CHAPITRE K
Lambert qui étoit avec monsieur de Tonneins, d'une teaw mousquetade devant le Temple, qui lui perçoit le nez. Monsieur de Castelnaut eut aussi la crête de son casque emportée sans qu'il en sentît rien; il ne se fit de prisonniers que fort peu et point de personnes de condition.
Et sans perdre de temps monsieur de Castelnaut alla sommer ceux du château de Granges de se rendre, ce qu'ils promirent de faire le lendemain matin; et étant tous de retour à Granges, on fît encore la prière publique pour rendre grâces à Dieu d'une si heureuse victoire.
Ceux du château se voyant donc hors d'espérance d'être secourus, se rendirent le lendemain à composition, la place fut remise entre les mains de monsieur de Lusignan, monsieur de Castelnaut s'étant retiré à son quartier à la Parade pour de là s'approcher de Tonneins.
Il fut trouvé dans ledit château de Granges pour plus de vingt mille écus de bled, outre la quantité de meubles d'étain et de cuivre ; monsieur de Lusignan s'appropria presque le tout sauf quelque peu de ce bled qui fut envoyé à ceux de Tonneius durant le siège.
Après ce combat, plusieurs de ceux qui étoient venus avec monsieur de Castelnaut, s'en retourné-
rent chez eux, sans qu'aucune prière ou considération put les en détourner, ni par le besoin qu'on pourroit avoir de leur assistance pour le secours du siège de Tonneins, ni vu les belles occasions qui s'y pouvoient rencontrer d'acquérir de l'honneur, rien ne put les obliger à rester.
Et voilà un grand désavantage que reçoivent ceux de la Religion qui n'ayant que des volontaires avec eux et sur lesquels on n'a pas un absolu pouvoir, ne s'assujettissent qu'autant qu'il leur plaît.
Le combat de Granges fini, monsieur de Castelnaut voulut ravoir la cornette qu'il avoit prise, et ne connoissant pas celui à qui il l'avoit donnée, il s'en informe ; mais il ne put avoir raison de personne, et se doutant bien que monsieur de Théobon s'en étoit saisi, il la lui fait demander; lequel dit ne savoir ce que c'étoit, et comme ils étoient éloignés de ce quartier, et que les uns et les autres étoient obligés de se rapprocher de Tonneins, monsieur de Castelnaut fut obligé d'attendre qu'ils se fussent rejoints.
Ce qui étant venu à la connoissance de monsieur de la Force, et que monsieur de Théobon faisoit difficulté de la rendre, craignant aussi que cela ne causât de la division, il ordonna à monsieur de Castelnaut de n'en parler pas, tu l'état des affaires