‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 135 sur 233 · CHAPITRE VHJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VHJ

autres, emmena quatre canons pour assiéger le 16i3 château de la Force, dans lequel véritablement on avoit jeté une vingtaine d'hommes, outre ceux qui s'y étoient réfugiés qui aussi n'étoient pas gens de grande défense, et réellement la place bien attaquée pouvoit être forcée et emportée d'emblée sans qu'il fût besoin de canon. Néanmoins monsieur dElbœuf ne laissa pas de demeurer quatre jours devant et d'y faire tirer deux cent soixante coups de canon, et il y eut un pavillon percé tellement qu'il n'avoit plus qu'à tomber.

Il ne peut se dire les cruautés qui furent exercées durant le siège contre quantité de pauvres gens qui n'avoient eu le temps ni la commodité de sortir de là; entre autres on fit mourir une femme à force de la violer, et on fit brûler dans de la paille un vieux homme de quatre-vingts ans qui étoit en enfantillage et n'avoit bougé du lit, il y avoit plus de dix ans ; toutes les écuries et les grandes brûlées et toutes les maisons du bourg, même le jardin qui étoit assez beau , les arbres en furent coupés, et le feu fut mis à une allée de cyprès aussi belle qu'il s'en pouvoit voir.

Mais monsieur de la Force craignant encore que ceux qui étoient dans le château ne s'étonnassent, leur envoya un gentilhomme béarnois pour les iv. 23

i6w assurer qu'il les secourra, et les obligera tenir bon. 30 janvier. DeS le soir même il se présente à la vue du château avec quelque nombre de cavalerie, et leur crie de nouveau qu'il est là pour les secourir, puis il se logea dans la plaine à un bourg assez proche du château.

La nuit étant venue, il envoie quelques cavaliers tant du côté du tertre que de la plaine pour reconnoitre en quel état se trotfvoient toutes choses; étant résolu de faire un effort contre eux, son dessein étoit de les attaquer du côté du haut, mais voici que ceux qu'il avoit envoyés de ce côté-là, rapportent qu'on avoit mis le feu partout, et qu'ils délogeoient avec un extrême désordre, tout s'en allant en déroute.

Ceux qui avoient été reconnoitre du côté de la plaine, rapportent la même chose , voire que le bruit qu'ils faisoient, étoit si grand qu'on l'entendoit partout; il est vrai que ceux-là n'avoient pas poussé assez avant et s'étoient contentés d'aller jusques vis-à-vis du château sans passer outre, et avoient eu hâte de s'en revenir pour donner avis du décampement. Ce qui obligea monsieur de la Force de monter promptement à cheval avec tout • .• <ju*il | ut de sa cavalerie, et de s'acheminer dans la plaine, à dessein de leur donner BUT la queue;

Page 1