‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 147 sur 233 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

compagnie du sieur de Miremont ! de Caslelnau de 162î- Chalosse, avec quelques autres gentilshommes des environs de Villeneuve. Monsieur de Castelnaut s'achemina au petit pas droit à la place que la compagnie de monsieur de la Force avoit quittée, et ce pour donner le loisir à ceux de Granges de sortir, ce que voyant les ennemis, soit que ce fut leur dessein de ne pas aller plus avant, ils commencent à ne marcher plus si vite, et peu après s'arrêtent tout à fait.

Monsieur de Castelnaut sa voit hien que les gens de pied en quelque nombre qu'ils puissent être, redoutent toujours la cavalerie en rase campagne, notamment ceux qui ne sont encore ni hien disciplinés ni aguerris, et surtout lorsqu'il y a de la populace et des gens fraîchement levés comme ceux-là, qui volontiers encore qu'ils aient de bons hommes qui leur commandent , ne leur obéissent pas toujours; il jugea donc, et le dit à ceux qui étoient auprès de lui, qu'assurément ces gens-là ne tiendroient pas bon et ne les attendroient pas : et je veux perdre la vie, ajouta-t-il, pour peu que nous

1 II était fils du Baron de Caslelnau de Chalosse, protestant converti au catholicisme, et Gouverneur de Mont-de-Marsan, qui se révolta le 2 mai 1622, à l'instigation du Baron d'Arros et des Religiounaires du Béarn.

continuions à marcher, s'ils ne s'en vont, car il me semble qu'ils commencent déjà à branler au manche. Et sur cela il se mit à doubler le pas en disant toujours, ils tournent tête ! ils s'en vont !

Les ennemis le voyant venir au trot, ne l'eurent pas sitôt reconnu qu'ils se repentirent de s'être si fort avancés, car leur dessein n'étoit que de se venir loger à un village qu'ils avoient laissé derrière eux, et où il y avoit de grands chemins bien fossoyés j mais comme ils n'avoient vu personne à la campagne, ni qui se mit en devoir de s'opposer à eux et de leur faire tête, ils se persuadoient facilement qu'ils ne trou veroient pas de résistance, mais voyant bien que tout de bon monsieur de Castelnaut alloit à eux , ils tournent le dos avec quelque confusion et désordre ; ce qui étant aussitôt reconnu par monsieur de Castelnaut, il hâte encore davantage le pas, les charge et se mêle avec eux à l'entrée du prand chemin et du village; en même temps la compagnie de monsieur de la Force, commandée par monsieur de Tonneins, le voyant charger, s'étoit aussi avancée, monsieur de Castelnaut lui cria de donner sur l'infanterie qui s'étoit toute mise en déroute, tandis que lui s'adressa à la cavalerie, ne pensant plus qu'il pût lui arriver de mal que de ce côté, car cette cavalerie s'étoit maintenue jusques-là.

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