CHAPITRE XI
de monsieur de Campagnac fut blessé à la tête et "22. au bras.
Monsieur de Lusignan qui devoit suivre et seconder le Marquis de la Force, et qui ne s'étoit pas fort hâté pour cela , voyant venir une troupe qui s'enfuyoit plutôt en désordre qu'à dessein de l'attaquer et de combattre , fit le caracol et rebroussa chemin. Monsieur d'Ambres et son neveu le Marquis de Montclar s'étant débandés de ladite troupe, le dernier fut tué d'un coup de carabine en passant dans de l'infanterie, et le premier s'étant jeté sur le gros de cavalerie de monsieur de Castelnaut , son cheval qu'on disoit être fort mal embouché, y fut tué, et lui ayant été porté par terre, on le tua d'un coup de pistolet dans la visière, ses armes n'ayant pas été offensées.
Monsieur de Bourzolles au lieu de donner, s'arrêta tout court , disant avoir rencontré des fossés creux, lesquels il lui avoit été impossible de passer, et par conséquent ceux qui venoient après lui, en firent de même.
Les gens de pied qui n'avoient pu aller si vite que la cavalerie , voyant que personne ne s'avançoit, et qu'on ne mettoit pas à exécution les résolutions qu'on avoit prises , s'arrêtèrent aussi et songèrent plutôt à se loger derrière des haies et
hUO MÉMOIRES DU MARQUIS DE CASTELNAUT.
1622. contre un moulin à vent, que d'aller attaquer les ennemis.
Monsieur de la Force, à la vue de tous ces désordres et voulant courir au plus pressé, envoie à monsieur deCastelnaut avec commandement daller dégager son frère le Marquis ; et comme il s'avance dans ce but, voici que le sieur de Lusignan en se retirant, lui traverse sa troupe et la coupe en deux, ne lui laissant que environ vingt-cinq ou trente hommes, avec lesquels étant allé jusqu'au delà des troupes les plus avancées, monsieur de Castelnaut trouva que le Marquis de la Force s'étoit retiré , n'ayant pas plus de huit ou dix hommes avec lui.
Durant ce temps, il ne se voit ni Maréchal de camp, ni Sergent de bataille, tellement qu'il faut que monsieur de la Force pourvoie à tout. Comme il tàchoit à remettre en ordre les troupes , soit avec l'intention de redonner si l'occasion s'en offre , attendant que ceux de Tonneins fassent leur sortie, soit pour se pouvoir mieux retirer et sans désordre, voilà que monsieur de Lusignan commence à lâcher pied et fait voir qu'il vouloit se retirer, ce qui obligea le sieur de Maléfre à lui représenter qu'il y alloit de son honneur d'abandonner ainsi monsieur de la Force, et que cela lui seroit reproché. Mais rien ne fut capable de l'arrêter, et tandis