‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 161 sur 233 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ni même ceux qui dévoient donner les premiers. im- Ainsi ils s'en retournèrent sans rien faire. De savoir d'où procédoit la chose , c'est encore ce qui seroit fort malaisé à juger, mais on a toujours sujet de soupçonner ceux qui s'étoient déjà laissés corrompre ; et si ces deux desseins eussent réussi et eussent été exécutés, sans doute qu'on auroit été forcé de lever le siège de Tonneins.

Enfin il fallut résoudre ce qu'il y avoit à faire pour secourir ceux de Tonneins qui étoient à la fin de leurs vivres. On assemble les principaux pour en délibérer. L'opinion commune fut, que, vu la saison et l'incommodité que messieurs d'Elbœuf et de Thémines ainsi que ceux qui étoient avec eux, recevoient en ce siège, il falloit se promettre, nonobstant le mauvais état des fortifications de Tonneins, qu'à cause du bon nombre de gens qu'il y avoit dedans et surtout à cause de la valeur et bonne conduite des chefs et des principaux d'entre eux, ils soutiendroient et résisteroient courageusement à tous les efforts que pourroient faire les assiégeants , pourvu toutefois que les vivres, munitions de guerre et autres commodités dont ils avoient grand besoin, ne leur manquassent pas.

Pour remédier donc à leurs nécessités et incom-

1622. modités, il fut proposé d'y envoyer un grand bateau chargé de deux cents sacs de farine, de fèves et autres denrées, avec cinq quintaux de poudre. Un habitant de Tonneins, nommé Gondes, habile batelier, homme de courage, de résolution et d'exécution, comme il le témoigna, s'offrit à le conduire, s'assurant que nonobstant les empêchements qu'on y avoit mis et qu'on pourroit lui donner, il passeroit. Or vous saurez que premièrement il devoit s'embarquer sur la rivière du Lot qui de Clairac passe devant Aiguillon où elle entre dans la Garonne , et comme les ennemis se doutoient que c'étoit un des plus faciles moyens pour assister et secourir ceux de Tonneins, ils avoient planté de grands arbres et fait une palissade dans la rivière du Lot pour empêcher que les bateaux ne pussent passer, et outre cela ils avoient sur la Garonne de petites galiotes bien armées et avec des pièces d'artillerie, au cas qu'il descendît quelques bateaux, pour les combattre et les prendre. Mais tout cela ne fait point de peur au brave Gondes, il s'assure que pourvu qu'il ait un grand bateau, que cette palissade ne sera pas capable de l'empêcher de passer, et qu'il renversera tout,- ensuite que si les galiotes s'attaehent à lui, qu'il les entraînera. La constante et ferme résolution de cet homme eon-

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