‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 162 sur 233 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tenta fort monsieur de la Force, et il crut que l'af- wai faire pourroit réussir.

La principale difficulté qu'il y eut, c'étoit d'avoir le moyen de pouvoir arrêter le bateau en arrivant à Tonneins, parce que le courant y est fort roide, le tertre du côté de la ville assez élevé avec fort peu d'espace ; néanmoins Gondes se promet que ceux du dedans étant avertis, qu'avec le cordage qu'il leur jettera, et qu'étant un bon nombre d'hommes, ils le pourront arrêter, qu'au pis aller, si cela ne se peut, qu'il n'y aura que le bateau de perdu et les vivres qui seront dedans, car pour les hommes, il est certain de passer, et que mettant pied à terre à une lieue de là, qu'il les sauvera et les ramènera.

Il est encore nécessaire de représenter que ce ne fut pas sans difficulté que Ion put avoir du bled, car quoique monsieur de Lusignan en eût pris une trèsgrande quantité à Granges , il sembïoit néanmoins fort difficile de l'obliger d'en vouloir donner, car de s'en procurer ailleurs, c'étoit chose impossible. On remplit donc de farine, le plus grand nombre de sacs que l'on put avoir, lesquels on mit comme pour servir de parapet droits le long du bateau, laissant des ouvertures entre deux pour tirer; on met avec cela quatre-vingts hommes dedans, plus pour la sûreté et défense d'icelui que pour 1 i

»622- besoin de ceux Tonne in s, enfin on envoya tout ce qu'on put. Que si l'on se fût saisi de Monhurt dont les fortifications n'étoient point absolument ruinées et les fosses se trouvoient encore très-bons, il fut devenu impossible, les nôtres étant maîtres d'un coté et de l'autre de la rivière, que les ennemis eussent pu recevoir par en haut des vivres et les autres choses qui leur étoient nécessaires, ce qui les auroit mis dans une très-grande incommodité, d'ailleurs c'eût été un moyen facile et presque sans qu'on le pût empêcher, de secourir ceux de Tonneins.

Et de plus aussi, outre que le sieur de Savignac refusa de se jeter dans Monhurt, il ne voulut pas non plus donner une partie des soldats de son régiment au sieur de Pedelmas, capitaine de la garnison de Monflanquin, qui étoit venu avec monsieur de Castelnaut et qui, ayant assemblé de soixante à quatre-vingts hommes, avec ce que le sieur de Savignac lui eût donné et avec ce qu'il eût pu faire de plus, offroit de s'aller mettre dans Monhurt; mais il fut aussi impossible d'y obliger le sieur de Savignac qui ne voulut pas séparer ce peu de gens qu'il avoil; monsieur de Lusignan ne voulut pas souffrir également qu'on en prit de Clairac, disani n'en n'avoir pas assez pour la garde de la ville, et

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