‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 106 sur 233 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

enfin tout le quartier du Moustier plia bagage. Ils *«"• abandonnèrent entièrement leurs tranchées, euxmêmes y mettant le feu ; et ce qui est encore un peu étrange, c'est qu'ayant eu assez de loisir pour les en retirer, ils y laissèrent plusieurs blessés et malades qui n'en furent pas pour cela épargnés par ceux de Montauban, et il s'en voyoit d'iceux de si désespérés et enragés qu'ils se traînoient pour se mettre dans le feu.

Tout cela s'étoit passé avant le retour des députés de Castres; mais ceux qui conduisoient les affaires, ne se rebutent pas du refus que faisoient ceux de Montauban de ne se vouloir pas soumettre au traité qui avoit été arrêté avec monsieur de Rohan; ils demandent encore une conférence où monsieur le Maréchal de Chaulnes devoit se trouver, ce qui fut accordé encore, mais sans que cela produisît aucun effet. Monsieur de Chauvines leur voulant persuader que bien qu'on eût abandonné le quartier du Moustier, que ce n'étoit pas l'intention du Roi de lever le siège, qu'au contraire il étoit plus résolu que jamais de s'y opiniàtrer, leur représentant le grand pouvoir du Roi, l'impossibilité qu'il y auroit de lui résister, avec mille menaces, pensant les intimider; voulant même persuader aux députés que ce n'étoit pas lui qui avoit

1621. demandé de les voir, qu'au contraire, il étoit venu croyant qu'ils avoicnt dessein de se soumettre aux volontés du Roi, et qu'ils lui feroient pour cela des propositions qui pourroient être agréables à sa Majesté.

Mais tout au contraire les députés se parent de n'être venus là que parce qu'on les avoit requis de sa part, et pensant qu'on leur voulût faire des propositions pour les rapporter ensuite à leur communauté, s'excusant et se défendant de ce qu'il les avoit voulu blâmer, protestant qu'ils n'ont jamais eu d'autre désir que de témoigner leur fidélité par leur obéissance, et que sans les mauvais traitements qu'es autres lieux, ceux de la Religion avoient reçus, ils ne se fussent pas mis en état de s'empêcher d'être traités de même, qu'ainsi n'ayant plus rien à faire là, ils se retiroient.

Et comme l'entretien ne cessa jamais aux cornes de Montmiraf, il arrive que le sieur de Marsillac, l'un des entremetteurs et de ceux qui avaient accoutumé de parler, s'adressant à monsieur de Castelnaut sur le terrain et en présence l'un de l'autre, après plusieurs discours, lui demanda pourquoi est-ce qu'on n'avoit pas poussé ceux du Moustier quand ils se retiroient, et qu'on les avoit ainsi si librement laissés s'en aller/

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