‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 130 sur 233 · CHAPITRE 'Vin. 3/l · texte numérisé non relu

CHAPITRE 'Vin. 3/l

Ce n'est pas que monsieur de la Force ne jugeât 1622l'importance de l'affaire, mais il vouloit éviter toute sorte d'extrémités, et plusieurs considérations le retenoient, se promettant aussi que par sa prudence et bonne conduite, il empêcheroit qu'il n'en arrivât le mal et les inconvénients qu'on avoit sujet d'appréhender.

Cependant voici que de nouveau monsieur de Castelnaut ayant eu avis que les quatre cents hommes qui étoient entrés dans Monflanquin, s'étoient retirés , cela lui fit reprendre son dessein non-seulement sur Monflanquin, mais même sur Tournon ; et bien qu'il y eût quelque garnison, et qu'ils avoient fait un petit réduit, néanmoins il crut qu'il seroit facile de les en chasser , puisqu'on pouvoit assez aisément se saisir de la ville. Il envoyé donc vers ces messieurs de Monflanquin pour les prier de vouloir continuer à l'assister et se préparer pour cela, lesquels lui renvoyèrent pour lui dire qu'il y avoit même un homme qui offroit avec une saucisse de faire sauter la principale maison du réduit.

Cette place étoit très-bonne et aussi fort importante pour pouvoir par le moyen d'icelle, faciliter la communication avec ceux de Montauban, n'y en ayant pas de plus proche. Il fut donc proposé et résolu que monsieur de Castelnaut prendroit cet

ZUh MÉMOIRES DU MARQUIS DE CASTELNAUT.

i62î. emploi, cependant il avoit bien encore un autre dessein plus important qui étoit sur Bergerac, mais pour lors très-malaisé de le pouvoir exécuter, attendu que monsieur d'Elbœuf étoit dedans avec quantité de monde et toutes ses troupes es environs, car autrement s'il n'y eût eu que la garnison ordinaire, la chose étoit non-seulement possible, mais infaillible.

L'affaire donc de Tournon résolue, il fallut se disposer et pourvoir aux moyens de l'exécuter. Des troupes qui étoient es environs de Sainte-Foi, on ne pouvoit pas s'en servir, et il eût été très-difficile de les y conduire sans danger; ainsi donc il falloit s'en procurer d'ailleurs; voici que des capitaines du côté de Clairac, Tonneins et Castelmoron s'offrent de mener deux cents hommes de pied pour cette entreprise, outre ce que ceux de Monflaiiquin s'engagèrent de fournir. Chacun demande le temps qu'il croit nécessaire pour faire leurs gens.

Ceux de Monflanquin promettoient d'ailleurs de donner les bateaux et d'assurer le passage de la rivière du Lot. Monsieur de Castelnaut quelques jours après, se rend à Cugnac pour y rassembler le peu d'amis qu'il pourra. Les sieurs de Solmignac el Richomme lui foui environ quelque soixante hommes de pied; monsieur de Campagnac et ceux de

Page 1