CHAPITRE X
que si Tonneins étoit pris, qu'après cela on le vien- *622droit assiéger. Et voilà comment ceux qui n'ont pas un pouvoir absolu ne font pas toujours ce qu'ils dësirent,ou ce qu'on jugeroit qu'ils devroient avoir fait, quoiqu'ils en reconnoissent bien l'importance.
Tandis qu'on préparoit le bateau pour le faire partir, ceux de Tonneins donnèrent avis qu'il y avoit moyen d'enlever un quartier du côté de Tripet, pourvu que par intelligence, lorsque ceux du dehors donneront, qu'en même temps ceux du dedans fassent une sortie.
Pour cet effet les sieurs de Savignac et de Pedelmas sont ordonnés; le premier pour donner au lieu que l'on vouloit enlever, comme ayant le plus grand nombre de gens, et l'autre à un corps de garde le plus voisin, plutôt pour jeter l'alarme de ce côté-là, et pour empêcher que l'autre ne fut sitôt secouru, qu'avec dessein de le pouvoir forcer.
Ils sont conduits et menés sur les lieux séparément, et l'heure prise qu'ils dévoient donner, monsieur de la Force étoit sorti avec toute la cavalerie, tant pour favoriser leur exécution, que leurretraite, au cas qu'ils en eussent besoin.
Mais voici que Savignac qui devoit donner le premier , s'amuse et tire en longueur. Cependant Pedelmas étant découvert, donne de son côté, ce
1622. qu'oyant Savignac, au lieu de donner du sien, s'en vient joindre à lui et ce faisant, rend inutile le dessein qu'on avoit formé, vu que bien que ceux du dedans fissent leur sortie et servirent tout ce qui se pouvoit , néanmoins ce ne fut pas avec L'effet et lidée avantageuse qui s'en fût ensuivie, si Savignac eût fait ce qu'il devoit ; et même cela fut cause que Pedelmas perdit en cette occasion sept ou huit braves hommes et plusieurs blessés, Savignac faisant fort l'échauffé pour que cela lui servit d'excuse, et obligeant Pedelmas à s'opiniàtrer, mais ne laissant pas d'ailleurs d'être prudent , et ne voulant pas trop s'engager lui-même. Second exemple par lequel il a témoigné que s'il avoit eu de la hardiesse et de la résolution à entreprendre sur monsieur de Pardaillan, il avoit bien à présent autant d'appréhension de s'engager dans des lieux d'où il ne pût pas facilement se retirer.
Cependant messieurs d'Elbœuf et de Thémines font venir des vivres et de nouvelles forces de tous côtés , car rien ne leur est refusé ; tant il y a de haine et de désir d'exterminer ceux de la Ileligion! Us avoicnt , comme il a été dit, fait remonter dis bateaux armés ri équipés pour emj (lier le convoi de la rivière, cl ne se contentant pas de cela, ils avoicnt encore fait planter et entrelacer de grandes