CHAPITRE Vin
aise de les engager et de convier tout le monde et tm. particulièrement ceux de la Religion à prendre les armes) , qu'il vouloit bien les préférer en leur laissant à exécuter, quoiqu'il leur en donnât les moyens, les entreprises que lui-même pourroit avoir, leur offrant encore de leur découvrir la manière dont il prétendoit les faire réussir.
Voici donc que ces messieurs lui renvoient un Pasteur qu'on ne nomme pas, et lui apprennent que c'est à Clairac qu'ils en veulent ; il se rencontre que c'est le même dessein que monsieur de Castelnaut y avoit , mais en s'acquittant de sa promesse, il leur envoie les sieurs d'Allègre, Biau, Belesta, 21 février. et Jonia avec environ deux cent cinquante à trois cents hommes; et le même jour qu'ils partirent de Monflanquin, ils exécutèrent la nuit après leur entreprise, en cette façon, savoir : les sieurs d'Espans, Biau et l'enseigne de Belesta furent ordonnés avec trente hommes pour donner dans un trou que mademoiselle de Galliac avoit fait dans sa maison qui étoit sur la muraille de la ville, résolution remarquable pour une femme. Aux approches, ils furent découverts par une sentinelle, laquelle jeta l'alarme partout avant qu'ils n'entrassent, mais les susnommés n'hésitèrent point pour cela à donner, et étant une fois entrés dans la ville qui
1622. est assez petite, commencèrent à crier : tue, tue, ce qui met une si grande épouvante parmi eux que presque sans résistance ils se rendirent les maîtres, après avoir tué une partie de la garnison qui étoit de plus de quatre cents hommes, et pris à composition quelques-uns qui s'étoient barricadés dans un coin, mais ce ne fut pas sans beaucoup de perte pour les entrepreneurs, puisque le sieur d'Espans qui étoit très-brave, y fut tué et l'enseigne de Belesta. Voilà donc ce que peu de gens braves^ et bien résolus peuvent faire puisque trente hommes seulement se sont rendus maîtres d'un si .«ïrand nombre; il est vrai que c'étoit la nuit, et que ceux de Clairac ne pouvoient pas savoir combien les attaquoient; mais quoique ceux-ci envoyassent vers monsieur deLusignan, il demeura toujours dehors avec tout le reste, et ne leur voulut jamais envoyer personne; il n'avoit pas presque d'autres gens que ceux que monsieur de Castelnaut lui avoit donnés, et n'entra dans la ville qu'elle ne fut entièrement gagnée. Monsieur Duduc entre autres, Conseiller au Parlement de Bordeaux, y fut fait prisonnier; c'est lui qui depuis par ses pratiques fut cause et de la perte de Tonneius et de beaucoup d'aulrcs désavantages qui arrivèrent au parti de ceux de la Religion, comme il se dira plus tard.