CHAPITRE X
la même nuit à cheval, comme il le faisoit presque 16», d'ordinaire et même encore bien souvent le jour.
Cependant jugeant que les vivres qu'ils avoient reçus, leur suffiroient pour quelque temps, d'autant plus que le petit bateau alloit encore, et revenoit toutes les nuits à sept ou huit cents pas de Tonneins, et faisoit quelquefois deux ou trois voyages pendant l'obscurité ; monsieur de Lusignan promettant en outre de faire tout ce qui seroit en son pouvoir pour ne pas laisser les assiégés manquer de vivres et les assister de tous ses moyens ; sur cette assurance monsieur de la Force se résolut à aller chercher des secours et à s'acheminer au devant des troupes qu'il se promettoit que le Comte d'Orval et ceux de Montauban et autres lui mèneroient; il se dispose à prendre sa route du côté de Monflanquin où quelques jours auparavant monsieur de Castelnaut s'étoit retiré , à cause d'une entreprise qu'il avoit, il y a longtemps, sur Bergerac, sans que l'occasion se fût encore offerte de la pouvoir exécuter.
Le Marquis de la Force aussi avoit déjà pris ce chemin avec le peu de cavalerie et d'infanterie qui restoit, et en passant, il se saisit d'une église dépendant de ceux de Bergerac où il y avoit un fort qui travailioit infiniment tous ceux qui traversoient
»622. ce pays-là; le lendemain près de Casseneuil, ceux du lieu voulurent lui empocher le passage d'un moulin par où il étoit obligé de passer, autrement de se détourner avec grande incommodité de son chemin ; mais il les fait attaquer, les force et donne une telle épouvante que s'il les eût poursuivis, il n'y a point de doute qu'il auroit emporté la ville de Casseneuil à cause de leur panique, et que n'ayant pas eu opinion, vu le petit nombre de gens que monsieur le Marquis de la Force avoit, qu'on les dût attaquer, ils ne s'étoient point préparés à se défendre, ni tenus sur leurs gardes.
Monsieur de la Force cependant part la nuit de Chirac avec dix ou douze chevaux seulement, et se rend le lendemain matin à Monflanquin où monsieur de Castelnaut lui fit voir l'ordre qu'il avoit pour son entreprise de Bergerac, laquelle déjà depuis longtemps il lui avoit proposée ; n'y ayant rien de difficile que de fournir le nombre de gens qu'il étoit nécessaire pour cet effet, et de leur faire tenir en y allant, un chemin qui ne donnât pas connoissance à ceux de Bergerac qu'on avoit ce dessein.
Et après que monsieur de la Force eut approuve les moyens que monsieur de Castelnaut lui avoit proposés, et jugé la chose non-seulement facile à exécuter mais immanquable , étant conduite avec