CHAPITRE XI
gnan que c'était absolument contrevenir à la parole qu'il lui avoit donnée, et par conséquent au traité qui avoit été fait entre eux , qu'après cela il ne lui pourroit rien tenir de tout ce qu'il lui avoit promis. Sur quoi monsieur de Lusignan lui fit entendre qu'il étoit impossible qu'avec honneur il pût se dispenser de se trouver dans cette occasion, mais qu'il agiroit de telle façon qu'on auroit plutôt sujet de se louer de lui que de s'en plaindre.
Nous dirons aussi comme quoi ceux qui avoient été pris à Montravel, ayant été mis en liberté à Bordeaux, étoient venus à Clairac, et que, nonobstant la promesse qu'ils avoient faite, parce qu'aussi on ne leur avoit pas tenu ce qu'on leur avoit promis, ils voulurent être de la partie. Comme il ne se trouvoit personne qui, vu le péril, voulût aller donner connoissance à ceux de Tonneins de la résolution qui avoit été prise, un nommé Papus, de Sainte-Foi, se chargea de cette commission, s'y conduisit heureusement et fut un des premiers qui sortit de Tonneins et qui donna sur les ennemis.
La résolution prise d'attaquer et de jouer à quitte ou double, et l'avis donné à ceux de Tonneins, un chacun se retire pour mettre ses gens en état et se trouver au rendez-vous à soleil couché, où étant là, il n'y auroit qu'à recevoir l'ordre pour
"». la marche. Le Marquis de la Force prenant ce soin avec les Maréchaux de camp qui étoient les sieurs de Saint-Léger et de Roquepiquet, et Rochecourbe pour Sergent de bataille; comme ils commencoient à faire marcher les troupes, un soldat à cheval du sieur de Théobon tira une arquebusade au Marquis de la Force à bout portant, sans néanmoins le blesser. Sur l'heure plusieurs voulurent tuer le soldat ou demandoient qu'il fut pendu, mais le Marquis de la Force s'y opposa et voulut qu'il fût conduit à Clairac.
Leur dessein étoit de donner sur les deux heures après minuit, au camp de messieurs d'Elbœuf et de Thémines, on regardoit la nuit comme très- 3o n. favorable au petit nombre, les attaquants ayant toujours de L'avantage sur leurs ennemis, car en quelque état pu bon ordre qu'ils puissent être, cela ne laisse pas de leur causer de l'effroi et d'y jeter de la confusion; il est assez malaisé de faire tenir bon à ceux qui sont attaqués, surtout lorsque l'obscurité les empêche de reconnoitre le bien ou le mal qu'ils en doivent espérer; c'est ce que l'expérience a fait voir en plusieurs occasions.
Mais voici que ceux qui avoient la commission de guider et conduire les troupes, d'autant qu'on se détournoil de beaucoup du droit chemin, et que