CHAPITRE Tin. 3V
A peu près vers ce même temps, et lorsque les *««• quatre cents hommes de la garnison de Clairac eurent abandonné Monflanquin, tout le voisinage avoit envoyé vers monsieur d'Elbœuf pour avoir permission de raser et mettre le feu dans Monflanquin, déjà même le sieur de Cadrech des Arros en ayant reçu la commission, alloit s'y acheminer pour cet effet, et devoit être assisté de messieurs de Villeneuve, de Sainte-Livrade,Casseneuil et Cancon, mais comme il apprit que monsieur de Castelnaut s'étoit jeté dedans, il jugea bien qu'il ne lui seroit pas facile d'exécuter son dessein, car bien que ledit sieur n'y fût entré qu'avec fort peu de gens, il se persuada néanmoins tout le contraire.
D'abord que monsieur de Castelnaut fut dans Monflanquin, son principal soin fut d'aviser aux moyens de s'y pouvoir conserver, ce qui fut trouvé comme impossible ou au moins très-difficile ; mais s'y étant engagé, il se crut obligé de travailler à s'y maintenir. De songer à recommencer à réparer les brèches des murailles, c'eût été une besogne de trop longue haleine pour l'entreprendre; de travailler à la terre pour s'y mettre à couvert et y faire quelque défense, n'étoit guère plus expéditif ; si bien que monsieur de Castelnaut se trouvoit dans un grand embarras, ne sachant l'heure où il pourroit
être attaque, et s'imaginant que difficilement le souffriroit-on là.
J'oubliois à dire que tant monsieur de Campagnac que messieurs de Montpazier qui vinrent avec lui, n'arrivèrent que le lendemain, quoique peu en nombre, et de gens de cheval seulement, comme aussi ceux qui venoient du côté de Chirac et de Castelmoron au nombre de quelque cent vingt hommes.
Monflanquin est bâti sur un haut, partie sur le rocher ou pour le moins y ayant fort peu de terre; la montée d'un côté en est assez droite et difficile, avec cela il ne s'y rencontra pas un endroit propre à se retrancher ni maison capable de se pouvoir fortifier, et pour faire un réduit où l'on put se retirer, tellement qu'il se fallut résoudre à garder toute la ville, chose d'abord assez malaisée et avec si peu de gens et si mal armés, car il falloit que ceux qui étoient en garde et sortants, laissassent leurs armes à ceux qui entroient en garde à leur place .
Enfin pour se mettre en meilleur état, monsieur de Castelnaut met tout le monde en besogne, il commence à faire lui-même et à faire faire, sur le haut et au bord du penchant de la montagne, des demi-lunes de muraille sèche, se trouvant assez de matière sur le lieu à cause de la démolition, et cela