‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 2)Chapitre 178 sur 233 · CHAPITRE XI. hhï · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. hhï

que tout étoit en désordre parmi les ennemis, que 1622, plusieurs avoient déjà pris la fuite, croyant qu'ils étoient tous perdus, n'y ayant aucun deux qui ne songeât plutôt à faire retraite qu'à combattre.

Mais voyant que personne ne se mettoit en devoir de les attaquer, cela leur donna le loisir de se reconnoître et de se rassurer, car étant déjà grand jour et presque tous sous les armes et sortis à la campagne tant les gens de pied que de cheval, ainsi le courage et la résolution leur revinrent, se voyant en ordre et en bon état, et au contraire les nôtres se sentant foibles et en petit nombre, commencèrent à branler au manche; et sur cela il se répandit un bruit qui vient de monsieur de Lusignan et de ceux de Clairac, disant que monsieur de la Force commandoit qu'un chacun eût à se retirer; et incontinent monsieur de Lusignan se met à crier : Sauve qui posque (sauve qui peut !) et à se retirer avec sa troupe ; ce qui fut cause que soudain il commence à faire chaud pour quelques-uns, entre autres pour les gens de pied commandés par monsieur d'Auripech , lui et monsieur de Castelnaut étant les plus avancés, l'un avec l'infanterie, l'autre avec le peu de cavalerie qu'il avoit, et souvent les ennemis qui étoient d'ailleurs assez proche, ne laissoient pas pour cela de leur détacher

Uhl MÉMOIRES DU MARQUIS DE CASTELNAUT.

,622- une trentaine de mousquetaires qui blessoient et tuoient toujours quelques-uns des nôtres, car étant fort avancés au respect des autres, ils n'osoient en faire autant, se réservant, et de peur que tout le reste ne vint fondre sur eu*. Monsieur de Castelnaut leur crioit incessamment de ne tirer pas, cependant il tenoit toujours bon en attendant que les troupes se ralliassent et qu'elles redonnassent, espérant aussi que ceux du dedans pourroient faire une sortie, d'ailleurs il ne savoit rien de tous ces désordres qui se passoient fort en arriére ; mais voici que peu à peu l'infanterie commence à se retirer, et voici qu'un des cavaliers qui étoit avec lui, vieux soldat, lui cria plusieurs fois de se retirer, et voyant qu'il n'en tenoit compte, lui dit : Hé l Monsieur, tournez-vous, et vous verrez que vous êtes tout seul et que tout le monde vous abandonne. Ce qu'ayant fait, monsieur de Castelnaut vit qu'il lui disoit vrai, et qu'un chacun tâchoit à se sauver et en grand désordre ; comme il voulut se retirer aussi, il aperçut un peu loin monsieur le Marquis de la Force qui prenoit le chemin de Marmande, et craignant qu'il ne se méprit, il courut après lui pour le ramener, lui criant où est-ce qu'il alloit? lequel lui répondit : Ne voyez-vous point qu'on ne peut pas passer par-là à cause des fossés,

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