me supposer des intentions perfides ?

— Pourquoi, monsieur ? parce que j'ai pour garans delà justice de mes présomptions votre conduite passée... Viendriez-vous, par hasard, m'en faire admirer la délicatesse et la régularité ?

— Je ne dis pas, ma bonne Alexandrine, que je sois exempt de blâme. . . Mais la démarche que je fais ce matin...

— Votre démarche! elle est commandée, comme toutes celles que je vous ai vu faire, par un calcul se rapportant à vos intérêts

— Eh bien! voyons, soutenez les vôtres : transigeons k l'amiable; faites vous-même les conditions, je promets de m'y conformer...

— Des conditions, monsieur, il en existait entre nous deux de sacrées: je vous ai aidé à sortir d'une existence inconnue ; sans moi , vous auriez pu languir dix ans , ainsi qu'un bon nombre de médecins que je pourrais citer, et dont le savoir vaut bien le vôtre. Cependant, quel compte m'avez-vous tenu de ces élémens de fortune mis dans vos mains? Au moment où je vous parle , quelle est ma part dans les chan-' ces de prospérité que vous exploitez, grâce k moi, et que vous faites gaspiller par des gens de mauvaise vie , que vous enrichissez?

— Bon dieu! que voulez-vous dire, ma chère

Alexandrine? la colère vous rend d'une injustice criante! La fortune dont vous parlez n'estelle pas à vous comme à moi?

— Oui, et dans cette heureuse communauté, vous trouvez apparemment tout simple que j'admette leconcours des filles telleettelle.

— Encore une fois, j'ai des torts ; mais daignez m'en croire, me voilà bien revenu de ces sociétés de femmes, qui, j'en conviens, ne me recherchent que dans des vues intéressées. Toutes ces coquettes spéculatrices ne peuvent vous être comparées enrien, et maintenant que je les connaisse sais mieux que jamais vous apprécier. Allons, de grâce, bonne Alexandrine, faisons la paix.

— La paix, répondis-je avec une assurance, hélas! déjà bien ébranlée, vous avez bien vu que je ne vous ai point fait la guerre; seulement je ne veux plus de traité d'alliance : vous êtes un allié trop peu sûr , et franchement vous m'obligerez de ne plus revenir chez moi.

— Ma belle amie, je ne reçois pas votre congé, reprit vivement le docteur en s'appro-

chant de moi avec des manières caressantes : c'est assez de colère; descendez au fond de votre cœur, Alexandrine, ma chère Alexandrine! et je suis sûr que vous m'y retrouverez avec tout l'amour, toute l'amitié dont j'étais et je suis encore fier. Ceux qu'on a aimés sont si peu coupables. .. Et puis , vous le savez, je ne le fus que par entraînement, que dis-je ? par inexpérience ; ne voulez-vous rien pardonner aux circonstances? Je le répète, je ne veux pas que vous vous livriez à des travaux fatigans qui pourraient altérer votre santé. Je serai, comme par le passé, votre collaborateur, votre aide; vous commanderez , j'obéirai. Allons, allons, bien décidément, ajouta M. Giraud... en s'asseyantprès de mon lit, je ne sors pas d'ici sans que nous soyons réconciliés, sans que vous m'ayez promis que nous serons toujours en communauté d'intérêts comme d'affections. » Que vous dirai-je? je cédai $ M. Giraud... avait mieux jugé de ma faiblesse que moi de ma fcrce. Il emporta la promesse que je suspendrais mes envois. Le jour même , il revint

à trois heures me chercher avec le coupé , qu'il affecta , à diverses reprises, d'appeler notre voiture : talisman de mon adolescence, qui, en ce moment encore , agissait sur moi , grand enfant que j'étais.

Dans l'intervalle de nos deux entrevues , j'avais consulté ma mère. Elle aussi voulait que je transigeasse, et que surtout ma communauté avec le docteur fût renouée.

Excellente mère ! son motif était sage ; mais ses espérances étaient fondées sur la délicatesse d'un homme qu'elle devait mieux juger , elle qui ne le voyait pas a travers le prisme fatal qui me fascinait.

Le reste de cette journée et la matinée suivante se passèrent dans une succession de ces niaiseries, de ces riens qui naissent d'une réconciliation semblable à celle où je me laissais entraîner : bagatelles sans conséquence dans la vie d'un homme, importantes dans celle d'une femme, qui remplissent à peine pour lui l'instant durant lequel il s'en occupe, et qui, poiu elle , décident de sa destinée tout entière

Dans la soirée du second jour de notre réconciliation, nous conclûmes une transaction dont voici les bases : M. Giraud... devait me compter une somme de quinze mille francs; il me fit une reconnaissance, payable a ma volonté ; de plus il s'engagea à me rembourser tous les frais ayant résulté de mes nouveaux envois. De mon côté, j'écrivis au bas de la reconnaissance ma renonciation formelle à l'exploitation particulière des rob, mixture, bougies, etc. Enfin, je m'obligeai à signer une circulaire par laquelle j'annonçais a mes correspondans que je cédais de nouveau tous mes droits à M. Giraud...

On me demandera sur quelle évaluation je laissais fonder cette indemnité de i5,ooo fr. qui, certes, devait me dédommager si peu, après tant de peines et de sacrifices. On me demandera, avecnon moins de raison, comment dès lors je ne fis pas stipuler par un bon acte cette communauté future d'intérêts et de bénéfices, que le subtil Giraud... avait jetée a travers la conversation , mais qu'il ne parla point

de fixer par un écrit. On me demandera encore si, du moins, les stipulations faites en ce moment furent consignées sur un double papier marqué, et si j'emportai avec moi ma copie. A tout cela, je répondrai que le prisme était sur mes yeux; que j'écrivis tout ce que Giraud... voulut ; que je crus tout ce qu'il voulait me faire croire; que j'acceptai, comme paroles sacramentelles, toutes les promesses qu'il me fit, et que, quant à la double copie, je me contentai de la frivole raison qu'il n'avait la qu'un seul papier marqué Mes lecteurs m'accuseront de légèreté, et feront bien; mes lectrices concevront mon expansive confiance, et se diront à elles-mêmes : «Voilà comme on est.» Cet arrangement venait d'avoir lieu chez le docteur; il serra le papier unique dans son secrétaire, me promettant de m'en remettre un double au premier moment. De tout ceci , il résultait qu'en attendant, j'étais bien et dûment engagée , tandis qu'en s'aidant d'un peu de mauvaise foi , mon associé devenait libre comme l'air... Mais ne jugeons point sur des

présomptions ; les faits sont patens : les voici.

Depuis long-temps j'avais l'intention d'acheter une maison avec jardin; j'en avais souvent parlé a M. Giraud..., et nous étions convenus même qu il ne me remettrait les i5,ooo fr. stipulés entre nous qu'au moment où je ferais cette acquisition.

Or, quelques mois après l'événement que je viens de rapporter, une occasion favorable s'étant présentée , je demandai au docteur les fonds qui m'appartenaient. Nous arrivions alors d'un voyage que nous avions fait ensemble à Nantes , à Angers , au Mans. M. Giraud... me répondit que, pour le moment, il ne pouvait me satisfaire , ce que je conçus sans peine après la dépense qu'il venait de faire : on reçoit si facilement les excuses de ceux qu'on ne veut pas trouver coupables !...

« Mais, se bâta d'ajouter le docteur, en attendant que j'effectue le remboursement que vous me demandez, je paierai l'intérêt de la somme : c'est de toute justice...

— Sans doute, répondis-je ; pourtant ce

n'est pas la même chose pour moi, dans la nécessité où je suis de payer la maison que je veux acheter. . . Mais il est un moyen de me mettre à même de terminer cette affaire, sans vous causer la moindre gêne : donnez-moi une reconnaissance de la somme portant une échéance fixe; je ne doute pas que le vendeur, informé de votre solvabilité, n'accepte cet écrit comme argent comptant.

— Non, non, reprit sèchement l'homme dont le naturel va se dévoiler entièrement ; je ne veux pas que personne puisse croire que je vous dois.., : cela n'entre nullement dans mes vues... j'ai mes raisons.

— Voila , monsieur, un étrange raisonnement , répliquai-je avec une vivacité née d'un commencement d'indignation... Où donc serait le déshonneur d'être mon débiteur?... Ce genre de scrupule, qui ne vous est pas venu à la pensée quand vous aviez le plus grand besoin de me devoir, me semble, je le dis nettement, d'une grande impertinence...

«Puisqu'il en est ainsi, monsieur, j'exige que

* ma reconnaissance me soit remise a l'instant. J'en suis fâchée , puisque cela blesse votre fierté ; mais la probité avant tout : croyezmoi , monsieur, c'est son défaut seul qui déshonore.

« Ceux qui voient encore le point d'où vous êtes parti il y a quelques années, c'est- àdire votre mansarde de l'hôtel Clovis , ceux-là ne trouveront pas étonnant que vous me deviez quinze mille francs; car enfin tout le monde nepeut pas connaître la baguette d'Armide au moyen de laquelle , grâce à mon assistance, votre fortune a été improvisée... La reconnaissance, monsieur

— Impossible: ce papier... je l'ai déchiré }. . .

— Déchiré! répétai-je avec le cri de l'ame ; oh! mais c'est impossible!... c'est une plaisanterie?

— Du tout, je parle sérieusement...

— Déchiré, monsieur! vous avec donc l'intention de nier votre dette ?..

— Madame !...

— Oh! monsieur, expliquez- vous ; mon

soupçon, quelque injurieux qu'il soit, me paraît fondé après une telle action...

— Quoi, madame , vous oseriez penser !...

— Il y a long-temps, monsieur, que vos procédés, votre ingratitude, auraient pu m'autorisera croire tout ce qu'on présume ordinairement de désavantageux d'un homme qui abjure toutes les convenances, tous les scrupules que les personnes délicates ont coutume de respecter. Enfin , le bandeau tombe de mes yeux ; je puis vous juger maintenant... Jusqu'ici , je me suis efforcée de voir l'empire des passions, l'entraînement de la jeunesse, en un mot, les travers de l'esprit dans les traits de l'ingratitude hideuse que vous avez opposée à la confiance généreuse , au dévouement sincère que je vous prodiguais dans ma stupide affection. Mais aujourd'hui, monsieur, c'est avec réflexion que vous agissez, c'est le résultat d'une combinaison élaborée dans un cœur corrompu , que vous venez m'annoncer... Votre turpitude a calculé toutes les chances de l'avantage, qu'a force de ruse et de fausseté, vous

preniez sur moi Vous saviez qu'ayant attiré

à vous tous les témoignages de ma participation à votre fortune , vous étant fait donner, par surprise, par fraude, tous les gages de sécurité que vous pouviez attendre de moi, je demeurerais dépouillée, aux yeux de la loi, de tout secours contre vos infidélités, que je qualifie ici avec trop de modération. Perdez cependant l'espoir d'une entière impunité : si votre main subtile a su m'arracher les écrits qui établiraient légalement le déni de loyauté dont vous êtes coupable , je saurai vous traduire à un tribunal que personne ne peut récuser: j'arracherai de votre visage, aux regards d'un public toujours juste, le masque que vous avez pris pour attacher votre existence parasite a la mienne , pour attirer a vous le patrimoine que je tenais de mon père, le fruit de mes veilles , le produit de mon intelligence. Quand j'aurai consigné sur le papier les détails de votre conduite , vos sourires bienveillans , vos paroles dorées paraîtront ce qu ils sont en effet, perfides et menteurs... Cette élégance,

cet éclat que vous étalez , n'inspireront plus que le mépris; car on saura que la moitié de leur jouissance est ravie à une femme trop confiante, sans laquelle vous languiriez encore obscur et peut-être nécessiteux. Je me déciderai tard, peut-être, à vous poursuivre devant l'opinion du monde ; mais enfin je me déciderai , et à force de me rappeler que vous m'avez tout a la fois blessée dans mon amour, humiliée dans mon amour-propre , lésée dans mes intérêts...

— Mais , ma bonne Alexandrine , écoutemoi, s'écria Giraud.... en voulant me barrer le chemin de la porte, vers laquelle je me dirigeais (nous étions alors rue Richer). ..

— Laissez-moi , monsieur, repris-je en continuant de m' éloigner; je ne puis consentir à vous revoir que vous ne m'ayez rapporté la reconnaissance que vous prétendez avoir déchirée, et que vous retrouveriez demain, si je voulais continuer l'exploitation du rob. »

Après cettescène, qui nécessairement entraînait une seconde rupture , je n'ai plus revu

qu'avec répugnance, avec chagrin , un homme sur le compte duquel j1étais si cruellement désabusée... Son cœur m'avait été montré à nu; le charme de ses manières, de son visage n'était plus pour moi qu'une amorce sans pouvoir...

Cet homme, si bien revenu de la société des femmes, reprit presque immédiatement ses habitudes dissolues , qui absorbèrent et plus les revenus de ses deux maisons.

Pour moi , jusqu'ici , j'ai été assez sotte pomme contenter de l'intérêt de 1 5ooo francs , que, dans un délire facilement compris par une bonne partie de mes lectrices, j'ai eu le malheur d'accepter avec une idiote confiance , pensant que M. Giraud... exploitait toujours le rob dans notre intérêt commun... Souvent même les arrérages de mes i5ooo francs ont été obtenus avec beaucoup de peine, el jamais mon prudent débiteur n'a laissé échapper un seul mot touchant le capital. C'est tout au plus s'il lui arrive d'avouer que j'aie participé à construire l'édifice tant soi» peu ma pique de

sa fortune. Enfin, s'il mourait demain, nonseuleinent je perdrais mes 1 5ooo francs, et tous les biens quecethomme aamassésavecmes deniers; mais encore ses maisons, son mobilier, produit de mes fatigues , passeraient à ses alentours. Lecteur , vous pourrez être bientôt le juge de M. Giraud... Je mettrai sous vos yeux l'histoire de ses nobles procédés ; elle se trouvera chez tous les libraires du royaume: j'ai pris des mesures pour cela... Entendez-vous, docteur? c'est le public , ce magistrat impartial, irrécusable et sûr, qui va prononcer dans notre cause ; le mémoire que je dresse ici sera partout; il ne faut pas que les pièces manquent au procès...

Ce que je viens de nommer mon plaidoyer se fût terminé là, si je l'eusse publié il y a quatre mois, et peut-être aurais-je adouci les traits du tableau. Alors encore je me surprenais à dire : « Je l'espère, il reviendra à moi; maintenant l'expérience lui a montré le triste résultat de ces flammes éphémères qu'allument le manège de la coquetterie et les transports mensongers

de l'amour calculateur. Le docteur a pu comparer ce que ses maîtresses d'aubaine ont pu lui accorder de cette tendresse -marchandise qu'elles donnent pour de l'or , avec le sentiment profond dont je lui ai prodigué les témoignages ! Son inconstance est de l'égarement ; l'égarement finit presque toujours où la réflexion commence , et la réflexion naît infailliblement des sensations émoussées... C'est une petite compensation au sein de la satiété : M. Azaïs a oublié celle-là. » En raisonnant ainsi, je pinçais déjà entre mes deux doigts les feuillets de mes mémoires où j'avais consigné les méfaits de M. Giraud...; et j'avisais au moyen d'ensevelir, dans l'oubli d'une absolution complète , des fautes qu'il m'eût été si doux d'effacer en même temps de mes pages, de mon cœur et de ma mémoire.

Ce n'était pas sans quelques motifs que je me livrais a l'espoir: M. Giraud..., et je devrais l'avoir déjà dit, éloigné de moi par les travers de l'esprit, me revenait souvent par le penchant irrésistible de son cœur; penchant qu'il avait

sans doute essayé de vaincre , mais que reproduisait une reconnaissance d'instinct, plus impérieuse, sans doute, que son ingratitude d'intention. Dans ces mouvemens instinctifs, le docteur était tout effusion : il se répandait en protestations, en caresses... Il y a quelques mois, à son retour d'un voyage dans le nord de l'Europe, je retrouvai presque en lui l'ami des temps primitifs de notre connaissance. C'étaient les mêmes soins, le même empressement a me flatter. Le voyageur me fit un de ces petits cadeaux peu importans par leur prix , précieux par l'intention qu'on y croit attachée. Que vous dirai-je? je crus (que ne croit-on pas quand on aime), je crus, dis-je, que las de ses amours aventureux , de ses tendresses vagabondes , de cette vie agitée et sans plaisirs réels qu'il menait la bourse au poing , Giraud... voulait rentrer dans la sphère des pures jouissances que procure la véritable affection, non pas d'une maîtresse cupide, mais d'une sincère amie; et c'en était une peu commune que la femme qui, dans sa longanimité

presque sans exemple ^ s'était laissé dépouiller de son avenir, et priver, avec non moins de patience, d'une ombre de bonheur, déjà trop chèrement payée par la somme de réputation qu'elle avait coûté. L'espérance décevante qui me souriait me parut surtout bien fondée lorsque, le i5 août 1 854, le docteur, prêt à partir pour Châtellerault, prit congé de moi au milieu de mon jardin, avec des démonstrations de tendresse qui tenaient du transport. Plusieurs de mes locataires, témoins cachés de cette expansive émission d'embrassemens,etqui me l'ont rappelée depuis , pensaient que Giraud..., définitivement rappelé aux principes d'une probité qu'il avait violée tant de fois dans nos affaires de cœur et d'intérêt , allait réparer le trouble que sa conduite avait apporté dans ma vie intérieure, ainsi que le tort fait a ma fortune par les infidélités de sa gestion • Ils croyaient que le docteur songeait areconquérir l'estime publique qu'il s'était aliénée ; on espérait enfin que le fourbe allait devenir homme franc et loyal, quoique la métamorphose parût

généralement difficile... Le dirai-je? Je fus moimême du nombre des dupes : il est des perversités que les âmes sensibles ne peuvent soupçonner.

Dans cette dernière circonstance, ma sécurité était si niaisement confiante , que j'y persistai encore quand le voile d'imposture dont M. Giraud... se couvrait fut violemment déchiré. Douze jours s'étaient à peine écoulés depuis les adieux du 1 5 août , lorsque l'on vint me dire que le docteur allait se marier!... Ce propos me parut tellement hasardé, que je répondis en souriant : « Il est en voyage , comment voulez-vous qu'il se marie ?

— En voyage , c'est possible , répliqua la personne qui me donnait cet avis, mais il n'en est pas moins vrai qu'il se marie... Du reste, on est sûr de vous trouver incrédule lorsqu'on vous cite quelque mauvaise action de cet homme, qui pourtant a travaillé une partie de sa vie à vous rendre malheureuse. Lorsque la colère anime vos justes ressentimens, ils s'exhalent contre lui en vives apostrophes, en

projets sévères; mais cetorage dé votre souvenir passé , l'artisan de tous vos malheurs n'est plus présent qu'a la mémoire de votre faible cœur, et l'on a toujours l'air de le calomnier auprès de vous. Eh bien! allez à la mairie, allez-y , madame, et vous verrez que ses bancs sont affichés depuis huit jours.

— En êtes- vous bien sûre ! « m'écriai-je avec l'accent de l'âme, comme si M. Giraud. . . m'eût trompée pour la première fois. Cependant le sentiment de sa perfidie habituelle me revint bientôt; un nuage obscurcit ma vue; je me sentis trembler de la tête aux pieds : cette nouvelle si brusque, si peu attendue, m'annonçait un événement si décisif... Hélas! que je l'aimais encore ! J'étais tombée anéantie sur un fauteuil; j'y restai quelque temps plongée dans une profonde stupeur. Puis tout à coup je me levai, je saisis mon schall et mon chapeau , et d'un pas précipité je me rendis à la mairie du deuxième arrondissement. . ,Haletante,je m'arrête devant le fatal tableau où sont exposés les actes de l'état civil, et je lis : «11 y a promesse

de mariage entre Jean Giraud... et demoiselle E.Val...» Comment exprimer la sensation que j'éprouvai! comment peindre Pangoisse qui me déchirait! Je crus que mon pauvre cœur allait se briser en éclats. Les terribles caractères que j'avais sous les yeux grandissaientje les vis danser devant moi, géans moqueurs, et insulter de leur sens abhorré la douleur qui me déchirait le sein. « Mon Dieu ! m'écriai-je , je ne le verrai pas avant cette funeste cérémonie!.. Oh! je veux luiparler à tout prix. Cet homme est un insensé ! mon amitié, mon amour me fait un devoir de lui montrer le précipice ouvert sous ses pas... je l'empêcherai d^y courir, poussé par le sordide intérêt qui fut le mobile de toute sa vie. Eh ! quel intérêt, bon Dieu? celle qu'il épouse est si peu riche •'... » Lorsque je fus plus calme et rentrée chez moi, celui qui m'accompagnait me dit : «Le docteur redoute quelque scène de votre part , et vous reconnaissant sans doute le droit de lui en faire, il ne se mariera pas à Paris, mais a la campagne des parens de sa préteYidiié. il

ne viendra chez lui, avant la cérémonie , que pour un instant.

— Eh bien! m'écriai-je , dans cet instant, fût-il plus rapide que Péclair, je le verrai; s'il faut l'attendre au passage, durant la nuit même, je l'attendrai. ÏNon, je ne souffrirai point que ce mariage s'accomplisse; comment peut-il y songer, lui, que je devais croire si éloigné de s'unir à une Val....; lui , qui, de son propre aveu , n'a puisé dans ses relations avec elle que des motifs de dégoût et de l'éloignement ! Oui, oui , monsieur, ajoutai-je avec vivacité en m'adressant à la personne qui venait de nVaccompagner, M. Giraud... lui-même m'a raconté des traits hideux des dames Val...: s'il épouse celle qu'on lui a fiancée, je dirai hautement leurs turpitudes, dont il aura été le premier narrateur... Mais comment le rencontrer ?

— Rien n'est plus simple, répondit une dame qui se trouvait chez moi ; il faut aller louer un appartement dans sa maison , vous y établir, et n'en désemparer qu'après l'avoir vu. 11 est

indispensable qu'il paraisse chez lui avant

son mariage. »

Ma conseillère parlait encore , et déjà je courais me conformer a son avis. Une heure après cet entretien , j'étais la locataire de M. Giraud. ,., et bientôt l'appartement que javais loué au-dessus du sien fut meublé. Je m'y établis sur-le-champ j j'y passai quatre jours dans la plus pénible attente , la plus accablante anxiété. Qu'on juge en effet de ma situation : l'imposteur venait de me rendre l'amorce d'espérance qu'il m'avait précédemment arrachée ; je croyais avoir retrouvé en lui, sinon cet amour qui faisait autrefois notre félicité, du moins cette conscience de la probité qui porte une ame honnête a réparer les torts qu'elle a pu causer, dans un entraînement d'inspirations irréfléchies... Et c'était en ce moment même que le plus perfide des hommes mettait le comble a ses atroces procédés, recouverts de menteuses caresses...

Mais que voulais- je donc? quel était mon but?... Le savais-je moi-même bien précisé-

ment?... Epouser M. Jean Giraud... ! en vérité, je n'y ai jamais pensé sérieusement; et je peux même affirmer que s'il fut venu déposer a mes pieds cette fortune, a laquelle j'ai tant participé , et qu'il m'eut demandé ma main en échange, je lui aurais fait entendre, comme toujours, un double refus. Oh ! certainement oui , j'aurais refusé de partager la destinée d'un homme dont le caractère a pour base la cupidité, et qui, toujours occupé d'en imposer a la multitude par son élégance et son faste, trouve tous les moyens bons, se rit de toutes les bienséances , et considère l'honneur comme un préjugé. * Alexandrine , me disaitil souvent dans le cours de notre intimité , jamais vous ne réussirez ; vous êtes trop scrupuleuse f trop sincère, trop honnête: avec ces qualités on est dupe de tout le monde par le temps qui court.» Ces beaux principes n'avaient pas fait de moi une prosélyte ; mais , faut-il le répéter? j'aimais encore Giraud..., non de cet amour des sens qui n1 aspire qu'à d'éphémères jouissances: je l'ai vu, sans émo-

tion, courir de coquette en coquette et courtiser la mère et la fille : le vice n'inspira jamais de jalousie. Malgré tout cela, quelle femme sensible pourra dire qu'elle est devenue indifférente pour celui qui, le premier, fit battre son cœur? On Ta répété jusqu'à satiété: l'empreinte d'une première passion est ineffaçable. C'était donc un tendre intérêt qui me faisait jeter a la traverse des projets d'hymen du docteur : je savais qu'il ne serait point heureux avec la femme qu'il recherchait, honteusement ébloui par la mince dot qu'elle promettait d'apporter. Je savais même que cette union allait jeter sur lui le manteau du ridicule , et qu'il serait la risée d'un public malin. Il me semblait que j'aurais a partager alors je ne sais qu'elle solidarité d'infamie... moi qui, pendant huit années, avais vu toute mon existence commune aveccelle de cet homme. L'abandon que j'allais subir n'était pas ce qui m'effrayait le plus : le malheur de Giraud..., ce malheur mêlé de scandale que bravait sa cupidité , me touchait surtout au point de n'en pouvoir suppor-

ter Tidée. J'en ai maintenant l'intime conviction, c'était avec les plus pures inspirations de l'amitié que j'attendais le perfide compagnon de ma première jeunesse : celles de mes lectrices qui ont aimé comprendront cette incurable affection.

Le matin du cinquième jour de mon attente, une de mes connaissances vint me dire : «Vous attendez ici M. Giraud...: c'est une peine inutile; ses noces se font en ce moment à Bouffemont.

— Eh bien! j'y cours; je veux le voir, Tentretenir devant tout le monde des motifs qui feront de cet hymen une chaîne honteuse ; puis , j'ajouterai : « Osez , monsieur, osez me démentir; c'est de vous que je tiens ces détails; c'est vous qui avez déchiré le voile du mystère, pour me découvrir les indignités sur lesquelles, pour un peu d'or que l'on vous promet, vous passez aujourd'hui l'éponge, mais qui n'en saliront pas moins votre vie... »

Une heure plus tard , j'étais sur la route de Bouffemont , accompagnée d'un respectable I. 13

ami, qui m'avait amené son cabriolet. Nous arrêtâmes au bourg de Moisselles, situé h une demi-lieue environ du but de notre voyage. L'hôtel où nous descendîmes est tenu par le père et la mère d'une demoiselle dont les manières et le ton sont au-dessus de son état. Comme nous avions demandé quel chemin nous devions suivre pour nous rendre a Bouffemont, cette demoiselle, soupçonnant peutêtre les motifs qui m'y conduisaient, me parla sur-le-champ du mariage, environné de mystère, que Ton préparait chez les Val... Elle ajouta avec Une maligne expression de traits, que, bien informés des antécédens de la mariée et de sa mère, les habitans de Moisselles et des environs s'égayaient tant soit peu du dévouement philosophique de M. le docteur. « On assure, ajouta la jeune aubergiste, et c'est le plus plaisant de l'aventure , que l'on a fait autour de la maison de M. Val... un déploiement de forces tout a fait imposant ; je ne sais qui l'on craint , mais la gendarmerie est , diton, en permanence : on garde militairement le

beau manoir des Val..., et peut-être n'approcherez-vous pas de Bouffemont sans que Ton vous crie : qui vive ! . . . » Ce qu'il y a de certain , c'est que trois mouchards passèrent deux jours et deux nuits, à cette époque, dans l'hôtellerie de Moisselles. Un peu de doute sur l'absence de M. Giraud..., et , je crois, l'envie d'observer les dispositions militaires dont on me parlait , me déterminèrent à pousser jusqu'à Bouffemont. La jeune aubergiste nous montra, visa-vis de sa maison, un sentier qui devait nous conduire droit a ce hameau: mais, bon Dieu! quel chemin... Vingt fois notre cabriolet faillit être brisé dans cette voie essentiellement vicinale, et révélant, par les plus rudes oscillations imprimées au léger équipage, l'insuffisance des centimes additionnels de la commune. Meurtris par les cahot , nous dûmes descendre, et suivre a pied les côtés herbeux de la route. Malgré cet allégement, notre voiture eut encore quelque peine à se tirer dune succession non interrompue de fondrières et de mauvais pas. « Certes . me

dit mon compagnon de voyage, pour essayer de faire diversion a ma tristesse , si jamais M. Giraud... trouve le bonheur dans ces lieux, il n'y arrivera pas par un chemin semé de fleurs.

— Des fleurs, répondis-je, M. Giraud... sait bien qu'il n'en trouvera pas une seule dans tout ceci. »

A notre arrivée, nous nous dirigeâmes vers la demeure du premier magistrat de la commune , autorité en sabots , qui nous reçut avec une abondante émission de f avions et de fêtions, dans une maison qui ne ressemble guère à l'hôtel du lord-maire de Londres ; et pourtant cette habitation avec celle d'un acteur de province retireront les plus beaux édifices de l'endroit. Quant à la masure renforcée qu'habitent les Val.., on peut, en l'honorant, la comparer à une prison où l'on est enfermé pour l'expiation de ses péchés, et c'est sans doute pour cette raison que les Val. . . et les Giraud. . . songent à s'y confiner. Mais si l'austérité de la retraite doit être proportionnée aux méfaits ,

ce doit être encore pour ces pécheurs un lieu de plaisance.

Le maire nous confirmaTabsence de Giraud. . , et le témoignage de nos yeux justifia le rapport de l'aubergiste. Un formidable plan de campagne, un système complet d'évolutions , était réservé aux perturbateurs de la cérémonie où mademoiselleVal.. devait se parer, pour la dernière fois, de cette couronne virginale qui lui était si bien acquise... Tant de choses dans ce pays me firent pitié que je m'empressai de revenir à Paris. Lorsque je rentrai chez moi, rue Bleue, on me dit que Giraud... était arrivé, qu'il était venu pour me voir. Sans me donner le temps de m'expliquer la cause de sa visite, je répondis : « Je vais aller coucher dans mon appartement de la rue Richer; apparemment il y couchera lui-même dans sa maison, et demain je pourrai l'entretenir.» Il n'en devait pas être ainsi. Je sortis avec une dame de mes amies, et nous nous dirigeâmes vers la rue Richer. J'allais pour avoir un entretien , ce fut un guet-apens que je trouvai. A peine étais -je entrée dans

l'appartement quej'avais loué, que trois hommes cachés derrière la porte, et parmi lesquels je reconnus Giraud... lui-même, se précipitèrent sur moi, me saisirent avec violence, et m'entraînèrent jusqu^n bas de l'escalier. Vous n'admirez pas, lecteur, cet exploit héroïque : se faire escorter de deux porte-faix pour expulser une femme ! Il faut convenir que le trait est noble, et qu'il donne une haute idée du brave cavalier qui Ta exécuté... Il avait raison , celui qui ne put jamais supporter en face le regard d'un homme d'honneur: c'était trop pour son courage,d'une femme armée de son bonnet de nuit.

Quant à la dame qui m'accompagnait, Giraud... lui prit les mains, les lui serra, et lui dit : « Et vous , madame , que vous ai-je fait , pour vouloir me faire du mal ?

— Mais , monsieur, répondit-elle , madame Jullemier ne vous veut faire aucun mal ; elle voulait seulement s'entendre avec vous, avant votre mariage , pour ce que vous lui devez : c'était bien naturel ! vous feriez beaucoup mieux de venir lui parler.

— Vraiment, vous êtes sûre qu'elle ne me voulait pas de mai?., m'aimerait-elle encore ?a dit-il en rajustant sa redingote... Et il se disposait à sortir, lorsqu'unedomestique des Val... se jeta sur son passage ^ et lui cria: *Ne sortez pas, monsieur , on veut vous tuer.

— Vous croyez?)) répondit Giraud..., puis il remonta promptement l'escalier, et s'enferma dans son appartement.

Ce n'est pas tout : le lendemain , notre valeureux champion courut chez le commissaire ; il déclara que j'étais venue loger dans sa maison tout exprès pour l'assassiner. ( Pauvre Giraud !... qu'il connaît peu notre siècle philosophique ! ne devait-il pas savoir que les meurtres amoureux ne sont plus de mode?) Je ne sais par quel argument il parvint a donner du poids à cette absurde déposition ; toujours est-il vrai que cet honnête magistrat l'accueillit avec une sollicitude toute particulière. Mais l'affaire, portée aux juges de référé . ne lut pas considérée sous le même point de vue au palais. Je laisse le spirituel rédac-

leur de la Gazette des Tribunaux raconter maintenant , avec toutes ses circonstances , la double victoire que je remportai devant des magistrats moins alarmés que notre bon commissaire sur la conservation d'un docteur, flanqué de deux satellites, et qui ne redoutait qu'une dame prête a se mettre au lit.

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