CHAPITRE IX
quoi soudain aussi monsieur de Castelnaut donne i«». connoisance à ceux qui étoient à Granges, en leur mandant qu'il s'en alloit à eux; et faisant préparer en diligence tant ce qu'il y avoit de la compagnie de monsieur de la Force que de la sienne , il fait mettre pour passer la rivière celle de monsieur de la Force devant, laquelle étant passée alla prendre sa place dans la plaine au-dessus du village de Granges. Et tandis que monsieur de Castelnaut s'occupoit de faire passer sa compagnie , il reçoit une lettre de monsieur de la Force par laquelle il lui commandoit d'aller trouver messieurs de Lusignan, de Beynac, de Théobon et autres , de leur dire que s'ils jugeoient de la difficulté à pouvoir bientôt prendre Granges, qu'il les prioit de n'y vouloir pas s'opiniâtrer , d'autant plus que cela n'en valoit pas la peine, et qu'étant privé de leur assistance et des forces qu'ils avoient, cela pourroit beaucoup préjudicier aux affaires de Tonneins. Monsieur de la Force écrivoit aussi pareille chose auxdits sieurs, ce qui lit que monsieur de Castelnaut donnant ordre de faire passer ces gens en toute hâte, alla lui-même trouver ces messieurs, et les ayant assemblés, comme ils commençoient à délibérer de ce qu'ils avoient à faire, ils apprennent que l'ennemi paroît à la vue de Granges,
376 MÉMOIRES DU MARQUIS DE CASTELiNAUT.
1622. qu'il étoit déjà assez près et qu'il s'avançoit toujours; ce qui leur fit rompre leur conférence pour aller s'opposer à eux, à quoi ces messieurs jusqueslà, quelque avis qu'ils en eussent eu., ne s'étoient point préparés, s'imaginant qu'ils ne feroient autre chose que ce qu'ils avoient fait le jour avant; ils les méprisoient môme sur ce qu'ils savoient qu'en partie ce n'étoit que populace ramassée, quoiqu'il y eût de braves gens qui les conduisoient.
La plus grande partie de sa troupe ayant déjà passé la rivière, monsieur de Castelnaut se résolut de sortir avec cela à la campagne pour y attendre le reste et voir cependant quel ordre et quelle contenance ces gens-là tenoient; mais il fut tout étonné , quand au sortir du village , il les vit en très -bon ordre, et qui avoient déjà envoyé plusieurs des leurs pour escarmoucher et attaquer la compagnie de monsieur de la Force, et même ils y tuèrent le trompette. Cette compagnie se voyant seule à la campagne et sans assistance, fit le caracol et se retira un petit à la faveur d'une haie.
Les ennemis en deux gros bataillons et un escadron de cavalerie, marchent toujours en bon ordre et au grand pas, s'avançant du côté de Granges, les bataillons d'environ mille hommes chacun , <i l'escadron décent maîtres bien armés, qui étoit la