‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 134 sur 233 · CHAPITRE VHL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VHL

Rambures, Gouverneur de Bergerac, sollicite mon- «»• sieurd'Elbœuf,etle presse fort d'aller assiéger le château de la Force, qui n'est qu'à une lieue de ladite ville et sur le bord de la plaine, maison qui n'a été bâtie que pour le plaisir, et où quelques pauvres gens s'étoient retirés pour être hors du bruit de la guerre. Ainsi sur les difficultés qu'on lui représentoit de pouvoir facilement venir à bout de Monflanquin, monsieur d'Elbœuf fut très-aise d'avoir cette excuse pour changer de dessein, et s'en retourna à Bergerac, où la proposition étant faite d'aller attaquer le château de la Force, plusieurs Seigneurs qui étoient là auprès de lui, s'y opposent ; entre autres monsieur de Bourdeille ' qui désiroit d'éviter la ruine de cette maison, ne la jugeant pas capable d'attendre le canon, voire même comme ayant été de tout temps ami de monsieur de la Force, demanda qu'il lui fût permis d'envoyer vers lui ; sur quoi monsieur de Rambures demanda que la maison lui fût remise entre mains ; à quoi le sieur de la Force répondit qu'il ne savoit pourquoi on en vouloit à sa maison, puisque d'icelle il ne s'étoit jamais fait la guerre, et consentoit à ce que monsieur de Bourdeille y mit un de ses amis

1 II était Sénéchal et Gouverneur du Périgord.

iu«. dedans pour être témoin des actions de ceux qui y demeuroient; mais monsieur de Rambures persiste à vouloir que le château lui fût remis. Monsieur de Chambret y est envoyé, et quoique monsieur de la Force offrit de le remettre entre les mains de monsieur de Bourdeille, on ne se contenta pas de cela, et après plusieurs allées et venues, monsieur de Chambret rapporte qu'on étoit résolu de l'aller attaquer, et monsieur de la Force lui repart qu'il ne se soucie pas de la perte de sa maison, mais qu'il l'assure qu'il la secourra et qu'il contraindra ceux qui l'attaqueront à se retirer honteusement. Tandis que monsieur de Montpouillan étoit entre les deux rivières de Dordogne et de l'Isle pour y faire vivre les troupes et lever quelques contributions, s'il eût pu, il commanda à la Mothe Gaschon qui étoit de son régiment, de se saisir de Montravel ' et de s'y fortifier, ce qu'il fit, la place en étoit assez bonne et très-favorable pour Sainte-Foi, et un lieu propre à pouvoir faire la guerre.

Voilà que monsieur d'Elbœuf avec toutes ses forces et messieurs de Rambures, de Bourdeille, les Comtes de Lauzun, de Gurson et de Ribérac et

1 La Mothe-Montravel, petit bourg situé près de la Dordogne, entre Sainte-Foi et Chàtillon.

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