CHAPITRE IX
et le besoin qu'on avoit de ne mécontenter per- i6«. sonne et nommément celui-là qui d'ailleurs donnoit assez de peine, disant à monsieur de Castelnaut qu'il n'y en avoit aucun qui ignorât qu'il ne l'eût prise, et que tout l'honneur et la louange de ce combat ne lui fussent entièrement dus. L'obéissance que monsieur de Caslelnaut devoit à monsieur de la Force, et les raisons qu'il lui avoit alléguées, l'obligèrent à en demeurer là, car vous aurez à savoir que monsieur de Théobon avoit toujours le sieur de Montmartel auprès de monsieur d'Elbœuf, mais il lui avoit encore depuis envoyé le frère de la Tour de Geneste, quoiqu'il crût que personne n'en sa voit rien.
Cependant ceux de Tonneins travailloient toujours à réparer les plus grands défauts de leur fortifications et à les couvrir de barriques; de même monsieur d'Elbœuf et de Thémines n'avoient point perdu de temps à se loger du côté de Tonneins-Dessous, et à avancer leur travail; déjà même ils avoient mis en batterie quelques pièces de canon qui tiroient en divers lieux pour abattre les défenses.
Monsieur de la Force fait avancer aussi le peu de cavalerie qu'il avoit, et les loge es environs de Tonneins du côté de Clairac, les faisant entrer en parde
le jour, du côté de Tonueins-Dessus qui n'avoit iv. 23
1622 pas été investi et qui se trouvoit encore libre. Monsieur de Castelnaut y fut en garde avec toute sa troupe laquelle fut saluée de divers coups de pièces, sans que pourtant pas un n'y eût été blessé, et ils se placèrent à la faveur de quelques arbres, ce qui empêcha que le canon ne les pût si facilement endommager ; autrement il ne se présenta personne pour les venir combattre.
Le lendemain, monsieur de Théobon y fut à son tour, et voici qu'un soldat venant du côté de l'ennemi, se présente faisant signe du chapeau et de son mouchoir; on le laisse approcher, et il remet une lettre de monsieur le Marquis de Pardaillan qui s'adresse à monsieur son beau-frère, par laquelle il le conjuroit encore de bien servir le Roi et exécuter ce qu'il avoit promis, et qu'on ne manqueroit pas aussi à lui donner tout contentement et tenir toutes les promesses qu'on lui avoit faites. Voilà parler bien ouvertement et bien franchement, mais le malheur fut que le sieur de Tonneins se rencontra être là présent lorsque monsieur de Théobon reçut cette lettre; laquelle ne pouvant cacher, il la lui montra et ensuite la porta à monsieur de la Force, faisant de grandes plaintes contre son beau-frère, et disant qu'il n' avoit agi de cette manière que pour lui rendre de mauvais