CHAPITRE X
neins, et qu'il étoit très-malaisé d'y pouvoir rien 1622« faire entrer par terre, on s'avisa à la faveur de l'obscurité de la nuit de leur envoyer toujours par le moyen d'un petit bateau, quelque petite commodité, ce qui leur étoit un très-grand secours et à quoi le sieur de Gaillard servit fort bien ; mais cela ne put durer que quelques jours, soit que les traîtres qui étoient parmi nous, le découvrissent, ou que d'eux-mêmes les assiégeants y prissent garde ; car comme on les embarquoit assez proche de Tonneins, faisant porter sur des mulets ce qu'on leur envoyoit, ils y mirent un corps de garde, ce qui réduisit les assiégés à l'extrémité, manquant de vivres et des choses les plus nécessaires qu'ils recevaient par cette voie ; si bien qu'il fallut se résoudre à chercher quelque autre moyen pour ne pas les laisser périr de faim (car autrement on ne se mettoit guères en devoir de les forcer) ; et régulièrement toutes les nuits monsieur de la Force ou les siens montoient à cheval, et tâchoient toujours à harceler les ennemis et à les travailler par de fausses alarmes, en effet jusque-là on n'avoit pas pris encore d'autre résolution pour leur nuire. Enfin il fut proposé que si on se saisissoit de Monhurt, cela favoriseroit grandement ceux de Tonneins et faciliteroit le moyen de les pouvoir
secourir. On songeoit même à y envoyer Savignac d'Eynesse, le seul presque qui eût de l'infanterie, à l'exception de celle qui se trouvoit dans Tonneins, mais il fut impossible de l'y résoudre, s'imaginant qu'à cause de la mort de monsieur de Pardaillan, que pour le prendre messieurs d'Elbœuf et de Thémines leveroient volontiers le siège de Tonneins et iroient à lui, mais que la place de Monhurt n'étant pas en état, il lui seroit impossible d'y résister. Faute de pouvoir commettre à quelque autre cette entreprise, la chose en demeura là; d'un autre côté monsieur de Lusi^nan ne vouloit pas non plus fournir les gens dont il pouvoit disposer, crainte d'en avoir besoin, disoit-il ; et voilà le désavantage que ceux de la Religion ont toujours trouvé en leurs affaires, de n'avoir pas une autorité absolue, et de ne pouvoir pas disposer de ceux qui sont sous leur commandement!
Après cela encore, il fut fait une entreprise sur Aiguillon qu'on se promettoit d'emporter facilement, tant par le pétard qu'autrement; mais soit que ceux qui s'en mêlèrent, n'en fussent pas capables, ou qu'ils ne s'en acquittassent point ftl le soin et la conduite qu'ils dévoient, quand ils furent là, le pétard, les échelles et autres choses qui leur étoient néeessaires, ne se trouvèrent pas,