CHAPITRE X. Û
de pied y pouvoit aller, mais même un homme à «22. cheval sans nulle difficulté); laquelle lumière étoit le signal dont on étoit convenu lorsque le trou seroit fait ( et une fois qu'on y avoit passé, on traversoit seulement une petite chambre qui donnoit dans une rue ) ; qu'il y auroit voulu aller pour le mieux reconnoître ( en quoi même ij manquoit grandement, parce qu'il eût pu être découvert parla sentinelle avant le temps, et donnant l'alarme, être cause de faire manquer leur prise ); et qu'en y allant, il auroit rencontré une tranchée fort large sur le chemin pour aller audit trou, laquelle étoit remplie d'eau, et qui joignoit le vieux fossé de la ville qui dès là seulement commençoit à se remplir d'eau; tellement qu'ayant voulu sonder et l'un et l'autre pour voir si on le pouvoit passer, il y avoit mis toute son épée sans atteindre au fond, et qu'après cela se voulant retirer, il auroit découvert sur le bastion de la Maison de Ville et sur toute la muraille de la ville, vis-à-vis du trou, quantité de soldats qui l'avoient laissé passer sans lui rien dire; et qu'il ne falloitpas douter que l'entreprise ne fut découverte, et que sans doute ceux de Bergerac n'attendoient autre chose, sinon qu'on approchât.
Monsieur de Castelnaut ne pouvoit croire à ce rapport, car ceux qui avec Larquay conduisoient
1622. CC({e affaire et qui s'étoient rendus sur le bord de la rivière au rendez-vous , l'ayant laissa attendant que celui qui faisoit le trou, fît paroi tre la lumière par icclui, afin d'en venir donner encore un avis plus certain, assuroient que le soir cette tranchée n'avoit pas été faite; ainsi donc monsieur de Castelnaut étoit résolu de l'aller voir, bien fâché que ceux qui s'en venoient avec Larquay ne fussent pas allés reconnoitre les lieux comme leur devoir les y obligeoit.
Mais tant ceux qui étoient venus faire le rapport que d'autres personnes de condition qui se trouvoient près de lui, l'en divertirent, disant que cela étant, il n'y avoit pas d'apparence de pouvoir rien faire; que le jour étoit déjà trop clair, et que si monsieur de Castelnautalloit là, cela apporteroit un grand retardement à leur retraite, vu qu'il en étoit assez éloigné; (ayant été obligé d'attendre jusqu'aux dernières troupes pour les faire marcher par ordre et empêcher qu'elles ne s'écartassent , comme plusieurs fois cela avoit failli arriver, et pour mieux instruire chacun en particulier de ce qu'il y avoit à faire étant dans la ville, ce que les temps et les difficultés qui s'étoient rencontrées! ne lui avoient pu permettre); ajoutant qu'il étoit nécessaire de se retirer promplement, de peur que peut-