‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 102 sur 233 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

grand que pas un ne se présenta pour faire résis- t62i. tance, si bien qu'ils chassèrent entièrement tout ce qui étoit dans cette tranchée et s'en rendirent absolument maîtres; ils s'y logèrent si bien que les assaillants ne s'essayèrent plus d'y revenir, et il arriva que le baron de Savignac et un autre nommé le grand Joas, qui étoit à monsieur de Castelnaut, eux deux seuls, poussèrent les assiégeants le long du Tescou jusqu'à un grand chemin où il y a un pont qui est sur icelui, et demeurèrent si longtemps à revenir qu'on croyoit qu'ils eussent été tués ou pris prisonniers.

Cela ne rabattit pas seulement le caquet à toute l'armée, mais aussi leur ôta bien la créance de pouvoir venir à bout de ceux de Montauban, voyant que l'espérance qu'ils avoient conçue de se rendre maîtres de la ville par ce côté-là, qu'ils l'avoient entièrement perdue, et aucune apparence de pouvoir regagner ce qu'on les avoit contraints d'abandonner.

Est à noter que monsieur de la Force voulut être présent à tout, pour ordonner ce qu'il y auroit à faire, vu que c'étoit un coup de partie, et il ne voulut pas s'en rapporter, comme l'autre fois, à ceux qui en avoient reçu le commandement.

Et ce ne fut pas seulement dans ce rencontre

1621- que monsieur de la Force s'attira les acclamations et la bénédiction et le cœur de tous ceux de Montauban, car tous les jours cela alloit en augmentant; jugeant bien que c'étoit par sa seule et sage conduite qu'ils s'étoicnt conservés, et qu'ils lui en avoient l'entière obligation, car il ne se faisoit rien dimporlant que par ses ordres, et il ne pouvoit aller en lieu où on le vît passer, qu'on ne priât Dieu pour sa conservation, et surtout les femmes ayant toujours ces mois en la bouche dans leur patois : Eh ! Diu nous consevé Vangéol! Il est très-véritable qu'il avoit acquis une si grande créance parmi eux, que quoi qu'il leur eût pu ordonner, ils l'eussent entrepris et taché de l'exécuter sans y apporter nulle sorte de précaution, car c'étoit assez qu'il dit: 77 faut faire une telle chose, pour les y obliger. Et voilà ce que c'est que d'être homme de bien et craignant Dieu, et de se soumettre toujours à sa volonté et espérer en sa miséricorde et en sa toutepuissance, avec celte assurance qu'il n'abandonne jamais ceux qui ont confiance en lui !

Considérez donc ce changement, c'est que lorsque monsieur de la Force vint à Monlauban, il y étoit en exécration, on ne parloit que de l'exterminer et ceux qui étoient avec lui, ayant cette mauvaise opinion qu'il ne venoit que pour les perdre

Page 1