CHAPITRE XI. Uh
je m'en vais pour tâcher à remettre quelque ordre dans i622» nos troupes ! et après cela il ajouta encore : Mon frère, passez par-là et voyez si vous pouvez apprendre des nouvelles de monsieur de la Force, moi, je vais passer par ici.
Il est facile de croire que les soldats n'eurent pas sitôt entendu crier sauve qui peut , qu'un chacun se sauva sans se le faire dire à deux fois ; et comme dans des troupes volontaires et non payées la désobéissance règne toujours, les soldats par leur prompte retraite, ôtent le moyen à leurs chefs de pouvoir mettre ordre à leur sûreté, apportant une telle et si grande confusion qu'elle cause leur entière perte. Parmi les gens de cheval, le désordre ne fut guères moindre, car avec ce que force gens à l'exemple de Lusignan , s'étoient retirés, il y eut beaucoup de chevaux qui tombèrent dans les fossés, étant contraints pour se sauver, de les traverser, ainsi les maîtres en étoient tués ou pris prisonniers.
Messieurs les Marquis de la Force et de Castelnaut en cherchant monsieur de la Force, tâchoient de retenir et de rallier tout ce qu'ils pourroient, et le rencontrèrent enfin qui en faisoit autant de son côté pour pouvoir s'opposer à l'ennemi ; il voyoit avec grande douleur et déplaisir notre honteuse et
UUk MÉMOIRES DU MARQUIS DR CASTELNAUT.
J622. désordonnée retraite, et que par la faute de ceux qui n'avoient pas fait ce qu'ils dévoient, il n'avoit pas eu le succès de son entreprise tel qu'il se le pouvoit promettre, et qui très-assurément étoit infaillible et lui eût réussi très-avantageusement. 11 reconnoissoit aussi que meshuy il étoit impossible de pouvoir mettre ordre et d'apporter du remède dans la confusion où généralement tout se rencontroit, voyant presque tout ce qui restoit de son infanterie, ou pour le moins de celle qui avoit été la plus avancée et qui avoit demeuré la dernière à se retirer, entièrement abandonnée à la merci des ennemis, les autres ayant déjà gagné le bois de la Gautarenque.
Il ordonne à monsieur de Castelnaut de faire la retraite , lequel se trouve bien empècbé , et demeure un assez long temps parmi une aussi grande épouvante et un tel désordre , sans pouvoir presque trouver une douzaine de personnes qui voulussent retourner avec lui ; plusieurs bien montés et bien armés, refusent même de se trouver dans une occasion si honorable ; enfin avec le peu de gens qu'il put réunir, il ne laissa pas de reculer du côté des ennemis, tant pour s'opposer à ceux qui poursuivoient les fuyards que pour donner moyen à ceux-ci de se pouvoir retirer et sauver.