CHAPITRE VIII
Montpazier avoient promis de venir avec quelque îm. nombre de cavalerie, mais néanmoins tous ces genslà ne purent être prêts au temps qu'ils avoient demandé, si bien qu'il fallut que monsieur de Castelnaut prît patience encore huit jours.
Le jour, l'heure et le lieu du rendez-vous fixés, il se rend à soleil couché sur la rivière du Lot avec environ soixante chevaux et autant de gens de pied, mais il fut bien étonné lorsqu'il ne trouva personne au rendez-vous; ii attend jusqu'à minuit sans en voir venir un seul. Cela fit résoudre monsieur de Castelnaut à se retirer proche de là chez monsieur de Pedelmas qui étoit du nombre de ceux qui avoient promis ; il y demeura encore bien deux heures sans voir personne, enfin le maître delà maison arriva, et ensuite d'autres de ces messieurs.
Leur excuse fut d'abord celle de monsieur d'Auripech : qu'il avoit laissé le soin d'assembler des gens et de s'assurer des passages à messieurs de la Tour, de Pedelmas etdeBoudou, tandis qu'il avoit été occupé à mieux reconnoitre l'état de ceux de Tournon et se mieux instruire du chemin et du lieu par lequel il devoit conduire l'entreprise. L'excuse des autres ensuite fut que n'ayant osé tenir si longtemps les bateaux à l'endroit où devoit être le passage de peur d'être découverts, ils les
1622 avoient fait monter plus haut, et que monsieur de la Poujade s'en étoit saisi; qu'ils avoient bien cherché à les ravoir, mais qu'on les avoit conduits à Fumel d'où il avoit été impossible de les rattraper, qu'ainsi tout cela avoit été cause que personne ne s'ëtoit trouvé au rendez-vous.
Après cela ils proposent tous de s'aller saisir de la maison de monsieur de la Poujade où on trouveroit beaucoup d'argent, des armes et toutes sortes d'autres commodités, mais c'est à quoi monsieur de Castelnaut ne voulut jamais entendre, disant qu'il ne vouloit pas être le premier à s'attaquer aux maisons de gentilshommes, cela ne s'étant pas encore pratiqué ni d'un côté ni de l'autre.
Voyant donc leur entreprise manquée, monsieur de Castelnaut se résolut de s'aller jeter dansMonflanquin, bien que ce fut un lieu ouvert de tous côtés, les fortifications qui y avoient été ci-devant faites, entièrement ruinées, et les murailles démolies et rasées jusques aux fondements, y avant quatorze brèches et en des endroits, de plus de cent cinquante pas; d'ailleurs il n'y avoit jamais eu de fossés, la situation et le rocher ne le pouvant permettre.
Et ceci servira pour faire voir comment de la part du Roi, on ne tenoit rien de ce qui avoit été promis.