CHAPITRE VU
naut avoit toujours mené les coureurs depuis qu'on *«>• étoit parti de Montauban, et conférant avec ceux qui étoient auprès de lui de ce qu'il y avoit à faire, voici qu'un d'entre eux s'offre daller à la nage, nonobstant le froid rigoureux, et que si les bateaux n'étoient pas gardés, qu'il s'assure qu'il en amènera quelqu'un. Ne voyant pas de meilleur ni de plus prompt moyen pour sortir de la peine dans laquelle on étoit, monsieur de Castelnaut accepte son offre et l'encourage. Il s'en acquitta si bien qu'il ne manqua pas de descendre un fort grand bateau, lequel ensuite on conduisit auprès d'un moulin, à quelques mille pas de la ville, où sans faire de bruit, ils passent une vingtaine et se saisissent du moulin ; monsieur de Castelnaut ayant déjà passé, monsieur de la Force et tout le reste de ce qui étoit avec lui continua de passer, mais comme il n'y avoit plus que dix ou douze chevaux sur l'autre rive, soudain on aperçoit durant l'obscurité de la nuit et dans une grande prairie qui bordoit la rivière, une quantité de bluettes de mèches qui venoient droit au passage, ce qui obligea monsieur de Castelnaut, quoiqu'il n'y en eût point, à crier fort haut : Moiisquelaires, repassez de delà ! ce que ceux qui venoient ayant ouï et ne pouvant avoir connoissance de la vérité, s'arrêtèrent et ne
i62i. s'avancèrent pas davantage, ainsi ce qui resloit eut le temps de passer.
Cependant voilà l'alarme bien forte dans Beaulieu quand ils apprennent comme quoi on avoit passé la rivière. Et parce qu'on étoit obligé en quelque façon de passer dans la ville ou le long des murailles à cause des montagnes et de l'incommodité des chemins, on leur envoya le neveu de monsieur de Vassignac pour leur demander civilement et en payant de pouvoir y repaitre ; mais c'est ce qu'ils refusèrent absolument, ce qui obligea de renvoyer derecbef chez eux et leur déclarer que ce qu'on n'avoit pas voulu accorder de bon gré, on le leur feroit faire par force, et qu'au reste il n'y auroit nulle sorte de mauvais traitements qu'on ne leur fit éprouver; que meshuy ils étoient les maîtres de la campagne, et qu'ainsi on n'avoit plus besoin de leur consentement ni assistance, qu'ils avisassent donc s'ils aimoient mieux donner libre passage, ou qu'on mit le feu partout.
Cela les fit un peu songer à eux, et ils virent bien qu'ils n'étoient pas en état de pouvoir empêcher le mal dont on les menaçoit, ainsi ils aceoidèrent bien le passage, mais que ce seroit aux conditions qu'on ne s'unvtcroit pas dans leur ville et qu'on passerait outre : à quoi aussi mon-