CHAPITRE IX
monsieur de Gastelnaut reconnut fort bien à la ,622parole, cria plusieurs fois : Tournons et donnons , car ils ne sont que sept! sans qu'il les y pût jamais obliger, tant il y a d'apparence que la peur les avoit saisis, et s'ils eussent tourné, c'est sans doute qu'ils les auroient bien mis en peine, et peut-être eussentils pu faire aussi grand échec sur toutes leurs troupes qu'ils auroient toutes trouvées débandées , un chacun s'amusant à poursuivre et à tuer les fuyards. Finalement monsieur de Miremont continua son chemin, et monsieur de Castelnaut après avoir fait rendre grâces à Dieu (par monsieur de Laurec de Baccalan qui fit la prière), de la victoire et du bon succès qu'il lui avoit donnés ' , se retira
1 L'historien Dupleix attribue la défaite de la Noblesse et de la commune qui s'étoit soulevée des environs de Villeneuve, de Casseneuil, Montpezat, et autres lieux, et de la compagnie de cavalerie de M. de Miremont de Castelnau de Chalosse , qui étoient venues pour secourir Granges, à M. de Lusignan, et lui donne tout l'honneur de • ce combat, ce qui est entièrement contre la vérité ; car ni lui ni ceux qui étoient avec lui à ce malheureux petit siège ne s'étoient pas seulement préparés ni mis en état de s'opposer à eux, nonobstant l'avis que M. de Castelnaut leur avoit donné de leur venue; car avant que M. de Lusignan et ceux qui étoient en celte troupe ne sortissent du village, cette populace et ceux qui étoient avec eux, avoient été non-seulement mis en déroute, mais entièrement défaits; et il se peut dire en vérité que ni lui ni pas un de ceux qui étoient n sa compagnie n'auroient pas vu seulement un des ennemis en vie, s'ils n'avoient été faits prisonniers, et que le dessein qu'ils avoient eu sur Granges étoit seulement pour profiter du bled et des autres
i«2- aussi, et sur son chemin, il rencontra monsieur de Lusignan et plusieurs de ces autres messieurs, et apprit que monsieur de Tonneins avoit continué à poursuivre cette infanterie jusqu'au Temple * , et encore avec cela il voulut voir s'il n'auroit pas besoin de son assistance , mais il trouva la défaite entière, car comme vous le pouvez imaginer ceux qui étoient dans le village de Granges, commençant à sortir, soit à pied soit à cheval, et voyant tout le monde en déroute et s'enfuyant , un chacun se hâtoit pour avoir part à la défaite. Ils en tuèrent un bon nombre, et il s'en trouva dans un petit champ jusqu'à quatre-vingts de morts: ils en firent aussi brûler plusieurs qui pensant se sauver, s'étoient retirés dans des granges, et les poursuivirent jusqu'au Temple. On faisoit état qu'il y en eut bien huit cents de morts; et de notre côté il n'y eut qu'un trompette qui étoit à monsieur de la Force et deux autres de blessés, ainsi que le capitaine
commodités qui étoient dedans, la prise de ce lieu-là ne pouvant d'ailleurs revenir à nulle autre sorte d'utilité; et ce siège avoit été aïsez paisible , ne s'étant pas fait grand mal les uns les autres, ni les assiégés n'étoient en pire état que Le premier jour qu'on les avoit attaqués. Mais les historiens favorisent souvent et en telles rencontres ceux qu'il leur plaît. (Note de M. de Castelnaul.)
1 Le Templc-sur-Lot, petit bourg du département de l.<>tronne, à une lieue et demie de Granges, et à environ deux lieues de Sain te-Li\ rade.