CHAPITRE VU
rons, ne manquèrent pas de venir à Cugnac pour 1&U l'assiéger, vu que la maison étoit d'une foible défense, et à toutes forces elles vouloient obliger monsieur de Castelnaut à s'en retourner sans y faire de séjour, à quoi il ne voulut pas consentir; et en effet tant il y a peu d'affection et de fidélité parmi les peuples, et à cause que ceux de la Religion étoient haïs de tous les Catholiques romains, et ils avoient tellement cru et désiré leur perte, qu'il ne manqua pas de se trouver des messagers qui dès le lendemain matin eurent donné connoisance à Bergerac, comme quoi monsieur de Castelnaut étoit arrivé à Cugnac et tout seul; mais tant s'en faut qu'il eût sujet de rien appréhender que le seul bruit de monsieur de la Force à Castelnaut avoit tellement alarmé monsieur d'Elbœuf et tout le pays (tant la réputation d'un homme fait d'effet ! ) que bien qu'il y fût seul, on croyoit qu'il avoit une armée avec lui ; à la vérité ils dévoient tous croire qu'il n'y étoit pas venu sans dessein et sans bien s'assurer des moyens qu'il avoit de pouvoir entreprendre quelque chose. Ainsi ils songeoient plutôt à ôter les moyens qu'on ne pût leur faire du mal qu'à entreprendre sur les autres, et ils n'avoient encore rien fait ni contre ceux de Sainte-Foi ni ailleurs, bien qu'ils eussent de bonnes troupes à la campagne.
i62i. Au bout de huit jours, monsieur de la Force ayant assemblé quelque petit nombre de gens , se nsout de partir et d'aller à Sainte-Foi. Pour cet effet, il vint passera Cugnac; il étoit arrivé aussi qu'un capitaine nommé Monlong s'étoit saisi de Moncucq où il n'y avoit qu'une méchante masure, mais l'assiette assez bonne, et il s'y étoit placé de façon qu'il y eût eu de la peine à l'ôter de là; ce lieu étoit justement entre Bergerac et Sainte-Foi, tellement qu'à la faveur de cette petite garnison, monsieur de la Force s'imagina que cela favoriseroit son passage, duquel il leur avoit donné avis, comme aussi à ceux de Sainte-Foi afin qu'ils se tinssent prêts et envoyassent des gens sur les avenues de Bergerac pour découvrir s'il en sortiroit des gens de guerre afin de s'opposer à sa marche, ce qui leur eût été facile.
Il part donc de bon matin de Cugnac, ayant six grandes lieues de chemin à faire, sans compter les détours nécessaires pour éviter les mauvais rencontres, et il se conduisit fort heureusement sans avoir reçu la moindre alarme du monde. Ceux de Bergerac ne s'étant mis en nul devoir de lui empêcher le chemin, car comme j'ai déjà dit, il étoit assez seul, la plupart de e< u\ qui l'avoient accompagné en venant de Montauban pour son escorte ,