‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 129 sur 233 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

lui, le pourroit presser, il avoit mandé à monsieur «22. de Montpouillan qui commandoit les troupes es environs de la rivière de l'Isle, et qui ayant changé de logement s'étoit fort éloigné, de venir avec quelque infanterie pour favoriser la retraite; mais d'ailleurs le temps fut si rigoureux et si froid qu'il ne se put rendre au lieu qui lui avoit été ordonné, et aussi, comme on fut près de Bergerac, le jour commença à paroître; ce qui les obligea à s'en retourner, sans que ceux de Bergerac qui lepouvoientbien avoir appris, ayant même rencontré des soldats de la garnison qui s'étoient retirés à leur approche, ni sans que personne sortît pour les poursuivre. Avec cela monsieur de Théobon témoignoit toujours qu'il avoit quelque mal de cœur, quoique du côté de monsieur de la Force on ne lui en donnât nulle sorte de sujet; il étoit poussé à cela par quelques flatteurs, comme je l'ai dit, outre qu'il avoit toujours eu des pratiques tant avec monsieur le Duc de Luxembourg que depuis avec monsieur le Duc d'Elbœuf, étant sollicité de parachever les desseins et intelligences qu'il entretenoit avec eux au moyen d'un nommé Montmartel qui dès son jeune âge avoit toujours été auprès de lui en qualité de gouverneur.

Il y avoit aussi toujours des solliciteurs et des

1622. entremetteurs qui ta choient à gagner et à corrompre tout autant de gens qu'ils pouvoient; il arriva donc qu'un soldat leur promit de faire brûler les poudres et de mettre le feu aux magasins, et s'y étant disposé, il fut surpris et jeté en prison; mais la nuit après monsieur de Théobon trouva moyen de le faire évader, et le voulant faire sauver par dessus les murailles, une sentinelle le découvrit et l'en voulut empêcher; le sieur de Théobon lui donna un coup d'épée sur la tête de quoi il mourut peu de jours après. Voilà ce qui confirma le soupçon qu'on avoit contre ledit sieur, et particulièrement ceux de la ville en firent grande rumeur, mais la prudence de monsieur de la Force apaisa tout cela.

Ce qui fut cause même qu'il se tint un conseil secret de quelques-uns, et entre autres le Vicomte de Castets représenta la dangereuse conséquence qu'il y avoit de souffrir des personnes qui entretenoient des intelligences avec ceux du contraire parti , et qui avoient de leurs domestiques auprès d'eux, et qui pouvoient causer un si grand préjudice et même la perte et la ruine de tout le parti, disant de plus à monsieur de la Force qu'il ëtoit nonseulement responsable devant le monde puisqu'il avoit l'autorité en main, mais même devant Dieu.

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