‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 122 sur 233 · CHAPITRE vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE vn

sieur de la Force consentit. On passa donc, mais "21. ce ne fut que pour aller à environ une mousquetade de là, où on trouva quelques maisons assez • bonnes, il y avoit de quoi faire repaître les chevaux, et du pain et du vin pour les personnes. Il n'étoit pas encore soleil levé, monsieur de la Force se mit sur un lit tandis qu'on faisoit repaître, et une partie de ses gens se mirent en sentinelles sur les avenues pour n'être point surpris ; on n'y fit pas plus de séjour qu'une heure et demie afin de ne pas donner temps ailleurs d'apprendre notre passage, le pays montueux étant si favorable pour cela qu'il eût été facile de l'empêcher, et d'ailleurs presque tout le chemin et du haut des montagnes, il y avoit toujours des gens qui nous saluoient à coups de mousquets; même auparavant passant près d'un château, il en sortit une vingtaine d'hommes qui à la faveur des murailles et des haies nous suivoient à coups de mousquet, et quoiqu'on leur opposât quelques coups de carabine, cela ne pouvoit les obliger à se retirer, et bien qu'on les menaçât de mettre le feu partout, ils ne s'arrêtoient point pour cela. Ainsi on fut contraint de mettre le feu à une' maison , ce que voyant et appréhendant qu'on en fit ainsi du reste, ils se retirèrent. Nous continuâmes donc notre chemin et allâmes

1621- coucher à l'Hôpital, bourgade de la Vicomte', qui est très-bonne, et le lendemain on se conduisit à Carlux où monsieur de Bourzolles se trouva sur le chemin avec quelques-uns de ses amis, et de là le lendemain à Castclnaut où monsieur le Marquis de la Force étoit. On y arriva à soleil couché, et monsieur de Castclnaut qui avoit envie de revoir sa famille, jugea qu'il ne pouvoit mieux prendre son temps, parce que si leur arrivée dans le pays eût été sue, tout y eût été en alarme, et il lui auroit été assez difficile de pouvoir se conduire chez lui sans escorte. Ainsi donc il part à l'heure même et ne prend qu'un homme à cheval avec lui et un autre pour lui servir de guide jusqu'au delà de Belvèz, se promettant après cela, nonobstant l'obscurité de la nuit, de se conduire, comme il fit, évitant de passer dans Montferrand et autres lieux habités, pour plus de sûreté et n'être pas découvert.

Il arrive à Cugnac à deux ou trois heures après minuit, et ne se voulant pas donner à connoilre, il eut quelque difficulté à se faire ouvrir la porte. Qui fut bien surpris et étonné? — Ce fut les dames du lieu, et encore plus saisiesd'appréhension, craignant qu'il ne pût être en sûreté, et que dès que l'on auroit appris son arrivée que monsieur d'Elbœuf qui étoit à Bergerac avec toutes ses troupes es envi-

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