CHAPITRE XL
claire connoissance de tout ce qui s'étoit passé, et «»• comme quoi par deux fois la victoire nous avoit tendu les bras , et cela même par la confession des ennemis, qui nous en ôtoit toute sorte de doute, il ne se peut imaginer le ressentiment que les gens de bien et d'honneur qui s'y étoient trouvés , en eurent, ni non plus le bourrèlement et trouble de conscience de ceux qui par leur lâcheté ou trahison avoient manqué à leur devoir et causé notre malheur. A cela il ne put y avoir de consolation ni pour les uns ni pour les autres, quoique les affaires ne touchoient pas tant au cœur des uns que des autres, leur intérêt particulier leur étant plus cher que la gloire de Dieu et la conservation de ses Églises.
Voilà meshuy ceux deTonneins hors d'espérance de pouvoir être secourus, sans vivres ni munitions de guerre , et point de moyen de leur en pouvoir faire parvenir; quantité de blessés sans chirurgiens ou peu très-mal experts, et d'ailleurs point de médicaments.
Et malheureusement encore, ce dont nous n'avons pas parlé, plusieurs des plus considérables avoient été tués ou blessés, entre autres le sieur de Jasses, homme capable et qui savoit bien les mathématiques, mais surtout monsieur le Marquis
igm. de Montpouillan blessé d'une mousquctade à la tète; l'extrême soin et la vigilance extraordinaire quileportoientà vouloir être partout et tout savoir, pour assister et secourir ceux qui en avoient besoin, ne lui ayant pu permettre les ménagements qu'ils dévoient à la conservation de sa personne de qui principalement dépendoit celle des autres. Cela ailligeoit ceux de dedans qui , nonobstant la nécessité de toutes choses à quoi ils étoient réduits, n'avoient jamais voulu entendre à nulle sorte de capitulation, quoique avec des offres très-avantageuses ; mais à présent se voyant réduits à ce misérable état, ayant quantité de malades et de blessés, et sans autres vivres que de méchantes fèves, sans pain et sans sauce, d'un autre côté voyant monsieur de Montpouillan très -mal de sa blessure, faute principalement de pouvoir être pansé, bien que d'ailleurs ils fussent encore en assez bon nombre dans la place, et fort résolus pour y faire morfondre messieurs d'Elbœuf et de Thémines, néanmoins étant continuellement sollicités d'entendre à une capitulation, ils envoyèrent les sieurs de Saint»Orse et de Carcabanes pour en traiter; lesquels demeu- 4 mal. remit deux ou trois jours à conclure ladite capitulation qui fut enfin, savoir que les gens de gnerre sortiroient avec armes et bagages, tambour battant