‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 101 sur 233 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

minoient selon leur dessein, vint encore retrouver 162imonsieur de Castelnaut, et lui ayant représenté l'importance de cette affaire, lui dit : Travaillons et ne perdons pas de temps, c est-à-dire que c'est un faire le faut. Puis il dresse avec lui l'ordre d'une sortie sous l'espérance que la mine fera son effet, mais aussi dans le cas contraire, pour tenter un grand effort et à force d'hommes, renverser lesdits corps de garde, en chasser les assiégeants, ou périr, ne voyant plus d'autre ressource que celle-là.

11 étoit déjà nuit, ce qui obligea monsieur de la Force à envoyer chercher les Consuls et autres des principaux qui étoient appelés au Conseil, lesquels étant venus, il leur dit : Messieurs, je ne vous ai pas envoyé chercher plus tôt , ni ne vous ai pas mandé de faire assembler le Conseil parce que fat cru les affaires en tel état qu'il étoit plutôt besoin de mettre la main à l'œuvre que non pas de délibérer ce qu'il y a à faire, ainsi voilà tordre que j'ai fait avec mon fils de Castelnaut ; je vous supplie qu'en diligence on se mette en état de V exécuter , c'est la seule ressource que nous ayons, et si nous perdons plus de temps, il sera impossible d'y réussir.

Monsieur de la Force a voit déjà acquis une telle créance généralement tant parmi les principaux que parmi le commun, qu'il suffisoit qu'il dit : //

i62i« faut que cela se fasse, tellement que sans raisonner et sans que personne y contredit, tous s'accordèrent à ce qu'il désiroit. Ainsi un chacun se retira pour aller travailler à ce qu'il y avoit à faire, et se mettre en état d'exécuter ce qui avoit été proposé ; ainsi toutes les troupes destinées à cela, se rendent avant la mi-nuit à la place, où l'on apprend que la mine est prête, bien qu'on n'y eût mis que cent vingt livres de poudre. Après avoir séparé ceux qui dévoient donner les premiers et désigné l'endroit par où chaque troupe devoit faire sa sortie, on fait la prière pour prier Dieu de vouloir bien bénir leur entreprise et les assister. Ils s'acheminent sur le lieu, où ayant mis le feu à la mine, elle fait si bien qu'elle emporta entièrement les deux corps de garde, et comme ils étoient faits et couverts de diverses pièces de bois, il n'est pas imaginable l'effet et le fracas que cela fit, et il n'v a point de doute qu'ils ne se préparassent à faire un effort le lendemain, car sous les ruines des corps de garde et entre les bois, il se trouva de morts et de brisés quatre-vingt-sept hommes armés de cuirasses, avec plusieurs autres.

Vous pouvez bien juger de là que ceux qui furent de la sortie, ne trouvèrent personne qui se pot opposer à leur dessein, et avec cela l'effroi fut si

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