CHAPITRE X. Û
être le moindre retard ne causât la perte de force 1622< gens.
Un coup de poignard eût été beaucoup moins sensible à monsieur de Castelnaut que cette mécbante nouvelle qui ruinoit tous ses desseins et détruisoit toutes ses espérances. Pour achever de l'accabler, et avant encore qu'il ait résolu ce qu'il avoit à faire, il apprend que les troupes les plus avancées commencent à reculer , ce qui le mit encore a un tel désespoir et lui causa un si extrême déplaisir que contre sa volonté, il fut contraint de se retirer.
Mais sa douleur fut encore bien plus grande, quand, au bout d'une petite demi-heure, il jugea bien qu'on n'avoit point eu d'alarme de leur venue, puisqu'on n'oyoit nulle sorte de rumeur dans la ville, que personne n'en sortoitpour aller après eux, et que par conséquent il falloit que tout ce que Larquay avoit rapporté, fût faux. D'autant plus avoitil sujet de se plaindre et de blâmer ceux qui avoient été ordonnés de donner les premiers : il n'eut pas fait deux cents pas après avoir tourné visage, qu'il rencontra monsieur de la Force et monsieur le Marquis qui furent bien surpris aussi d'apprendre le mauvais succès de cette entreprise, etplus étonnés encore de n'entendre pas de bruit du côté de la ville , mais pourtant ils jugèrent que pour cette
te», fois, il ne se pouvoit faire autre chose; et ainsi ils repassèrent tous la rivière le plus promptement qu'il leur fut possible, afin de ne pas donner le temps à la garnison de Bergerac de les venir incommoder à leur passage.
Mais tant s'en faut que sur l'heure il n'y eût rien à craindre de ce côté-là, qu'on apprit le lendemain par une voie sûre, que ceux de Bergerac n'avoient pas appris quatre heures après qu'on eût été si près d'eux; et l'heure à laquelle on s'en étoit approché, avoit été si favorable, (sans le faux rapport de Larquay et la négligence de ceux qui dévoient donner les premiers à s'en bien éclaircir), que les corps de garde et les sentinelles avoient été entièrement retirés de dessus les murailles; et d'autant plus qu'il n'y avoit jamais qu'une porte ouverte et qui se trouvoit d'un autre côté, cela étoit même cause que personne ne hantoit de ce côté-là. Et bien qu'on ne se puisse excuser d'un si grand manquement et d'une si lourde faute commise, je ne sais comment , il faut croire néanmoins que Dieu l'avoit ainsi ordonné, ne voulant pas par ce moyen nous délivrer des calamités que nos divisions et trahisons, ou plutôt que nos péchés avoient attirées sur nous.
Monsieur de la Force prit son chemin du côté