‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 126 sur 233 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

noient pour les lui montrer disoient : Les voilà , "22. les voilà ! Et monsieur de Castelnaut répondoit toujours : Oà donc? je ne les vois pas. Enfin il dit : Je vois bien dix ou douze bœufs que des hommes louchent devant eux, mais je ne vois pas autre chose. Et ce fut tout. Lors encore après cela il défendit très-expressément que personne n'eût à quitter son rang, ou autrement qu'il le tueroit.

Ceux qui étoient allés à Monflanquin, revinrent et rapportèrent que ce que ces paysans avoient dit étoit très-vrai; qu'ils avoient rencontré deux ou trois de ces messieurs entre autres rcfessieurs de la Mothe, Hédre,Pedelmas et la Tour qui en étoient sortis et se retiroient.

Voyant cela, monsieur de Castelnaut jugea bien qu'il n'y avoit rien autre chose à faire qu'à se retirer. D'ailleurs il étoit déjà nuit, et il avoit bien sujet d'appréhender pour son retour, et que les lieux par où il avoit passé, se seroient rassurés et auroient reconnu le petit nombre de gens qu'il menoit avec lui; mais étant par nécessité contraint de prendre ce parti, il met l'infanterie devant et fait la retraite avec le peu de gens de cheval qu'il avoit, mais il n'eut pas fait grand chemin que cette mauvaise infanterie ayant aperçu quelque nombre de bétail et de brebis dans une bruyère, ils s'ima-

1622. ginèrent encore que c'étaient des gens qui les attendoient, et commencèrent à vouloir prendre la fuite ; monsieur de Castelnaut accourut soudain, les remit de leur terreur panique et les conduisit enfin jusques dans des villages proches de Cugnac où il les laissa pour repaître, faisant dessein de s'acheminer le lendemain avec eux à Sainte-Foi. Mais il fut bien étonné quand croyant partir, il apprit que la nuit tout le monde s'en étoit allé, et la plupart avoient laissé leurs armes; voilà comment il ne fait pas toujours bon de se fier à toutes sortes de personnes.

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